M330 – ET QUE DIRAIS-JE … ?

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  « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. Maintenant mon âme est troublée. Et que dirais-je ? … Père, délivre-moi de cette heure ? … Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. Père, glorifie ton nom ! Et une voix vient du ciel : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore… » Jean 12: 24-28.

  Quelques Grecs, parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour la fête de Pâque, demandèrent à Philippe : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus… » Jean 12:21. Jésus, s’adressant donc à ces Grecs et aux Juifs rassemblés, prononça des vérités particulièrement denses dans leur profondeur. Il leur enseigna, notamment, que « celui qui porte beaucoup de fruit » est celui qui « hait »  tout  ce  qui  détourne  du « chemin  qui  mène  à  la  vie… » Matt 7:4, c’est-à-dire, celui qui, dans sa propre vie, est « mort » à tout ce qui le priverait de la vie éternelle. Ainsi, les Paroles de Jésus : « là où je suis, là aussi sera mon serviteur… » Jean 12:26, révèlent que « servir » Dieu revient à « suivre » Jésus, c’est-à-dire, à demeurer en Lui pour être là où Il est… ! Car le service spirituel, avant d’être une activité, est d’abord un mouvement intérieur suscité par l’Esprit, qui nous dirige selon la Pensée divine, laquelle nous conduit, justement, là où l’Esprit est à l’œuvre dans les vies de ceux que Dieu présente à nous… !

  Jésus parla concernant notre vie ici-bas, tout en sachant que, dans Sa propre Vie, le jugement qui allait le conduire à la mort était imminent. C’était donc en vivant déjà intérieurement cet événement  que Jésus s’exprimait. De là le sens pénétrant des vérités de la part de Celui qui, dans le jardin de Gethsémané, allait « commencer à éprouver de la frayeur et des angoisses… » Marc 14:33. Moments indicibles que nous ne percevons que selon la mesure où il nous a été donné de le ressentir. Car ressentir spirituellement, c’est déjà commencer à saisir l’insaisissable… ! Et ce fut dans ce jardin que Jésus déclara à la troupe venue pour l’arrêter : « J’étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais c’est ici votre heure, et la « puissance des ténèbres… » Luc 22:53. Il est frappant de relever ici qu’en cette même nuit, cette « heure des ténèbres » coïncida avec celle où « le Fils de l’homme avait été glorifié… » Jean 13:31. En ceci se révèle la Profondeur mystérieuse du processus de l’Œuvre de Dieu, qui, au travers de la Gloire et de l’ignominie, comme au travers de la force et de la faiblesse, fait tout converger vers le But  éternel : Le « Royaume des cieux », auquel nous appelle Jésus… !

  Alors que Jésus exposait la Parole à la foule qui l’écoutait, Il changea soudainement le cours de Son discours et se rendit Lui-même le Sujet de Ses propos, en exprimant les Pensées profondes qui l’habitaient. Ses Paroles annoncèrent les prémices de ce qui allait se passer dans le jardin de Gethsémané. Jésus, en effet, confia à Ses disciples : « Maintenant mon âme est troublée. Et que dirais-je… ? » Jean 12:27. Jésus, qui apportait des Paroles d’une richesse et d’une sagesse infinie, exprima donc : « Que dirais-je… ? ». Nous passons là de l’Enseignement de Jésus aux Sentiments de Jésus… ! Il n’y a plus de mots devant la mort qui approche…, mort à laquelle, certes, Jésus avait été préparé, selon Ses propres Paroles, disant : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père… » Jean 10:17-18. Ainsi, arrivé à ce moment annoncé par les prophètes, où, par Lui, le Salut des hommes allait être accompli, Jésus, qui est « la Parole faite chair… » Jean 1:14, demeura sans paroles… ! La souffrance incommunicable devint silence… ! Le combat intérieur, en effet, qui se déroulait en Jésus se situait, non pas au-delà de la Parole, mais à la Source de la Parole, en « amont » d’elle, là où, avant d’être exprimée, la Parole est Pensée … !

  Devant l’imminence de la crucifixion de Jésus se révèle l’humanité du « Fils de l’homme » qui connut l’extrême fragilité humaine autant que la Toute-puissance de Dieu agissant en Lui. Afin d’être le Sacrifice agréé de Dieu pour nous racheter, Jésus vécut la divine Perfection de la faiblesse ! Ceci est fondamental, car c’est en reconnaissant, par l’Esprit, la Perfection de Jésus dans Sa nature de « Fils de l’homme » que nous est révélée Sa Nature de « Fils de Dieu ». L’Humanité du Fils de Dieu nous révèle la Divinité du Fils de l’homme, « car, dit l’Écriture, Jésus a été crucifié à cause de sa faiblesse, mais il vit par la puissance de Dieu ; nous aussi, nous sommes faibles en lui, mais nous vivrons avec lui par la puissance de Dieu pour agir envers vous… » II Cor 13:4. En tant que Victime expiatoire, Jésus éprouva la faiblesse insondable à la mesure de Sa Sainteté parfaite. En s’écriant alors : « Père délivre-moi de cette heure… » ! L’écho de ce Cri jaillissant de Jésus proclamait cette « heure » comme étant, non pas la « fin » ultime de Jésus, mais le commencement de la Rédemption accomplie par Lui pour nous. De là ce « sursaut » divin exprimé par Ses paroles : « Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure… » Jean 12:27.

  À Marie et à Joseph, qui, ayant cherché Jésus, leur enfant, pendant trois jours et retrouvé dans le temple de Jérusalem, Celui-ci leur dit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père… ? » Luc 2:49. Jésus connaissait les prémices de ce que devait être Sa Vie parmi les hommes. La Parole révèle Jésus comme étant Sauveur et Seigneur, et non pas un « mystique » hors de la réalité. Il est écrit, en effet : « Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu’il fût mis à mort, et qu’il ressuscitât le troisième jour… » Matt 16:21. Point de mystères, ni de propos désincarnés dans Ses Paroles qui sont on ne peut plus claires, concrètes même ! Que Jésus ne fût pas non plus un « stoïque », sans émotion ou la contenant, c’est aussi ce que montre l’Écriture, présentant Jésus comme étant le Serviteur souffrant dans le Jardin de Gethsémané, où, « prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses… » en leur disant : «  Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez avec moi… » Matt 26:37-38. Car Jésus avait dit à Ses disciples : « Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi… » Jean 16:32, Or, Jésus éprouva le besoin d’être accompagné par ces disciples mêmes, qui peu de temps après allaient se retirer de Lui, en leur demandant « de rester et de veiller avec lui… ». De plus, Jésus, qui avait dit à Ses disciples au sujet de Son Père : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; Il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable… » Jean : 8:29, Son Père même, à cause de Son Amour pour nous, allait aussi « abandonner » Son Fils bien-aimé sur la Croix : Matt 27:46 ! Et c’est de cet Amour ineffable du Père que Jésus nous aima, ce qui n’aurait pu être le cas si, comme le stoïque, Jésus eût été « impassible »… !

  Après avoir ainsi dit : « C’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure… », Jésus s’écria : « Père, glorifie ton Nom… » ! Ce à quoi, venant du ciel, une Voix répondit: « Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore… » Jean 12:27-28. Parler de Gloire en un tel moment, dans de telles circonstances, était-il paroles plus inappropriées que celles-ci ? Or, la Voix se fit entendre en réponse aux Paroles de Jésus, tel un signe secourable venant d’En-Haut. Il est à relever que cette Voix, qui rompit le silence de ce qui était indicible, concernait, non pas l’angoisse de Jésus, mais la Gloire de Celui qui L’avait envoyé ! Aussi, Jésus, répondant à la foule qui s’étonnait, dit : « Ce n’est pas à cause de moi que cette voix s’est fait entendre ; c’est à cause de vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jugé… » Jean 12:30-31. En quoi donc ces Paroles de Jésus éclairent-elles notre vie quotidienne de rachetés… ? Si ce n’est lorsque nous traversons des circonstances douloureuses, inexprimables elles aussi ; quand nous n’obtenons aucune réponse ou aide ici-bas, si ce n’est celle qui vient de la part de Dieu, et cela en lui « rendant grâces en toutes choses » I Thess 5:18. Car dans le fait de glorifier le Nom du Seigneur, par Son Esprit, s’accomplissent Ses Desseins, parfois mystérieux et connus de Lui seul… ! Car lorsque la souffrance n’est connue que de soi seul, n’est ressentie qu’en soi seul, elle peut être perçue comme un « mystère » ; or, le mystère ne s’oppose à la foi, au contraire, il l’affermit, parce que, loin d’être étranger à notre foi, le mystère lui-même est un  « élément » constitutif de la foi… !