M9 – J’AI EU PEUR …

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    « Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. Et l’Éternel Dieu dit : Qui t’a appris que tu es nu ? Est-ce que tu  as  mangé  de  l’arbre  dont  je  t’avais  défendu  de  manger… ? » Gen 3:8-11.

    Avant la chute, la Voix de l’Éternel suscitait en Adam et Ève un sentiment de félicité, de sécurité et de reconnaissance, depuis lors, cette même Voix éveilla dans leur cœur un sentiment nouveau et inconnu d’eux : la peur ! S’il est un sentiment que le premier homme ne connaissait pas, c’était bien la peur ! Ainsi, à cause de cette peur, Adam s’est caché, il ne se tient plus dans les dispositions de cœur et à la place, où il avait coutume de rencontrer Dieu et d’entendre Sa Voix. La peur, découlant du péché, met une distance, une séparation entre l’homme et Dieu, et ce n’est pas simplement « au milieu des arbres du jardin… », mais c’est en lui-même, dans sa propre peur, qu’Adam s’est caché ! C’est là sa cachette, devenue en réalité son cachot par l’effet même de sa peur. Car il a peur de voir Dieu, autant qu’il a honte de se voir, mais, en se cachant, Adam, spirituellement, est déjà « exilé ». Cette séparation dans l’Éden loin de la Face de Dieu préfigure déjà ce qu’il en sera au sujet du jugement de ceux qui, après l’avoir connue, et même reconnue n’obéissent pas à la Parole de Dieu, et dont les conséquences sont « une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force… » II Thess 1:9.

   Dieu, à qui rien n’est caché, appelle Adam, afin que celui-ci soit contraint à répondre, non seulement à Dieu, mais à lui-même, sur la raison de son absence. C’est ici la voie par laquelle s’opère la conviction de péché. Adam eut peur parce qu’il se vit nu, alors qu’auparavant, dit l’Écriture « l’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte… » Gen 2:25. Nous comprenons mieux la nature de la peur d’Adam, quand nous saurons que la nudité est la découverte de l’homme, non par Dieu, mais par lui-même de ses sens comme de son intelligence, en n’étant pas soumis à l’Esprit-Saint. Cette peur vient donc de la connaissance de choses, que l’on ne peut maîtriser sans l’aide de Dieu ! Cela prouve aussi que l’on connait la Parole de Dieu, puisque la peur découle de la transgression de cette Parole.

   Dieu a inspiré à l’Apôtre Paul une profonde béatitude à cet égard, qui nous éclaire dans nos choix et nos décisions : « Heureux celui, écrit-il, qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve… » Rom 14:22. Ainsi, un cœur sensible à la voix de l’Esprit, qui perd sa paix au sujet d’une chose quelle qu’elle soit, est le signe alors qu’il doit y renoncer, car, écrit encore l’apôtre : « Quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde…. » I Cor 11:32. Il est donc aussi une crainte spirituelle chez l’enfant de Dieu, qui lui évite de persister dans une mauvaise voie, non pas la peur du Jugement, mais cette crainte pieuse de ceux « dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal… ». Héb 5:14.

    Nous apprenons ces deux attitudes : l’homme spirituel ressent ou pressent qu’il fait fausse route, alors que l’homme charnel ne le sait qu’après coup. C’est-à-dire que l’homme non spirituel, ou religieux est semblable au serviteur, qui, ne connaissant que les ordres, et non pas la pensée ni l’intention de son maître, doit être repris de « l’extérieur », alors que l’homme spirituel en tant qu’« ami », et non pas « serviteur » Jean 15:15, est repris « intérieurement », car il écoute et se laisse éclairer par l’Esprit-Saint qui est en lui, et qui « l’enseigne… » I Jean 2:27.

   La Pensée du Seigneur en nous instruit notre conscience à s’opposer à notre volonté propre. Adam a connu la peur pour avoir désobéi ; Jésus-Christ, Lui, le « second Adam » a connu, non pas la peur, mais la souffrance pour avoir obéi jusqu’au bout. Dans notre être intérieur se déroule le combat entre le premier et le second Adam, que Celui-ci d’ailleurs a remporté. Nous connaissons la crainte honteuse à cause de notre nature rebelle, et  la douleur de notre moi à chaque victoire spirituelle sur lui. Aussi la perfection est-elle l’absence de cette crainte, comme l’écrit Jean : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu… » I Jean 3:21, cependant non sans souffrances, suivant en cela les traces de Jésus qui, bien que Parfait, contrairement à nous « a appris, bien qu’Il fût Fils, l’obéissance par les choses qu’Il a souffertes… » Héb 5:8. Quant à nous, ceci ne saurait être un sentiment  de  suffisance,  ce  qu’à  bien  perçu  Paul,  lorsqu’il  écrit  : « …Je ne me sens coupable de rien ; mais ce n’est pour cela que je suis justifié. Celui qui me juge, c’est le Seigneur… » I Cor 4:4.

   En ce qui concerne les manifestations de la Grâce, Jésus n’a jamais utilisé la peur pour nous attacher à Lui, et ce n’est pas non plus par la crainte que nous Lui demeurons fidèles. L’attachement par la crainte, ce sont des efforts sincères, mais orgueilleux qui n’aboutissent qu’à « mimer » Christ. Seul l’Amour de Jésus nous rend capables de nous rendre semblables à Lui, en « vivant » par Sa Mort et en « mourant » à nous-mêmes par Sa Vie qui nous libère. Nous nous livrons ainsi avec confiance entre ses Mains, qui œuvrent en nous ; nous nous laissons pénétrer de l’Esprit de Dieu, qui nous façonne à Sa ressemblance.

   Allons plus au fond de la peur antique d’Adam. Cette peur révèle une communion brisée, dont il redoutait les conséquences de la séparation, c’est la crainte de perdre l’Amour du Dieu offensé. En effet, l’âme qui a bronché se sent étrangère à Dieu, et à l’Esprit de Dieu qui est en elle. Elle se sent étrangère à elle-même jusqu’au moment où Jésus l’éclaire, la convainc et la réunit au Père en lui redonnant la paix intérieure. La peur disloque l’âme, mais l’Amour de Jésus rassemble notre être tout entier. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’avoir peur de Dieu, ce qui supposerait une infidélité, un péché, mais bien plutôt de nous « craindre » nous-mêmes, c’est-à-dire de craindre de ne pas vouloir ou savoir répondre à Son Amour, sachant que cet Amour est plus grand que la plus grande de nos faiblesses… dès lors que nous la reconnaissons.

   Ainsi notre cœur est plein de reconnaissance envers Celui qui nous a délivrés de la colère à venir, en nous donnant le pardon et la paix en Jésus.