M7 – A QUI IRIONS-NOUS … ?

 

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    « Jésus donc dit au douze : Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu… » Jean 6:67-69.

  Jésus venait de soulever le voile sur quelques mystères du Royaume de Dieu à ceux qui L’entouraient et, dit l’Écriture « dès ce moment, plusieurs de ses disciples, se retirèrent, et ils n’allaient plus avec Lui … » Jean 6:66. Ce qui est répréhensible, ce n’est pas de ne pas comprendre, mais de ne pas chercher à comprendre ! Jésus ne juge pas nécessaire de courir après eux pour s’expliquer davantage, car Il sait que ce qu’Il dit est suffisant à ceux qui doivent comprendre comme pour ceux qui ne comprennent pas ou qui ne veulent pas comprendre.

   Les disciples, se tenant devant Jésus, Celui-ci les met à l’épreuve : « … Ne voulez-vous pas aussi vous en aller… ? ». Contrairement à ce que feraient certains conducteurs qui considèrent les âmes comme un bien propre, Jésus, au lieu de conserver le peu qui lui reste, les invite à ne pas se croire obligés de demeurer avec Lui, si eux aussi n’ont pas compris ! Jésus prend le risque de tout perdre dans le dessein de mettre au grand jour ce qui se tient dans le fond des cœurs à son égard. « … Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle… », s’exclame Pierre, au nom de tous. L’on découvre, dans la suite, que les disciples n’ont pas plus compris que ceux qui se sont retirés, ceci se révèle lors de leurs entretiens avec le Seigneur. Cependant, ils ne partent pas, ils restent. Ils n’ont pas saisi les paroles, mais ils ont été saisis par la Vie spirituelle dont Ses paroles sont chargées, ainsi que par la dimension éternelle qu’elles leur font entrevoir. Jésus ne dit-Il pas aux Juifs : « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie… » Jean 5:39-40.

   Pour le moment donc, ce qui relie les disciples à Jésus, ce n’est pas leur compréhension, mais la plénitude souveraine de Ses Paroles ! Quand nous disons que les disciples n’ont pas plus compris que les autres, cela signifie en réalité, qu’ils ont compris, mais ne le savent pas ! Sans doute, pensons-nous : comment peut-on avoir compris quelque chose sans qu’on le sache ?  Nous découvrons ici une des voies par laquelle l’Esprit Saint opère dans la vie du croyant : l’homme intérieur a compris ce dont l’homme extérieur n’a pas encore conscience ! C’est-à-dire que l’intelligence spirituelle a saisi quelque chose de Dieu qui n’est pas encore monté jusqu’à l’intelligence du cœur, et, de là, à l’obéissance du racheté qui devra y conformer sa vie. Nous retrouvons ce processus divin lors du mystère de la résurrection : avant que l’Évangile ne soit prêché aux vivants sur la terre, Jésus « dans l’Esprit, le  prêcha aux esprits en prison, qui autrefois avaient été incrédules, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé, pendant la construction de l’arche… » I Pierre 3:19-20.

   Tout ce qui est enfanté a connu son temps caché de gestation ! Nous pouvons donc marcher quelques temps avec une connaissance de Dieu et n’en réaliser le fruit et l’effet que plus ou moins tard, car il s’écoule toujours un temps de maturité nécessaire entre notre connaissance du Fils de Dieu et notre ressemblance avec Lui ; bien que cela ne saurait tarder en une âme qui aime Dieu et qui a connu le Don de son Amour pour elle. Nous éprouvons, parfois, ce décalage entre ce qui a été reçu et qui n’a pas été encore réalisé, accompli en nous, de là, nos attentes ou nos luttes intérieures qui sont précisément des signes de croissance spirituelle.

   C’est ainsi que nous sentons la nécessité de mettre ces choses au point, de voir clair en nous-mêmes, de savoir ce que Dieu attend de nous. Et si nous repoussons ces temps de réflexions spirituelles, c’est au travers événements douloureux ou de périodes difficiles que nous sommes amenés à penser à notre âme et à voir le Dessein de Dieu comme tout à nouveau et les choses glorieuses qu’Il veut voir aboutir en nous. C’est ici l’œuvre de Dieu qui confond notre propre sagesse et qui tire Sa Gloire de nos faiblesses en les changeant en forces. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas pour nous punir que Dieu agit ainsi, mais pour épurer l’or qui est  en nous. En ceci l’épreuve est une Grâce de Dieu, car elle révèle la présence de l’or en nous, car l’absence d’épreuve signifierait l’absence de l’or, qui, à son tour, révélerait l’absence de toute aspiration spirituelle… ! « A qui irions-nous… ? », l’attachement des disciples, il est vrai, était plus affectif que spirituel, Jésus le savait bien, aussi leur annonça-t-il qu’Il sera bientôt ôté du milieu d’eux, afin que leur relation avec Lui soit, non pas émotionnelle, mais spirituelle.

   De même quant à nous, cet attachement à tout ce qui est humain dans notre communion avec Jésus s’effectue par l’épuration de nos conceptions et de nos fausses espérances que nous avons nourries par suite de nos propres pensées sur une multitude de choses de Dieu et de Sa Parole. Nous comprenons à quel changement intérieur nous sommes appelés dans notre entendement, quand l’apôtre Paul écrit : « Ainsi, dès maintenant, nous ne connaissons personne selon la chair ; et si nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière. Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles… II Cor 5:16. Cette communion purifiée avec Dieu se manifeste aussi par une communion épurée avec les frères et les sœurs mus par la même aspiration spirituelle. C’est ainsi que, même entre enfants de Dieu marchant ensemble depuis longtemps, nous ne devrions plus nous connaître aujourd’hui de la même manière que nous nous connaissions autrefois, parce que chacun de nous, ayant aussi grandi, c’est au travers de la Pensée du Seigneur et non de la nôtre que nous nous comprenons et estimons la profondeur et la clarté de notre communion en Christ, qui en garantissent la durée.

   Nous voyons ici toute la différence entre la religion, produit de l’homme, et la Parole révélatrice et affranchissante de Jésus. Les disciples sont libres de rester ou de partir, comme Il le leur a proposé, si bien qu’en ne le quittant pas, ce n’est pas seulement à Jésus qu’ils obéissent, mais à « eux-mêmes », c’est à dire, à ce qui, à l’intérieur d’eux, les pousse à demeurer en Lui ! C’est ainsi que tôt ou tard, nous nous en remettons aux aspirations de l’ « homme intérieur » qui est en nous, aspirations qui sont celles de l’Esprit-Saint, qui connaît précisément la Direction de L’Esprit de Dieu, qui dirige notre vie.

   Cette direction que Jésus nous apporte au travers de Sa Parole et de Sa Vie est le seul chemin qui réponde aux besoins de notre cœur et de notre esprit régénérés, chemin sur lequel nous recevons les forces pour Lui être fidèle. Non pas de cette fidélité figée, qui n’avance pas et se laisse distancer par Christ, mais de cette fidélité toujours en mouvement à la suite de Jésus. Car pour le Seigneur, ce qui est stable, ferme, c’est toujours ce qui marche, ce qui progresse dans Sa Direction pour parvenir à Sa « Stature parfaite » et, par « l’espérance qui ne trompe point… » Rom 5:5, à Son Royaume.