M6 – VOICI TON DIEU …

 

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      « Aaron reçut les anneaux de leurs mains, jeta l’or dans un moule et fit un veau en fonte. Et ils dirent : Israël ! Voici ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte… »  Exode 32:4.

   Ce n’est pas seulement des mains des Hébreux qu’est sorti ce veau d’or, mais de leurs pensées. C’était un des faux dieux du pays où ils ont tant souffert, une idole qui n’eut cependant aucune attention à leur égard au temps de leur esclavage ; et ce fut là leur choix ! Il est écrit que les hommes « se vantant d’être sages, sont devenus fous ; et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles… »  Rom 1:22-23. Ils quittèrent l’Égypte, mais l’esprit de l’Égypte les suivit ; ceci montre que l’on peut conserver des représentations fausses de Dieu, encore après L’avoir connu. De même que les Hébreux fabriquèrent une idole à partir de leurs biens propres, c’est pareillement du moi charnel, du dedans de soi-même que l’on tire son idole, c’est-à-dire, de son idée, de ses propres idées sur Dieu et sur la Parole de Dieu. Et nous portons en nous, par nature, ces représentations humaines de Dieu prêtes à prendre forme en cas de perte de vie spirituelle.

   Faute de Présence spirituelle et invisible de Dieu, on recherche une présence matérielle et visible. On remplace donc Sa Présence par ce qui n’est qu’une représentation, laquelle, par le fait, nous tient éloignés de l’original, c’est-à-dire du Seigneur et de tout ce qui en découle. Toute prière idolâtrique exprime des besoins sentimentaux et matériels en vue d’exaucements de protection, de santé, et de prospérité ici-bas, et non de besoins spirituels et désintéressés. On reconnait, en cela, que les appels faits aux croyants en insistant sur les bénédictions que ceux-ci recevraient en retour de leur libéralité, sont du même esprit ; c’est une incitation à l’idolâtrie des biens de ce monde, sachant que « la cupidité est aussi une idolâtrie… » Col 3:5.

  Le peuple hébreu fit un veau d’or, parce qu’il en était à ses premiers pas, il ne connaissait pas encore la Loi que Moise était en train de recevoir sur le Sinaï. Plus tard, on retrouvera encore des « veaux » dans l’histoire d’Israël, l’un à Bethel et l’autre à Dan : I Rois 12:28-29. Mais plus le peuple deviendra religieux, et plus « religieuses » aussi deviendront ses idoles lors de ses infidélités futures. C’est ainsi qu’il passa des idoles à des commandements d’hommes et à une tradition porteuse, à la fois, d’ordre et de mort spirituelle.

  Jetons maintenant nos regards sur une des causes profondes de l’idolâtrie, qu’extériorise le cœur de l’homme. « Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’assembla autour d’Aaron, et lui dit : Allons ! fais-nous un Dieu qui marche devant nous, car ce Moise, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu… » Exo 32:1. Moïse tardait et le peuple attendait, mais ils ne surent pas attendre  spirituellement ; leur attente engendra l’idolâtrie et leur impatience l’enfanta. Attendre, où que ce soit, met à nu le caractère de l’homme. De même, l’âme du croyant tout au long de la vie, soit mûrit et s’approfondit jusqu’à devenir un seul esprit avec le Seigneur, soit se détériore et s’éteint ou alors se compose un dieu personnel.

  Un dieu personnel consiste en ceci : alors que Dieu fit l’homme à son image, inversement, c’est l’homme qui fait Dieu à sa propre image, c’est ici l’origine même de l’idolâtrie. C’est ainsi que beaucoup subissent l’attente comme un temps mort, un espace vide, un temps qu’ils situent entre la prière et son exaucement, entre la prophétie et son accomplissement en éprouvant  un vide  entre eux deux. Le  Seigneur  qui revient, révéla Lui-même  au sujet  des vierges folles et vierges sages : « Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent… » Matt 25:5. De même, le méchant serviteur dit : « Mon maître tarde à venir, et il se mit à battre ses compagnons, à manger et à boire avec les ivrognes » Matt 24:48-49. Ceci « tardait » … ! Ils ne comprennent pas que Dieu nous invite et nous donne de combler ce temps d’attente par ce besoin et cette joie qui nous pousse à sonder, à creuser, et à nourrir l’homme intérieur des profondeurs de la Parole Divine. L’idolâtrie vient de ce qu’on veut remplir artificiellement cette attente avec de fausses forces, en élevant et s’appuyant sur des points d’appui trompeurs, jusqu’à l’activité même, qui, bien que ne laissant pas de temps de pratiquer le péché, ne sanctifie nullement ! Il ne faut pas confondre occupation et consécration. Aussi y a-t-il un grand encouragement pour ceux qui marchent selon cette parole de Jean : « Quiconque a cette espérance en Lui, se purifie comme Lui-même est pur… » I Jean 3:3.

  Nous vivons le siècle de l’image mouvante et parlante, l’image prime la parole, l’œil prend la place de l’oreille, l’on veut davantage voir qu’entendre. L’image devient idole, parce que l’idole est image, et ceci se retrouve dans la chrétienté. On préconise aussi l’image pour exhorter et informer les croyants aujourd’hui, cependant en dehors d’une vision ou d’un songe venant de Dieu, ce qu’on reçoit par la vue ne transmet jamais des éléments spirituels et durables, car ceci parle au cœur naturel et empêche ainsi la révélation spirituelle de parvenir à l’esprit de l’homme intérieur. Comme le péché, l’idolâtrie met une barrière entre les hommes et Dieu. Mais si le péché nous repousse de Dieu, l’idolâtrie, elle, ne nie pas ce qui est Dieu. Elle remplace Dieu en Le laissant subsister dans la pensée, mais intercepte, au passage, la prière et l’adoration qui lui sont dues et met obstacle à la visitation de Dieu, car Dieu ne saurait donner Sa Gloire à un autre qu’à Lui-même et à l’œuvre de Ses Mains.

  Nous verrons que ce mystère va plus loin encore et qu’une idole n’est pas nécessairement ce que l’on voit et ce que l’on touche. Une manifestation ou un don de l’Esprit, une vertu même que Dieu communique peut devenir un objet d’idolâtrie dans les pensées non purifiées des croyants. Les choses spirituelles peuvent devenir idolâtres, quand elles sont regardées, non pas comme un moyen, mais comme une fin, uniquement pour elles-mêmes, c’est-à-dire quand les dons cachent le Donateur ! Il en est de même lorsque des vérités de la Parole de Dieu servent telle ou telle dénomination religieuse à se reconnaître unique sur sa vérité doctrinale, afin de se différencier des autres, sans être cependant plus parfaites qu’elles. Ceci revient, non pas à être idolâtres, mais à s’idolâtrer soi-même.

  C’est donc au travers du brisement et du travail intérieur de la Parole de notre Seigneur bien-aimé que nos yeux s’ouvrent sur ces pièges religieux, et ainsi les évitent. Le Seigneur nous aime, Il veut notre délivrance, notre victoire et notre vie en plénitude libérée par Son Sang et par Son Esprit. C’est ainsi que devant cet Amour et cette Patience de Jésus, nous découvrons une profondeur nouvelle du Secours divin, en comprenant mieux la dimension de cette ultime exhortation de l’Apôtre : « Petits enfants, gardez-vous des idoles… ! » I Jean 5:21.