M5 – RABBI, MANGE …

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     « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce pas le Christ ? Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui. Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange… ! »  Jean 4:29-31.

  Pendant que chaque trait des paroles de Jésus illumine le cœur de la Samaritaine, les disciples reviennent avec leurs provisions de la ville de Sychar. Jésus est ému de voir les profondeurs de la Vérité pénétrer cette femme à la vie légère. Le Messie et la délivrance venant de lui être révélés, elle s’en retourne à la ville témoigner de ce qu’elle a reçu, et, dans sa hâte, elle en laisse sa cruche auprès du puits. Jésus tressaille en son esprit de ce que cette femme non-juive a saisi ce que des docteurs et des scribes à Jérusalem n’ont pas compris.

  Pendant ce temps, les disciples, se tenant là, pressaient Jésus de prendre son repas. « Rabbi, mange… ! » Ces paroles arrachent Jésus à ses pensées. Peut-on demander chose plus déplacée en un tel moment ? Ce ne peut être que quelqu’un qui ne connaisse pas Jésus, des personnes qui ne soient pas accoutumées à voir Jésus abîmé dans une méditation profonde ou qui ne sachent pas ce que c’est que de boire ces paroles ! Non point ! Ce sont tout simplement ses propres disciples qui ont faim et parce qu’ils veulent manger, ils estiment que Jésus doit aussi avoir faim comme eux ! Ils viennent de rompre la méditation de Jésus qui leur répond : «  J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Ma nourriture est de faire la volonté  de  Celui  qui  m’a  envoyé,  et  d’accomplir  son  œuvre… » Jean 4:32-34.

   L’impatience a éteint leur perception spirituelle, ils n’aperçoivent, ils ne ressentent pas la joie de Jésus et des anges dans les cieux de ce qu’une âme vient de recevoir le Don de Dieu. Les disciples projettent sur Jésus leur besoin du moment, ils ne pensent pas que Jésus puisse avoir un autre besoin que celui qu’ils éprouvent eux-mêmes. En ce temps présent et d’une façon particulière, ce besoin naturel exprime les besoins non régénérés de l’âme, d’âmes qui n’obtiennent, ni ne se soumettent à la pensée de l’Esprit. Ainsi, il nous arrive, non de rechercher la volonté de Dieu pour nous, mais plutôt de faire que la nôtre soit acceptée de Lui ! D’ailleurs, les disciples ne manifestent pas la moindre curiosité spirituelle sur ce qu’aurait pu dire Jésus à la samaritaine, n’est-il pas écrit : « qu’aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle… ? » Jean 4:27 au point que cet enseignement qui a franchi les siècles jusqu’à nous ne les intéressait pas encore, comme il se peut aussi que, pour une part, ce silence ait été une marque de discrétion tenant compte du caractère privé de l’entretien.

  Quiconque poursuit un but personnel quel qu’il soit, bien que priant le Seigneur, se ferme à l’Esprit, et ne s’ouvre qu’à lui-même. Dans cette attitude-là, on ne prie pas Dieu, mais on décide pour Lui ! On ne s’attend pas à ce que Dieu exauce, mais qu’Il « obéisse » : « Si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde… » Jean 7:4, disent les frères de Jésus. « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage… » Luc 12:13, dit l’un de ceux qui l’écoutent. Pour L’éprouver, des pharisiens « lui demandèrent un signe venant du ciel… » Marc 8:11. De même que les disciples ont attribué à Jésus leur faim matérielle, de même, les chrétiens charnels attribuent leurs propres pensées à Dieu, et c’est ici que se révèle un entendement privé de l’Esprit de révélation. Ce sont les « faims » du moi charnel, des prières qui ne sont pas passées par le filtre spirituel de la Parole. Les hommes ont plus faim de voir un miracle que le fond de leur cœur. C’est ici une faim de signes extérieurs, plutôt que celles de signes intérieurs, une faim d’informations nourrissant une curiosité stérile, une faim d’activité qui cache un vide profond plutôt qu’une faim de révélations spirituelles nourrissant l’homme intérieur. De même que celui qui a faim mange n’importe quoi, de même l’âme impatiente a des prières à satisfaire immédiatement, elle demande et reçoit sans discerner entre ce qui vient de la part du Seigneur et ce qui vient de son propre esprit.

   Il y a dans le manger en commun, une participation, un abandon de soi à l’esprit du repas qui est édifiant ou nuisible selon qu’il s’agit d’une agape fraternelle ou « d’une mauvaise compagnie qui corrompt les bonnes mœurs… » écrit Paul aux Corinthiens : I Cor 15:33. C’est dans cette pensée que l’apôtre écrit « de ne pas avoir des relations avec quelqu’un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur,  de   ne  pas   même   manger  avec  un   tel   homme… » I Cor 5:11. En face d’un tel homme connu comme frère, connaissant la Vérité et, d’autant plus, s’il la prêche, qui pèche donc et récidive, nous devons alors aimer le Seigneur avant tout et agir en conséquence à cause de la Vérité, à moins qu’il n’y ait repentance ou conversion réelles ! Sinon ceci revient à participer à l’hypocrisie et au péché. C’est ainsi que s’insensibilise la conscience, ouvrant la porte à un courant de tolérance qui parcourt la chrétienté en tous sens et qui peut l’arrêter ?

  Il n’est pas toujours besoin d’autrui pour nuire à soi-même, selon les paroles du Sage : « L’insensé se croise les mains, et dévore sa propre chair… ». Ecc 4:5. Nous sommes portés à croire que celui qui se croise les mains ne saurait se faire du mal puisqu’il ne fait rien ! Mais l’insensé se fait du mal à lui-même et c’est le seul mal qu’il n’aperçoit pas. Contrairement à la paresse selon ce monde, l’insensé, pour ce qui regarde les choses spirituelles n’est pas inactif, il travaille à se dévorer intérieurement, rongé par ses désirs inassouvis. « D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres … Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions… » Jac 4:1-3.

  Son zèle sans intelligence lui cache les œuvres préparées d’avance par Dieu, et comment s’étonner si Dieu « donne sa vigne à d’autres…  ! » Marc 12:9.  Il est prêt à travailler pour Dieu, mais pas dans Sa Parole, il ne la médite pas, il ne la goûte pas. Elle n’est pas pour lui, avant tout, le Pain venu du ciel, mais un magnifique outil divin pour se rendre utile ! Il ne voit pas ce qu’elle lui apporte, mais ce qu’il peut en faire ! Le Seigneur, toutefois, ne laisse pas glisser ses enfants sur cette pente à la fois douce et fatale. Il nous donne Sa Lumière et le courage pour faire monter du fond de notre cœur à nos yeux les véritables mobiles de nos sentiments et de nos pensées. Il nous donne d’accepter avec joie qu’Il épure nos prières afin que Sa Volonté soit accomplie en nous, non pas sans notre volonté, ce qui serait de la servilité de notre part, mais avec la nôtre alignée sur la Sienne, ce qui est la seule soumission capable de nous affranchir de nous-mêmes !

  Avec Son aide, nous mettons notre bonheur à nous édifier, à nous accomplir, à assouvir notre faim spirituelle en communion de tous ceux qui, avec Jérémie, s’écrient : « J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées ; tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur ; car ton nom est invoqué sur moi… » ! Jér 15:16.