M42 – ARMEZ-VOUS …

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     « Ainsi donc, Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la Volonté de Dieu, pendant le temps qui lui reste à vivre dans la chair… »  I Pier 4:1-2. 

    « Armez-vous… ! » dit l’Écriture. Il ne s’agit pas de porter une épée ou une lance, mais bien plutôt de s’armer d’une pensée… d’une pensée plus puissante que les armes. L’arme tue l’homme, tandis que cette pensée tue la chair, la nature de son moi. Cette pensée est donc une arme, en ce qu’elle fait mourir toute vie charnelle, afin de faire place à la vie de l’Esprit de Jésus en nous. Nous sommes donc armés d’une pensée, et cette « arme » a ceci de particulier qu’elle est dirigée contre nous. Son usage dans notre vie consiste en ceci : de même que « Christ a souffert dans Sa chair », de même nous aussi, nous sommes appelés à souffrir, non seulement dans notre chair, mais avant tout, à cause de notre chair. Les rôles, en effet, sont inversés. Jésus, en laissant pour un temps Sa Puissance et Sa Gloire divines, a dû souffrir, non pour devenir parfait, Il l’était, mais pour s’abaisser volontairement, pour entrer dans les limitations humaines, Lui qui, par Son Origine divine, est Infini… ! Jésus, dans la Sainteté de Sa chair, a vécu notre condition d’homme. Mais l’homme racheté, à l’inverse, doit apprendre à ne plus vivre selon la chair, afin de devenir semblable au Fils de Dieu. La souffrance de Jésus était de devoir vivre dans la chair, notre souffrance, à nous, est de mourir à notre chair.

   L’Écriture nous invite à nous armer, non dans le but de combattre autrui, mais nous-mêmes… l’ennemi, c’est nous. Nous reconnaîtrons-nous comme étant notre propre adversaire ? Nous armerons-nous contre nous-mêmes ? Evidemment, si nous aimons notre propre vie, il ne nous arrivera aucun mal. Mais si nous aimons Jésus, nous souffrirons, mais d’un mal qui fait du bien à notre âme, un mal qui la délivre de la mort et nous donne la Vie. Quand Jésus, en effet, agit pour notre bien, cela, fait souvent mal, mais ce mal est toujours en vue d’un bien infiniment plus grand que ce dont notre chair a pu, ou a dû souffrir… un Bien éternel.

   On vainc un ennemi en étant, bien-sûr, plus fort que lui. Comme nous sommes notre propre adversaire, nous sommes donc exhortés à être plus forts que… nous-mêmes. C’est là une chose étrange. Toutefois, ce n’est pas nous, mais l’Esprit-saint en nous qui triomphe de nous. Mais l’exhortation : « Armez-vous » indique que notre volonté régénérée, et de là bien disposée, concourt aussi avec l’Esprit du Seigneur à affranchir notre vie. Venant du Seigneur, tout ce qui se fait, même contre nous, ne se fait jamais sans nous. La volonté régénérée est celle de celui en qui « Dieu produit le vouloir et le faire, selon son bon plaisir… » Phil  2:13. Ce croyant désire donc de toute sa foi, de tout son être l’« accomplir de Dieu » dans et par sa vie ; sa volonté est de laisser agir Dieu plutôt que la présomption d’agir selon sa propre nature.

   Le fait d’être plus fort que l’adversaire ne signifie pas que nous devions « sentir » notre force, ce qui produirait une propre assurance et nourrirait l’orgueil. Nos résolutions proviennent souvent du sentiment trompeur de nos propres forces et décisions. Nous vainquons spirituellement dans le sentiment même de notre faiblesse,  car en elle repose  la Puissance de Dieu, qui devient alors l’objet pressant de nos prières, qui s’en trouvent par là clarifiées. S’armer,  c’est  revêtir  Christ   et  Sa  Souffrance  pour  être  vainqueur.  C’est  ici  le  chemin  étroit  et glorieux du Seigneur. Accepter la pensée, l’éventualité de souffrir à cause de Jésus est là notre arme. Cette souffrance est une des conditions de la victoire, elle n’est pas un signe de faiblesse, mais un signe de persévérance, accompagnée de la joie. Certes, nous choisirions de vaincre par des manifestations, des dons spirituels, ou des exaucements puissants plutôt que par la souffrance dans notre chair. Mais peut-on être arraché à soi-même sans douleur ? Peut-on être brisé, mis à mort sans souffrir ? Certes, tout en obtenant des délivrances et des victoires dans la prière et par la foi, l’Écriture nous enseigne à « connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances… » Phil 3:10, « … à nous dépouiller du vieil homme »  et à « revêtir l’homme nouveau en Lui… ». Cela ne peut se faire sans que l’on s’en aperçoive. Chaque fois que notre Seigneur retire quelque chose de mauvais en nous, II le met sous nos yeux avant de le jeter à jamais. Il nous en fait voir la longueur des racines pour nous montrer, non seulement ce que nous étions ou conservions encore, mais aussi l’Œuvre patiente et parfaite de son Amour pour nous rendre semblable à Lui.

   Les hommes en ce monde se battent avec des armes, si possible, plus puissantes que celles de l’adversaire, afin de le vaincre. Contrairement à cela, l’Écriture nous apprend que l’on ne combat pas sa propre chair avec des armes de la même « nature » que notre chair. Car, écrit l’apôtre Paul « les armes avec lesquelles nous combattons, ne sont pas charnelles ; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu pour renverser des forteresses… » II Cor 10:4, « forteresses » dressées devant soi, comme aussi en soi. L’on ne soumet pas sa chair par les moyens de la chair. Certes, Paul écrit : «  Je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres… » I Cor 9:27. C’est bien de sa chair qu’il parle ici, cependant il ne se mutile pas, ni ne se fait des incisions, mais il est parvenu à cette conclusion que le meilleur pour lui est de se jeter, de s’abandonner entre les Mains du Tout-Puissant pour le bien de son âme, ainsi que le dit Éliphaz à Job : « Il fait la plaie, et il la bande ; il blesse, et sa main guérit… »  Job 5:18. Ce n’est pas la chair qui délivre de la chair, mais l’Esprit qui seul s’oppose à elle, et la soumet.

   Toute chose spirituelle a sa contrepartie : bénédiction et persécution, promesse et épreuve, de même, il y a toujours une force de joie, de consolation dans ce dont on souffre en voulant vivre pieusement en Jésus-Christ. Il n’y a aucune vraie édification sans souffrance. La destruction de notre chair, c’est par le déchirement du voile, l’enlèvement de l’obstacle, qui nous séparait de la joie et de la Lumière. L’adversaire cherche souvent à garder nos yeux sur ce que le Seigneur détruit et arrache en nous, car, comme il ne peut empêcher l’Œuvre de Dieu en nous, il ne nous en fait voir que le côté négatif, mais il ne peut nous cacher longtemps ce que le Seigneur aussitôt après, plante et bâtit de sa Main puissante et affranchissante dans nos vies.

    Dans le cortège, qui fit sept fois le tour des murailles de Jéricho, les sacrificateurs, devant l’arche de l’Éternel avec les trompettes retentissantes, précédaient les hommes armés : Jos 6:8-9. C’est ici une réalité spirituelle profonde. La prise de la ville par les armes, avec les cris de victoire et les louanges, ouvrirent le pays de la promesse au peuple d’Israël. De même, après nous être armés de la pensée du Christ crucifié, qui a crucifié notre chair, nous avons vaincu ce qui, au dedans de nous, barrait la route qui nous mène « aux Pâturages » de Dieu. Et là, étant arrivés, nous pouvons aussi, tout le temps de notre vie en tant que rachetés et adorateurs, « offrir sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire, le fruit de lèvres qui confessent son Nom… » Héb 13:15.