M41 – LA LIBERTÉ …

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     « Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs cœurs ; mais lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté. Or, le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la Gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit… » II Cor 3:15-18.

    L’Écriture dit : « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté… ». Ainsi, la vraie « liberté » se trouve là où est, et œuvre l’Esprit-Saint. Mais l’Esprit ne produit pas « magiquement » et indépendamment de nous la liberté, comme d’ailleurs toute autre œuvre venant de Lui. La liberté dans notre vie est le résultat d’une action de Dieu désirée de tout notre être. Cette liberté n’est imposée par personne, ni ne s’impose elle-même, car alors elle ne serait plus « liberté ». Et c’est ici qu’apparaît une chose paradoxale, c’est en « se soumettant » à Celui qui nous libère, que nous sommes libres, et cette liberté augmente en proportion de notre soumission au Seigneur. Or, ce qui apparaît comme une soumission est, en réalité, un besoin de s’en remettre à Dieu, à Sa Compassion, un abandon en Lui, et plus nous sentons ce besoin spirituel, moins nous avons besoin d’autres choses. La liberté intérieure ne vient donc pas d’une indépendance, mais d’une dépendance au Seigneur qui est tout pour nous, à notre Seigneur qui ne déçoit jamais et qui suffit pleinement.

   La recherche de la liberté peut provenir, soit du sentiment le plus pur, soit, au contraire, d’un égoïsme profond. « Si donc le Fils vous affranchit,  dit Jésus Lui-même, vous serez réellement libres… » Jean 8:36. Cette liberté nous délivre de nous-mêmes, et non pas des autres. Jésus, dans notre liberté nous donne d’en témoigner à d’autres, épure nos requêtes et rend sobres nos pensées, tout en déployant notre espérance de Le voir bientôt.

    L’on se représente souvent la liberté comme un grand espace. Le pâturage aux eaux pures où nous conduit Jésus est verdoyant et vaste, mais l’homme est étroit, étroit par son ignorance et, plus encore, quand il croît savoir quelque chose. Face à ce grand pâturage qu’est la Vérité de Dieu, il arrive qu’une dénomination par ses doctrines, ou qu’une âme par ses conceptions, y dresse sa clôture, regardant sa ou ses vérités particulières comme étant « la » seule Vérité ; prenant son enclos pour la montagne toute entière. L’homme, par ses doctrines, par ses pensées personnelles « réduit » Dieu et, de là, la Vérité qui seule peut l’affranchir. Et,  en bornant  la vérité, c’est sa liberté elle-même qu’il réduit. La liberté ne peut dépendre d’une doctrine, car celui qui dépend, c’est-à-dire, défend sa doctrine, à laquelle il tient, n’est pas libre puisqu’il est justement « tenu » par elle. De plus, le fait de défendre ce qui fait sa force, prouve que l’on en est bien peu sûr, sachant que l’on défend ce qui est, nécessairement, plus faible que soi.

    La  liberté  que Jésus  nous  apporte  vient  d’un  enseignement,  mais pas  de  n’importe  lequel,  c’est  l’ «  Enseignement  du  Père » : « … Quiconque, dit Jésus, a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi… » Jean 6:45. Ce n’est pas une Parole de maître à esclave, mais d’un Père à ses enfants. « Je ne vous appelle plus serviteurs, dit Jésus à ses disciples, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître  mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père… » Jean 15:15. La Liberté de Dieu  a la grandeur de sa Plénitude, l’espace de Sa Grandeur, et Lui seul peut nous apprendre à en user et à y marcher. La liberté que nous recevons du Père céleste ne consiste pas à ce que nous soyons assujettis par « elle ». La communion avec Dieu n’est pas une servitude. Elle est toutefois un « lien », mais un Lien divin, béni qui nous retient de tomber dans le péché, et, devant la séduction, un lien qui nous soustrait à la mort spirituelle. L’Éternel ne dit-il pas par le prophète: « C’est moi qui guidai les pas d’Éphraïm, le soutenant par ses bras, et ils n’ont pas vu que je les guérissais. Je les tirai avec des liens d’humanité, avec des cordages d’amour, je fus pour eux comme celui qui aurait relâché le joug près de leur bouche, et je leur présentai de la nourriture… » ? Osée 11:3-4.

    Pour beaucoup la liberté, comme le bonheur, est de tout avoir, de tout pouvoir, d’user librement de toutes les forces de sa vie.  Mais en Christ, il en est tout différemment ; l’homme libre, ce n’est pas le bon vivant, au contraire, c’est celui qui est mort à lui-même. Paul écrit, en effet : « … Notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché ; car celui qui est mort est libre du péché… » Rom 6:6-7. L’homme libre est donc celui qui est mort, mort à toute inclination au péché, à l’esprit du siècle présent, à son « moi ». Ainsi, celui qui ne veut pas mourir perd sa liberté. Car notre vraie liberté, comme le Royaume de Dieu, n’est accessible que par la Mort et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, par Lequel, aussi, est morte notre nature pécheresse. Nous sommes libres parce que la mort de Jésus est, en même temps, la « fin » de notre propre vie, et le commencement de la vraie Vie, de cette Vie spirituelle, abondante, consolatrice, nourrie de la Parole et de l’Amour de Dieu. La liberté dans le Christ, ce sont les prémices de la vie éternelle maintenant.

    Les tribulations, les épreuves, les tentations qui nous surviennent en ce monde nous donnent de goûter davantage la plénitude de cette liberté à laquelle Christ nous a appelés. Nous avons, en cela, un privilège et une responsabilité plus grands que nos premiers parents. Adam et Ève étaient libres, mais sans le savoir. Ils ne pouvaient, en effet, comparer leur liberté avec aucune servitude existante alors, tandis que nous, qui avons été esclaves du péché, nous savons ce que c’est que d’être libres ; nous connaissons la liberté, et ce qu’elle n’est pas, ayant connu l’esclavage du péché jusqu’alors. C’est pourquoi, nous luttons et veillons à la conserver, car, « A celui qui vaincra, dit le Seigneur, je donnerai a manger de l’arbre de la vie, qui est dans le Paradis de Dieu… » Apo 2:7,  vers lequel Jésus, au travers de sa chair percée, nous a ouvert, à nouveau, le chemin vivant.

    La vraie Liberté est la disparition du voile intérieur ôté par l’Esprit de Dieu, afin que paraisse Sa Lumière dans notre cœur. Cette liberté intérieure, ni les contraintes de la vie, ni les prisons de ce monde, ne peuvent nous l’enlever, car la liberté, comme le Royaume de Dieu, est au dedans de nous. Cette liberté, en nous, résulte de « notre contemplation spirituelle du Seigneur, justement à visage découvert… », écrit l’apôtre, c’est-à-dire, d’une vision spirituelle dégagée de tout voile, de tout obstacle. Et cette liberté se perpétue par « une transformation permanente à l’Image du Seigneur que nous contemplons », non pas en une seule victoire, mais par une succession de délivrances et de lumières qui éclairent notre vie, la sondent et l’affranchissent.