M400 – PAR HASARD …

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       « Le roi d’Israël et Josaphat, le roi de Juda, montèrent à Ramoth en Galaad. Le roi d’Israël dit à Josaphat : Je veux me déguiser pour aller au combat ; mais toi, revêts-toi de tes habits. Et le roi d’Israël se déguisa, et alla au combat. Le roi de Syrie avait donné cet ordre aux trente-deux chefs de ses chars : Vous n’attaquerez ni petits ni grands, mais vous attaquerez seulement le roi d’Israël. Quand les chefs des chars aperçurent Josaphat, ils dirent : Certainement, c’est le roi d’Israël. Et ils s’approchèrent de lui pour l’attaquer. Josaphat poussa un cri. Les chefs des chars, voyant que ce n’était pas le roi d’Israël, s’éloignèrent de lui. Alors un homme tira de son arc au hasard, et frappa le roi d’Israël au défaut de la cuirasse. Le roi dit à celui qui dirigeait son char : Tourne, et fais-moi sortir du champ de bataille, car je suis blessé. Le combat devint acharné ce jour-là. Le roi fut retenu dans son char en face des Syriens, et il mourut le soir. Le sang de la blessure coula dans l’intérieur du char. Au coucher du soleil, on cria par tout le camp : Chacun à sa ville, et chacun à maison… » I Rois 22:29-36.

  La seule ressemblance que l’on peut relever entre Josaphat et Achab est le fait qu’ils étaient tous deux rois, le premier, roi de Juda, le second, roi d’Israël. En dehors de cela rien ne rapprochait les deux hommes, tant la vie et la mort de l’un furent éloignées de la vie et de la mort de l’autre. Josaphat, bien qu’imparfait, « fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel… » I Rois 22:42, alors qu’Achab « fit ce qui est mal aux yeux de l’Éternel… » I Rois 22:53. La piété de Josaphat se révéla dans son désir d’être «  en paix avec le roi d’Israël… » I Rois 22:45. Aussi n’opposa-t-il pas un refus à Achab, lorsque celui-ci lui demanda de venir avec lui pour attaquer Ramoth en Galaad occupée par les Syriens. Sans vouloir attribuer des intentions mauvaises à Achab, il est étrange que Josaphat n’eût pas plus de discernement concernant les véritables sentiments du roi d’Israël envers lui. La piété est la chose la plus précieuse chez l’homme fidèle, étant ouverte intérieurement à la Lumière de Dieu, mais elle discerne aussi les replis ténébreux des cœurs. Aussi, lorsque Achab dit à Josaphat : « Je veux me déguiser pour aller au combat, mais toi, revêts-toi de tes habits. Et le roi d’Israël se déguisa et alla au combat… » I Rois 22:30, il y avait lieu de s’interroger sur le véritable dessein qu’exprimaient ces étranges et inquiétantes paroles de la part d’Achab à Josaphat.

  A cause de la vie impie d’Achab, l’Éternel avait résolu de le faire mourir, afin de préserver Israël des conséquences de l’infidélité du roi. Ce que nous révèlent les paroles du prophète Michée, disant : « J’ai vu l’Éternel assis sur son trône, et toute l’armée des cieux se tenant auprès de lui, à sa droite et à sa gauche. Et l’Éternel  dit : Qui séduira Achab, pour qu’il monte à Ramoth et qu’il y périsse… ? », ce à quoi un esprit répondit : « Je sortirai et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophètes. L’Éternel lui dit : Tu le séduiras, et tu en viendras à bout ; sors, et fais ainsi… » I Rois 22:20, 22. La mort d’Achab était arrêtée de la part de Dieu, et, malgré les précautions prises par le roi d’Israël, jusqu’à diriger l’attention de l’ennemi sur Josaphat, Achab n’échappa pas à la Justice divine. Au plus fort du combat, les Syriens  ayant vu que le roi Josaphat dans ses habits royaux n’étaient pas le roi Achab, « un homme, dit l’Écriture, tira de son arc au hasard et frappa le roi d’Israël au défaut de la cuirasse… » I Rois 22:34, et le roi mourut. Il est à relever qu’un cœur rebelle est par nature ouvert à la séduction qui conduit à la perdition. En ce qui concerne, en effet, l’âme impénitente qui refuse de se laisser convaincre de péché, l’Éternel, par le prophète Ézéchiel, dit : « Si le prophète se laisse séduire, s’il prononce une parole, c’est moi, l’Éternel qui aurait séduit ce prophète ; j’étendrai ma main contre lui, et je le détruirai du milieu de mon peuple… » Ezé 14:9. En pareille circonstance, afin que s’accomplît le Dessein de Dieu, la séduction impliquait nécessairement l’action d’un « esprit » autre que l’Esprit de Dieu. Car il n’est pas dans la nature de l’Esprit-Saint de conduire dans la séduction et la mort, mais dans la Vérité et la Vie.

   « Un homme tira au hasard et frappa le roi d’Israël… ». S’il est un mot, une expression totalement étrangère au langage de la foi et de l’Écriture parmi les croyants, c’est bien le terme de « hasard… » ! Cependant, c’est bien ainsi que l’Écriture présente cet événement. Ceci nous rappelle que l’homme, qui tenterait d’échapper à la Volonté de Dieu ou même de s’y opposer, tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre, n’empêchera pas le Dessein de Dieu de s’accomplir. L’homme, en effet, range les choses inattendues survenues dans son existence sous le mot « hasard », c’est-à-dire que tout ce qui le dépasse ou ce sur quoi il n’a pas prise : bouleversements dans sa vie, accidents, décisions, pertes, richesses, déceptions, souffrances, enfin tout ce qu’il ne s’explique pas peut être nommé par lui « hasard ». Si donc tout ce qui échappe à l’homme s’appelle hasard, il est certains domaines, dans lesquels il y recourt, par ce qui s’appelle le « sort », c’est-à-dire, « tirer ou jeter le sort ». Et cette pratique se trouve dans la bible, à commencer par l’attribution des territoires « échus par le sort » aux tribus d’Israël : Josué 15:1, 16:1, 17:1. Sans parler de la nomination par le sort de la fonction des lévites, des chantres et des portiers : I Chro 2:6, 25:8 et 26:13. La seule fois où cette pratique eut lieu dans l’Eglise primitive fut lorsque les disciples tirèrent au sort, après la mort de Judas. Il est toutefois à relever que les disciples prièrent d’abord, et, seulement ensuite, « tirèrent au sort… », ainsi que le rapporte l’Écriture : les apôtres « firent cette prière : Seigneur, toi qui connais les cœurs de tous, désigne lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il ait part à ce ministère et cet apostolat que Judas a abandonné pour aller en son lieu. Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres… » Act 1:24-26. Or, ce fut là l’unique tirage au sort, et ce recours au sort se comprend par le fait qu’il le fut avant l’« effusion du Saint-Esprit… » annoncé par Jésus et venant sur les disciples le jour de la « pentecôte » Act 2:1-21. Dès lors, le tirage au sort céda la place à la direction et au discernement du Saint-Esprit. Les sept diacres eux-mêmes furent désignés, non par le sort, mais élus suivant la direction de l’Esprit-Saint. Ceci se confirma, au point que l’un d’entre eux, Etienne devint témoin et prédicateur, ayant subi le martyr Act 7:2-60, et que Philippe fut un évangéliste confirmé Act 8:25-40.

   Il est éclairant d’apprendre que l’expression « au hasard… » est ici traduit du texte original signifiant « par innocence », « par simplicité ». L’homme, bien que soldat, tira donc « par innocence », c’est-à-dire, sans connaître la victime de sa flèche. D’où l’on voit que malgré toutes les précautions prises par le roi Achab, celui-ci n’échappa point, à cet instant de sa vie, à la trajectoire de la flèche guidée selon le Plan de Dieu en vue de sa mort. Combien d’événements en effet avec leurs conséquences temporelles et surtout éternelles, inconnus de l’homme, qui en est soit l’objet, soit l’instrument par lequel le sort se réalise. Dans cette « innocence », le racheté du Seigneur agit ou est « agi » à son insu au-delà de toute explication. Car la Volonté de Dieu se fait connaître, tantôt par la Parole, tantôt par le témoignage intérieur de l’Esprit en notre esprit, tantôt tout simplement au-travers des personnes ou des événements quotidiens. La Pensée de l’Esprit, œuvrant dans l’esprit et le cœur, fait mouvoir spontanément les pas du racheté dans la Direction  de l’Accomplissement de la Volonté divine. Nous nous trouvons en quelque sorte en Dieu « qui délibère avec Lui-même…, c’est-à-dire, admis intérieurement, par Sa grâce infinie, dans le secret de Celui « qui opère toutes choses d’après le conseil de sa Volonté… » Eph 1:9 et 11. Ainsi, l’Écriture, en déclarant que : « l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu… » Rom 2:10, signifie que l’Esprit-Saint ne nous fait pas connaître Dieu sans nous faire également connaître ce que nous-mêmes sommes en Lui, sinon cette Connaissance divine n’en demeurerait pas moins stérile, alors qu’elle seule produit en nous des fruits éternels venant de Dieu.

  Ainsi, dans le racheté habité de l’Esprit-Saint, le « hasard » selon Dieu n’est pas perçu comme étant un « hasard », ni comme un « caprice » de l’existence pour le meilleur ou pour le pire, ni comme une superstition, à laquelle croit l’âme non éclairée. Ce qui distingue entre le « hasard » et la Direction de l’Esprit est que nous percevons cette dernière dans les événements heureux comme douloureux, mais acceptés et compris tôt ou tard comme étant inscrits dans la vocation de notre vie en Dieu. Et, quand bien même ces événements nous paraissent incompréhensibles, ceux-ci révèlent en nous le « but » de Dieu, nous éclairant la voie vers notre destinée éternelle.