M40 – SA PAUVRETÉ …

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     « De même que vous excellez en toutes choses, en foi, en parole, en connaissance, en zèle à tous égards, et dans votre amour pour nous, faites en sorte d’exceller aussi dans cette œuvre de bienfaisance. Je ne dis pas cela pour donner un ordre, mais pour éprouver, par le zèle des autres, la sincérité de votre charité. Car vous connaissez la Grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis… » II Cor 8:7-9.

   Les Richesses de Jésus sont inestimables; elles sont, ô combien, précieuses pour nous, et c’est pour cela que nous en parlons tant. Mais ce dont nous parlons moins, c’est de Sa Pauvreté. L’apôtre Paul écrit, qu’il « … annonce aux païens les richesses incompréhensibles de Christ… » Eph 3:8. De même qu’il ne nous est pas possible de sonder les Richesses de Jésus, ineffables et  infinies comme Lui, ainsi en est-il de sa Pauvreté elle-même. Nous savons, d’après les Écritures, que la crèche dans laquelle Jésus est né n’était pas à lui, ainsi que la barque à partir de laquelle Il prêcha; qu’il n’avait pas de lieu où reposer sa tête, et que le petit ânon sur lequel Il entra à Jérusalem ne lui appartenait pas, de même que le sépulcre dans lequel Il fut déposé. Aucun homme sur la terre ne veut de la pauvreté, il faut être « Dieu » pour la désirer. Bien que ce soit contraire à sa Nature divine, Jésus a voulu, justement, par la pauvreté, connaître un des aspects de notre vie terrestre. La Richesse de Jésus est divine, sa pauvreté est humaine et sainte. Il est riche en tant que Parole venue de Dieu, et Il s’est fait pauvre en ce que, étant cette Parole venue « habiter parmi nous », Il a voulu ainsi participer à notre chair et à notre sang. Jésus, qui n’a « … ni commencement de jours ni fin de vie… » Héb 7:3, a accepté de vivre dans un corps périssable.

   La pauvreté signifie ne rien posséder, ou, en tous cas, insuffisamment. C’est un manque de choses qui peut menacer la santé, la vie et dont les conséquences peuvent aboutir à la mort. Ceci est vrai pour ce qui concerne la pauvreté de l’homme : Lazare était pauvre aux yeux du riche, et le riche était plus pauvre encore aux yeux de Dieu, mais Jésus s’est fait pauvre plus que l’un et l’autre. L’Écriture dit, en effet, que Jésus : « … existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé Lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes… » Phil 2:6-7. Nous voyons déjà que la pauvreté de Jésus réside dans le fait même d’avoir « changé de forme » en prenant celle de l’homme.  Pour beaucoup de choses, d’ailleurs, ce qui n’est que « forme », n’est que pauvreté. Jésus a laissé, pour un temps, ce que les hommes n’auraient pu supporter de sa Gloire et de sa Puissance divines. Lui, qui est Le « Céleste », duquel nous sommes appelés à porter l’ « Image », a accepté de porter « notre image terrestre… » I Cor 15:49.

    En quoi consiste la Pauvreté de Jésus ? Il est nécessaire, pour cela, de nous pencher sur la profondeur de cette Parole au sujet de Jésus: « Celui (Jésus) qui n’a point connu le péché, Dieu l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en Lui justice de Dieu… » II Cor 5:21.  Jésus est juste et saint, et Dieu l’a fait devenir, non pas pécheur, mais péché. Sur la croix, en effet, Jésus s’est chargé de tous les péchés, mais ces péchés, ce ne sont pas les siens, mais les nôtres. Et de même que Jésus « a été fait péché » pour nous,  de même Il « s’est fait pauvre » pour nous.  Cette pauvreté n’est pas la sienne,  mais la nôtre qu’il a vécue totalement;  de par Sa Nature sans péché, Jésus ne peut en être la cause. Jésus a connu la souffrance dans sa chair, mais jamais l’altération. Sa pauvreté est faite de toutes nos insuffisances, nos misères et nos faiblesses qu’il a faites siennes, et dont Il s’est chargé, c’est en cela qu’Il peut nous comprendre, nous secourir et nous sauver.

   Jésus est pauvre concernant ce qu’il « a » dans ce monde, non pas dans ce qu’il « Est » en Dieu. C’est dans cette réalité et ce sens divins que s’exprime Paul, lorsqu’il écrit, le concernant ainsi que ses compagnons d’œuvre: « Nous sommes regardés… comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs, comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses… »  II Cor 6:10. En vérité, notre Seigneur Jésus-Christ, en tant que  « Fils de Dieu », est riche, et, en tant que « Fils de l’homme », est pauvre. Et l’un des profonds mystères de la Rédemption est que Sa « Richesse d’Être » et Sa « Pauvreté d’Avoir » en Lui se sont unies, et concourent ensemble à nous faire franchir la distance de la mort à la Vie, à nous faire passer du royaume des ténèbres au Royaume de Son Amour éternel.

   Jésus, par sa Pauvreté, connaît donc une des conditions de notre humanité. Elle est pour nous aussi précieuse que sa Richesse, car, par elle, Jésus nous a convaincu de notre pauvreté, comme aussi des choses que nous regardions comme des richesses et qui n’en sont pas pour Lui, en face de la Vie éternelle. L’homme est à ce point imparfait qu’il l’est, non seulement par rapport à ce qui est « parfait », mais à l’« imperfection » de sa pauvreté même. Seul, Jésus, qui est parfait en toutes choses, a pu connaître, là aussi, la « Perfection de la Pauvreté ». Sa Pauvreté est parfaite parce que, avec la privation des choses de la vie des hommes, Jésus a souffert, en plus, de la privation de  la  Présence  de  Dieu,  Son Père,  sur la  croix,  révélée  par  ce  cri : « … Mon   Dieu,  mon   Dieu,   pourquoi   m’as-tu   abandonné… ? » Matt 27:46. C’est là la Pauvreté unique et infinie de la dimension d’une solitude connue que de Lui seul. Jésus a souffert, à ce moment-là, notre privation des choses éternelles, dont nous ne soupçonnions point l’absence en nous, et dont, dans Son Amour infini, II nous a fait don en ressuscitant.

   Sans doute, l’on se serait attendu à être plutôt enrichi par sa Richesse que par sa Pauvreté. Mais c’est une manifestation de l’Amour de Jésus, qui a « échangé » notre pauvreté spirituelle contre sa Richesse spirituelle. S’il était resté riche, nous serions demeurés pauvres. Nous ne pouvons donc être riches et sauvés sans voir et reconnaître notre péché et notre pauvreté placés sur Jésus. Nous ne pouvons sonder cette infinie miséricorde, mais ce que nous pouvons saisir, ou en être saisis, est cette grandeur de l’Amour et de la Richesse du Seigneur qui sont, inversement, en proportion du sentiment de notre misère, et donnant, en même temps, accès en nous à la joie et à la reconnaissance de nos cœurs. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux… » Matt 5:3, dit Jésus sur la montagne. Oui, heureux celui qui sent sa misère, qui reconnaît qu’il lui manque l’Essentiel. Heureux celui qui ressent cette pauvreté, prometteuse de richesse et de vie, car elle suscite une faim et une soif inextinguibles des choses spirituelles et éternelles. Quiconque éprouve cette pauvreté garde sans cesse son cœur ouvert aux « Richesses incompréhensibles… » de Christ, qui deviennent alors compréhensibles, et suffisent au-delà de toute plénitude.