M39 – DE QUOI DISCUTIEZ-VOUS … ?

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     « Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu’il fut dans la maison, Jésus leur demanda : De quoi discutiez-vous en chemin ?  Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit: Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous… » Marc 9:33-35.

   Jésus chemine devant Ses disciples qui le suivent, tout à leur discussion. Ils ont mis une distance entre Lui et eux. Cela leur permet de parler d’un sujet qui les préoccupe personnellement, montrant par là qu’ils savent que si Jésus marchait au milieu d’eux, Il ne partagerait pas leur sujet de conversation. Mais, arrivés à la maison, Jésus leur demande : « De quoi discutiez-vous en chemin ? ». Ils avaient discuté, certes, non pas de la Grandeur de la Sagesse, des Miracles ou de la Bonté de leur Maître, mais afin de savoir qui, parmi eux, était le plus grand. Désir bien humain qui, sous quelque forme que ce soit, habite le coeur des hommes de tous les temps.

    Le silence des disciples à la question de Jésus est significatif. Tout ce qu’ils ont pourtant entendu, vu, connu de la part de Jésus au sujet des choses d’en-haut, ne les empêche pas de désirer une chose qui vient d’en bas. La Présence de Jésus, le contact quotidien avec Lui n’a pas encore eu d’influence affranchissante sur leurs sentiments, ni épuré leurs aspirations. Ce après quoi ils soupirent, en effet, est à l’opposé de ce que Jésus est, et de ce qu’Il est venu leur apporter dans cette humilité de Serviteur fidèle, ce caractère même que la Grâce imprimera aux rachetés. Ils ne discernent pas que la Puissance de l’Autorité de Jésus, en guérissant les malades, en chassant les démons, en ressuscitant les morts vient, avant tout, de la douceur d’un Agneau se préparant au sacrifice, de cet « Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde… » Jean 1:29. Jésus dominait le péché, le mal, la mort, parce qu’Il ne cessait de s’abaisser devant Dieu, qui Seul était grand en Lui, en tant que Fils de l’homme.

    Aussi longtemps que l’on n’a pas compris qui est Dieu, et qui nous sommes, aussi longtemps que l’on n’accepte pas le chemin qu’Il a tracé pour notre vie, nous ne cesserons pas de discuter sur une multitude de choses. Nous parlerons, d’ailleurs, vainement tant que « … Nous n’aurons pas perdu notre vie, afin de la retrouver en Lui… » Luc 17:33. Car c’est en la retrouvant que nous découvrons ce que Dieu veut de nous, ainsi que la force venant de Lui pour l’accepter. Notre intelligence, ne pouvant pas tout comprendre, augmente notre souffrance. Notre propre volonté, en s’efforçant « d’aider » Dieu, finalement  lui fait obstacle. Notre zèle veut hâter les Desseins de Dieu, et, ce faisant, nous nous en écartons. Notre connaissance selon la lettre ne doit pas se substituer au discernement spirituel, qui doit éclairer des Vérités et des situations sans cesse nouvelles. D’ailleurs, plus l’on s’approche de Dieu et des choses de Dieu, plus il y a de mystères. Si la régénération, le dépouillement de notre « vieil homme » n’est pas en proportion de la connaissance des choses divines, il en résulte des ombres d’autant plus obscures que les lumières sont fortes. Seule la Révélation de Jésus dans notre cœur brisé, purifié et reconnaissant, clôt toute discussion et ouvre notre esprit à l’adoration et à la louange de Sa Gloire.

   La connaissance des mystères n’apporte pas le bonheur. Quand nous avons la connaissance de la Paix de Dieu, nous n’avons pas encore la Paix, mais quand nous possédons la Présence de Celui qui l’a apportée, nous réalisons que cette Paix, la « Paix de Dieu », dit l’Écriture, « surpasse  toute intelligence, et garde nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ… » Phil 4:7, c’est-à-dire qu’elle surpasse la connaissance même qui la décrit. Dieu, Sa Parole, le Mystère du Corps de Christ sont autant de Vérités, de Réalités précieuses à nos cœurs et ce serait de l’indifférence coupable de ne pas s’en entretenir et de les approfondir. Mais pour que ces choses soient édifiantes, elles doivent être données et reçues dans l’humilité de l’Amour de la Vérité. Nous savons qu’une conversation peut commencer bien et finir mal, comme aussi mal commencer et bien se terminer. Une conversation est toujours fructueuse quand l’on sait que Jésus l’écoute du commencement à la fin, aussi est-il est bon de craindre le Seigneur autant comme Auditeur que comme Prédicateur.

   Dans ce dont nous nous entretenons, nous savons, nous sentons, si nous mettons une distance entre Jésus et nous. Au temps des disciples, Jésus était avec eux en personne, soit au près, soit au loin. Mais depuis qu’Il est retourné auprès de Dieu, comment pourrait-on maintenir « à distance » Celui qui, tout en étant invisible, est dès lors présent par Son Esprit ? Souvenons-nous que c’est la crainte qui fit se cacher Adam et Ève loin de la Face de l’Éternel; la crainte qui provient de la honte de s’être vus nus. En définitive, ce n’est pas seulement la crainte de voir Dieu qu’ils avaient (le Malin leur avait même dit qu’ils pouvaient Lui ressembler), mais la crainte d’être vus par Dieu tels qu’ils se voyaient eux-mêmes dans leur nudité.

    C’est la même chose qui arrive ici. En regardant à eux-mêmes, en regardant à ce qu’ils pouvaient devenir par eux-mêmes, les disciples voient à la lumière même de la question de Jésus, l’orgueil et la vanité de leur désir les dominer. Les questions de Jésus sur notre vie nous éclairent autant que Ses Réponses aux problèmes de celle-ci. Aussi, la « distance » spirituelle d’avec Jésus se mesure-t-elle suivant l’intensité de la crainte, ou de la paix, que notre cœur éprouve en face de Sa Parole qui nous interroge. Quand notre paix diminue, c’est que nous nous éloignons de Jésus, tandis que Sa Présence, il est vrai exigeante, mais, plus encore, généreuse, dissipe toute crainte. On peut vivre, discuter, servir, prier même Jésus sur le chemin de la vie chrétienne tout en ayant, cependant, encore une distance avec Lui. En cherchant à ne pas être entendu, ou vu de Lui, l’on risque de ne plus L’entendre, ni de Le voir Lui-même. N’attendons pas d’arriver à Capernaüm, à la fin du voyage, pour parler avec Jésus. N’attendons pas d’être à la maison, à l’entrée de Sa « Maison » pour l’entendre, seulement à ce moment-là, nous demander de quelle manière nous L’avons connu, prié, et, avant tout, vécu. Car arrivés là, il est trop tard. Mais voici Dieu est amour, Ses rachetés sont fragiles sans Lui, et II le sait. C’est pourquoi, nous pouvons Lui confier ce que nous ne comprenons pas, comme aussi ce que nous n’avons pas à comprendre, et tout autant ce que nous croyons avoir compris, afin de le mieux connaître.

    L’enseignement de Jésus compris par Son Esprit témoigne de notre identité, de notre union  avec Lui, car la compréhension spirituelle révèle notre nature spirituelle. Cet enseignement intérieur nous révèle ce qui est de Dieu en nous et ce qui ne devrait plus être de nous en Lui. II enseigne à notre « homme intérieur » à se garder de « l’homme extérieur » et de ses vains raisonnements. Et cela est l’Œuvre patiente, efficace et pleine de Bonté de notre Seigneur qui l’accomplit en nous : « Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le disputeur de ce siècle ? … écrit l’apôtre Paul, Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? » I Cor 1:20. Mais grâces soient rendues à Jésus-Christ qui nous a appelés à devenir des « enfants », auxquels le Père révèle les choses qui sont cachées aux sages et aux intelligents. Ceux-ci en discutent, tandis que les « enfants », dont le cœur est réceptif à la Pensée divine, en comprennent l’Intention et le But, et en vivent.