M38 – LE BRUIT …

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      «  Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas que je t’aie dit : II faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. II en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit… » Jean 3:4-8.

    La question de Nicodème, docteur de la loi, concernant la nouvelle naissance est l’occasion d’un enseignement lumineux pour nous de la part de Jésus. Le Seigneur répond toujours aux questions, en particulier, quand celles-ci concernent le Royaume de Dieu, et la manière d’y entrer. Nous savons la place que tient l’Esprit-Saint dans notre vie, que nous avons reçu comme étant « la Promesse du Père ».  Mais voici, il est des choses que l’on sait, et d’autres que l’on ne sait pas concernant l’Esprit de Dieu. Les premières sont à comprendre pour les vivre maintenant, les secondes seront comprises une fois que nous aurons davantage vécu.

   Jésus dit : «  le vent souffle où il veut… mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va… ». Quelle est donc l’âme qui peut, chaque fois et pour chaque chose, connaître ce que l’Esprit a préparé de faire ou de révéler, et d’en connaître l’accomplissement ? Seule la Volonté du Seigneur le permettra dans un but précis. Nous savons bien-sûr que l’Esprit-Saint vient de Dieu et retourne à Lui, mais tout ce qui a été formé dans le conseil de « Sa Sagesse infiniment variée » pour notre salut et notre destination éternelle, nous ne le saisissons pas entièrement. Et tout ce qui surviendra sur notre route, en attendant d’être réunis avec Jésus-Christ au dernier jour, nous ne pouvons que lui remettre toutes choses entre Ses Mains avec confiance. Nous apprenons, cependant, qu’entre le « tu ne sais d’où il vient … » et le « … ni où il va », il est une chose que nous pouvons connaître, ou plutôt « entendre », c’est le « bruit que fait le vent ». Nous ne pouvons pas connaître certaines choses de l’Esprit de Dieu, soit parce que les unes nous seront révélées plus tard, soit parce que d’autres, faisant partie du Mystère de Dieu, ne peuvent que demeurer cachées ; cependant, il nous est donné d’en entendre « le bruit ». Ce « bruit » est le signe de leur présence, le son de leur voix, c’est-à-dire, ce que Dieu juge utile pour que nous dirigions notre vie.

   Tout ce qui est pensé par son esprit, l’homme peut l’interpréter à sa manière, mais le « bruit » de l’Esprit de Dieu, c’est-à-dire, la direction de l’Esprit ne peut être interprétée, car l’Esprit ne rend pas un son confus à l’oreille de celui à qui le Seigneur veut se révéler. Il y a, en effet, tant de choses qui peuvent influencer notre compréhension, bruits extérieurs, bruits intérieurs. Une personne influencée par les autres est souvent qualifiée de faible, mais celui qui se dit fort, ne s’influence-t-il pas souvent pas lui-même ? Ce « bruit » du vent de l’Esprit peut être fort ou léger, tout dépend de notre oreille spirituelle, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est toujours distinct, afin que l’on ne puisse pas dire qu’on ne l’a pas entendu. Il peut être une révélation soudaine de la Volonté de Dieu, ou un appel prolongé de sa Patience, ou un souffle dans l’intimité de la méditation d’où sortent les grandes choses aux yeux de Dieu. Nous voyons par là qu’« entendre » précède toujours « comprendre ». Dieu ne nous reprochera pas de ne pas avoir compris, mais de ne pas avoir su écouter. Seul celui qui écoute sait voir et comprendre.

     Que l’Esprit se manifeste par un « bruit », David connut aussi ce prodige, lors d’une situation périlleuse. Lorsque les Philistins se répandirent, à nouveau, dans la plaine des Réphaïm, David consulta l’Éternel qui lui indiqua de les prendre par derrière, en lui donnant ce signe, « Quand tu entendras un bruit de pas dans les cimes des mûriers, alors hâte-toi, car c’est l’Éternel qui marche devant toi pour battre l’armée des Philistins… » II Sam 5:24. Ainsi, entre l’armée d’Israël et celle de l’ennemi, David sut discerner le « bruit de pas » qui conduisit à la victoire. De même, entre notre prière et l’exaucement, le retentissement de la Promesse du Seigneur  nourrit notre attente; entre le temps présent et le Jour de Sa venue, la voix intérieure de Son Esprit nous tient veillant et priant. Heureux celui dont l’oreille est ointe.

    Celui qui cherche à savoir, non par besoin, mais par curiosité, d’où vient l’Esprit et où il va…, recherche des choses au-delà de sa portée, et n’entendra à cause de cela aucun « bruit » … Et, en ne l’entendant pas, il ne connaîtra pas l’origine et l’accomplissement de choses profondes. Il ignorera, non seulement des mystères nourrissant la foi, mais aussi des choses cachées dans sa propre vie, dont il doit être éclairé et délivré. Ainsi l’âme patiente, qui fait confiance au Seigneur pour les choses d’en-haut, en recevra en son temps la lumière pour en comprendre la profondeur et le but, et, pour celles d’ici-bas, la foi et la force pour les porter, ou les supporter.

   Bien que les choses spirituelles puissent être désignées des mêmes noms que les choses naturelles, le « bruit spirituel » est d’une tout autre nature que le bruit naturel. De même que la Sagesse de Dieu est « folie pour les sages selon ce monde », de même le bruit spirituel est inaudible pour l’homme charnel. Après avoir entendu le vent, le tremblement de terre, puis le feu, Elie, le prophète, connut que l’Éternel était dans « le murmure doux et léger… » I Rois 19:11-12. Le bruit spirituel n’est pas plus fort que les bruits de la terre, il en est même l’opposé. La voix de l’Esprit éclate, résonne, mais à l’intérieur de notre cœur. Ce qui ne frappe que l’oreille rebondit au-dehors de nous, mais la Parole de Dieu qui frappe au-dedans de nous, nous façonne intérieurement à la ressemblance de cette Parole.

   Plus une âme est spirituelle, et moins Dieu parle fort ; et donc moins fort Dieu parle, et plus nous sommes tenus d’être spirituels pour Le comprendre. La Loi, par une voix de tonnerre sur le Sinaï, a été reçue par l’ensemble du peuple hébreu. Mais la Parole de la Grâce, par la révélation de Jésus-Christ, se reçoit individuellement par l’homme. Ce n’est pas une acceptation « pour » sa vie, mais « dans » sa vie. L’âme qui reçoit la Parole porte l’empreinte même de Jésus qui l’a apportée, de ce Jésus dont il est dit : « Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues… », et  cependant « les nations espéreront en son Nom… » Matt 12:19, 21. Cette douceur de Sa Parole se reçoit avec une même douceur d’Esprit et de cœur : « C’est pourquoi, dit l’Écriture, rejetant toute souillure et tout excès de malice, recevez avec douceur la Parole qui a été plantée en vous,  et  qui  peut sauver  vos  âmes… » Jac 1:21. Plus les choses de Dieu sont profondes et plus elles sont reçues dans une attention et un silence intérieurs où s’opère leur intime union à notre être profond. Ces vérités révélées font corps avec notre cœur comme une semence avec la terre, afin de produire un fruit durable de sainteté, à laquelle l’Esprit nous a rendus participants, jusqu’au jour où nous entrerons dans « la Joie du Maître ».