M36 – DERRIÈRE-MOI …

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     « Moi Jean, votre frère, et qui ai part avec vous à la tribulation et au royaume et à la persévérance en Jésus, j’étais dans l’île appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j’entendis derrière-moi une voix forte, comme le son d’une trompette, qui disait : Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises, à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie, et à Laodicée. Je me retournai pour connaître quelle était la voix qui me parlait. Et, après m’être retourné, je vis sept chandeliers d’or, et, au milieu des sept chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme, vêtu d’une longue robe, et ayant une ceinture d’or sur la poitrine… » Apo 1:9-13.

   Jean qui connaît et sert la Parole divine avec humilité et puissance connaîtra, dès maintenant, les événements à venir et verra l’Auteur Lui-même de cette Parole. Jean a d’abord été disciple (l’enseigné) du Seigneur, puis apôtre (l’envoyé), et aussi ancien ; enfin, Dieu le confirma comme prophète, lui donnant une révélation puissante qui révèle et traverse l’Église dans tous les temps. « … J’entendis derrière-moi une voix forte… dit Jean, et je me retournai pour connaître quelle était la voix qui me parlait… » Apo 1:10, 12. Le Seigneur parle « derrière » lui, non parce qu’il s’en était détourné, puisque c’est précisément « à cause de la Parole de Dieu… » qu’il était dans cette île, et qu’il l’avait crue, vécue et prêchée.

   Jean doit se retourner, pourtant il connaît bien la Parole pour ne pas être pris au dépourvu; mais maintenant qu’elle parle, il s’aperçoit qu’elle se tient « derrière » lui… ». C’est toujours ce qui se passe chez un enfant de Dieu sensible à la voix de l’Esprit. La Parole nous invite, non seulement à faire un tour sur nous-mêmes, mais un retour en nous-mêmes. Le pécheur qui se convertit se tourne lui aussi vers Celui qui l’appelle. Ici, le prophète doit se retourner, non parce qu’il fait fausse route, mais parce que Dieu veut lui révéler des mystères, c’est-à-dire, une « route plus sainte » sur laquelle il ne saurait marcher tel qu’il est. Quand le Seigneur parle, il y a toujours un changement de position, de cœur ou de vie, soit pour être sauvé, soit pour être éclairé d’une lumière plus grande.

   Ainsi, chaque fois que la Parole retentit, il ne nous est plus possible de continuer dans la même direction. Il y a toujours quelque chose en nous à corriger, à changer, non pour nous écarter de la Voie de Dieu, mais de celle que nous « pensions » être la Sienne. Car l’âme qui suit ses propres voies est celle qui obéît à sa propre voix, aussi est-ce par la Voix du Seigneur qu’elle revient dans Sa Voie vivante. Bien qu’aimant le Seigneur et sa Parole, nous ne pouvons pas prétendre nous tenir devant sa Face sans faille, bien que ce soit là notre plus grande prière. Aucun « élan spirituel » ne nous garantit de nous maintenir dans la bonne direction. Si l’on ne veille pas à soi-même, une bénédiction, une révélation, ou un réveil, peut se révéler infructueux par ce désir même de le prolonger à tout prix, en restant tel que l’on est. L’Esprit saint, en effet, dans ce qu’il opère, ou révèle, ne se répète jamais de la même manière, d’où la nécessité de se tourner vers Celui qui est la Source et l’Origine de la Vie véritable, qui se renouvelle sans cesse. Aussi l’Esprit nous porte-t-il à regarder la Voie droite du Seigneur ailleurs « qu’en face de nous ».

   En obéissant à Dieu, Sa Parole et Ses Desseins peuvent donc se révéler « derrière » nous, et ce n’est qu’en nous retournant qu’il nous est possible de les voir et de les comprendre. Lorsque l’Ange, au dernier moment, arrêta Abraham qui allait égorger son fils, celui-ci, « … leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils… » Gen 22:13. La révélation de la Substitution était derrière lui, mais combien proche. Ce n’est pas parce qu’une épreuve est grande, ou qu’une promesse tarde, que la délivrance est loin de nous, elle attend simplement « derrière » nous, et à l’heure que Dieu connaît, nous nous retournons… et nous comprenons alors, car nous nous trouvons dans la bonne direction spirituelle, dans la bonne attitude intérieure.

    La Parole de Dieu ne nécessite pas, chaque fois, un changement visible de la part de celui qui entend, mais, toujours, elle produit un changement de position spirituelle à l’intérieur de nos vies. En l’entendant, tous n’ont pas à se retourner, mais chacun est « retourné » par elle. Aller de l’avant ne signifie pas aller droit devant soi. Croire la Parole ne signifie pas la comprendre toujours de la même manière, en rechercher les mêmes effets, ou pour confirmer ce que l’on pense déjà. A quoi servirait-il d’apprendre des choses que l’on sait ? Par contre, il n’est qu’une seule disposition dans laquelle vivre et comprendre la Parole du Seigneur : un  cœur pur. Ce que nous comprenons de la Vérité nous affranchit. Mais Le Seigneur nous aide à comprendre que tout ce que nous avons compris, comme ce dont nous avons été affranchis, ne signifie pas la fin de nos faiblesses, ou la compréhension définitive d’une vérité, mais prépare, à son tour, une nouvelle lumière, ou une nouvelle victoire sur nous-mêmes, de la part de Jésus. C’est chaque fois la fin d’une étape, non la fin de la course. La sainteté en est le fruit, et la Vie éternelle le but.

   Dieu juge nécessaire de nous « bousculer » pour que nous triomphions de notre paresse d’esprit en vue de rechercher et d’approfondir la Vérité. Il veut éviter que l’on fasse de sa Parole un dogme, et de la Vérité un credo. Car l’homme n’est sûr que de ce qu’il établit lui-même, au point que, non seulement il fige la Parole qu’il croit, mais lui-même est arrêté par ce qui était destiné à le faire avancer. La Parole révélée par l’Esprit sera toujours nouvelle, plus profonde, plus puissante, plus lumineuse, plus riche. La connaissance de Jésus nous change à son Image, car nous devenons ce que nous croyons, et notre vie intérieure dépend de la manière dont on saisit la Parole, et surtout dont on est aussi saisi par elle. C’est pourquoi Jésus dit: « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez… » Luc 8:18. Avant même de savoir ce qu’elle nous demandera, nous devons déjà être prêts à lui ressembler. Recevoir fructueusement la Parole du Seigneur crucifié et ressuscité revient à accepter les conséquences de sa Mort et de Sa Vie agissant en nous, et cela, dans la joie.

    La Voix qui nous dit de courir vers le but, parle derrière nous. Cette Parole qui éclaire et nous guide ne se tient pas derrière les montagnes ou les circonstances, qui nous en cachent la vue, mais pour éclairer nos faiblesses, nos préjugés, ou nos prétextes ; elle n’est pas derrière quelque chose, ou quelque autre personne que « nous-mêmes ». C’est nous-mêmes qui risquons de l’entendre sans la « voir ». C’est pour cela que le seul obstacle à la vraie Vie est notre propre vie ; aussi avons-nous besoin de « mourir » à nous-mêmes pour voir devant nous, ce qu’elle éclaire au travers de nous.