M34 – LE CHAMEAU …

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     « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la Loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Conducteurs aveugles ! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau … » Matt 23:23-24.

   Jésus, qui est « doux et humble de cœur », sait aussi, par sa Parole puissante, frapper les consciences. Il frappe parce qu’Il aime. Jésus n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver les hommes. Cependant, Sa Parole de salut, de délivrance ne devient jugement que par la suffisance même de l’homme religieux. La compassion de Jésus envers les chefs, les scribes et les prêtres est la même que celle envers le peuple ; seul, son message diffère ! Simplement, Jésus veut abaisser les grands et relever les petits au niveau de la Grâce.

   Il se rencontre, parmi les prêtres et les scribes, des cœurs appelés ou bien disposés comme Zacharie, Nicodème, Gamaliel ; de même il se rencontre parmi le peuple, des gens religieux, c’est-à-dire, légalistes, suffisants ! L’un, comme l’autre, suit une règle de doctrine qui le rend aussi rigide qu’elle l’est elle-même, observant la loi plus pour juger son frère que pour se juger soi-même, et, de là, ignorant tout de la Miséricorde du Seigneur. L’on a plus de zèle à  défendre ses propres convictions qu’à porter les fruits d’une vie sanctifiée et humble. L’homme religieux puise des éléments dans la Parole, qui correspondent à sa conscience naturelle ; il a sa propre mesure des choses de Dieu, ainsi que celle de la vertu. Ce qui fait donc de lui, non pas un homme sanctifié, mais un homme à principes. Il prend sa « propre assurance » pour de l’assurance spirituelle. L’homme spirituel, lui, reçoit la Parole comme un breuvage, une nourriture spirituelle, qui le fait croître en le transformant. L’homme légaliste vit « pour » la Parole, il la défend, l’homme spirituel vit « par » elle, il en dépend.

   Jésus dit : « Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau… » Cette attitude est le propre de l’homme religieux, et cette hypocrisie éclate lors du procès de Jésus. Le souverain prêtre, et ceux qui le suivaient, conduisant Jésus du sanhédrin au prétoire  « n’entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, et de pouvoir manger la Pâque… » Jean 18:28.  Le fait de se garder pur et, en même temps, de vouloir la mort d’un homme ne leur paraît nullement inconciliable, et ne leur pose aucun problème de conscience. Cette conduite, dans le passé, a déjà suscité ce cri de la part de l’Éternel : « Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités… » Ésaïe 1:13.

   L’homme religieux comprend donc les choses de Dieu selon sa pensée et non pas selon l’Esprit de Dieu. Il en arrive à accepter la mort et à refuser la vie, en toute sincérité, et ceci, dans maints choix ou décisions pour sa vie, ou celle des autres. Ceci est encore manifeste lors de la condamnation de Jésus, Pilate, criant à la foule dit : « … comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? Alors de nouveau tous s’écrièrent : Non pas lui, mais Barabbas ! Or, Barabbas était un brigand… » Jean 18:39-40. Le peuple était excité par les prêtres. Pour eux tous, Jésus était « le moucheron » à filtrer, et Barabbas, « le chameau » à avaler. Ils retiennent donc Celui qui est la Vie, en vue de sa mort, et rendent la liberté à la vie de celui qui a donné la mort, sans savoir que c’est contre eux-mêmes qu’ils refusent la vie en condamnant à mort le Juste. Ainsi que le dit Jésus en montant au Calvaire, aux femmes qui se frappaient la poitrine: « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants … car si l’on fait ces choses au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec… ? » Luc 23:8-31. Bien souvent l’homme religieux, par ses choix, se nuit à lui-même.

   La vie spirituelle fait que « l’homme religieux » et « l’homme spirituel » sont opposés à l’intérieur de l’âme même. Christ a crucifié « l’homme pécheur » en nous, afin que l’homme spirituel vive dans la Présence de Dieu. L’adversaire n’a pu empêcher notre nature pécheresse d’être mise à mort à la croix; c’est pourquoi il essaie de susciter l’esprit de religiosité en nous, afin de supplanter l’homme spirituel. Ainsi, entre «… notre homme extérieur qui se détruit, notre homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour… » II Cor 4:16, l’esprit   religieux   cherche   à   s’interposer   entre   nous et Dieu.  Ce « reste » de l’homme religieux, légaliste en nous, notre propre justice, cherche, à sa manière, à croire, à demander, à comprendre ou à entreprendre, précisément, à la place de l’homme spirituel qui, seul, comprend les choses de l’Esprit de Dieu, et s’y soumet. Nous comprenons pourquoi certaines prières ne sont pas exaucées, certaines entreprises n’aboutissent pas, ou encore tant de choses demeurent contradictoires.

   Cette attitude peut se révéler dans une infinité de domaines dans la vie d’un croyant. Tel ne boira pas de vin, mais fera un travail le dimanche, tel autre, le jour du repos, ne travaillera pas, mais repaîtra ses yeux des choses de ce monde ! Tel veillera ne pas souiller ses yeux, mais aura la bouche prompte à la critique, à juger autrui, tel autre encore, en ne critiquant pas ses frères, semble vertueux, alors qu’il est totalement indifférent à leur égard ! Tel enfin, rendra de grands services, tout en colportant des paroles qui divisent les amis ! D’où l’on voit que le propre de l’homme religieux est la contradiction. « Combien de moucherons filtrés… ! ». Des petites choses qui, selon les cas, sont inoffensives, anodines mais que l’on regarde avec un esprit de suspicion, de méfiance et que l’on tient à l’écart, alors que d’autres, de nature nuisible et dangereuse, dont l’on peut dire : Combien de chameaux avalés… ! », sont acceptées et avalées sans discernement spirituel.

    L’âme religieuse émet ses propres pensées concernant la fidélité, la vérité, l’humilité. C’est ici la voie de ceux qui se croient sages à leurs propres yeux. Ils deviennent les maîtres de la Sagesse plutôt que ses disciples. Nous savons que plus l’on communie avec Christ plus l’on devient l’Image de Christ, et cette Image, « notre » image, est souvent celle d’un agneau, c’est-à-dire, d’un enfant qui a besoin de conseil, de force, de sagesse pour entrer dans le Royaume de Dieu. L’homme religieux ne peut accepter de se réduire à un petit enfant, à être  « … l’un de ces petits qui croient en moi… » dit Jésus : Matt 18:6. Il trouve  plus honorable de servir et de défendre la Gloire de Dieu, plutôt que de porter sa croix à l’ombre de cette Gloire. L’homme spirituel aspire à devenir un « homme fait en Christ » avec la persévérance et le discernement de l’adulte, mais toujours avec la confiance et la simplicité d’un enfant. Il accepte, avec l’Aide du Seigneur, de porter sa croix tout en étant lui-même porté par la foi, par la joie inaltérable, qui habite l’enfant de Dieu. Jésus nous a délivrés du péché et du monde ; II nous délivre aussi de toute forme de religiosité, aussi L’aimons-nous, Lui, et la Puissance libératrice de son Amour qui remplit notre cœur.