M33 – UN FANTÔME …

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    «  Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. II vit qu’ils avaient beaucoup de peine à ramer ; car le vent leur était contraire. A la quatrième veille de la nuit environ, il alla vers eux, marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris; car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur ! Puis il monta vers eux dans la barque, et le vent cessa. Ils furent en eux-mêmes tout stupéfaits et remplis d’étonnement… »  Marc 6:47-51.

   « Le vent leur était contraire… ». En envoyant ses disciples sur la mer, Jésus savait qu’Il les retrouverait, puisque, selon Ses propres Paroles : « II obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté… » Marc 6:45. Quand on se dirige selon la Direction de Dieu, c’est alors que l’­opposition, quelle qu’elle soit, se manifeste. Toute mission, toute direction de la part du Seigneur n’empêche pas les périls, les attaques de l’adversaire, mais le but est assuré, car ce but se trouve déjà dans le départ spirituel. Jésus est le « commencement et la fin » de tout ce qu’Il entreprend pour ses rachetés. II est « l’Alpha et l’Oméga » de notre vie : Apo 22:3. Une grande source d’encouragement est de savoir que, quoi qu’il arrive durant le cours de la vie, Jésus est sur la montagne, et Il nous voit. Jésus, en effet « vit que les disciples avaient beaucoup de peine à ramer… »  Marc 6:48. Jésus les voit, mais eux ne Le voient pas, et ils ne se croient pas « vus » tant le trouble les a saisis. Car Jésus, tout en les voyant peiner, ne se précipite pas tout de suite en personne vers eux, si ce n’est par la « prière » du haut de la montagne : Marc 6:46. Les disciples connaîtront plus tard, par l’Esprit, cette relation intérieure avec Jésus, pour savoir que l’absence de sa Personne ne signifie pas l’absence de sa Présence, et par là, de sa Puissance.

   De la barque, battue par les flots, les disciples voient Jésus marcher sur les eaux, et ils crient : « C’est un fantôme… ! » Matt 14:6. Jésus, leur apparaissant ainsi, ajoute encore à leur effroi. La tempête est violente, cependant c’est ici la nature; mais cet « homme » qui s’avance parmi l’écume, bouleverse leurs cœurs. Ils ne reconnaissent par leur Maître, la peur voile leurs yeux et leur foi.Cette frayeur a ceci de particulier en ce qu’elle leur fait méconnaître l’aide dont ils ont justement besoin. Ceci est d’une grande profondeur, cet événement révèle la façon dont les disciples voient Jésus et s’attendent, selon eux, à le voir agir en telle circonstance. Les Voies du Seigneur, infiniment variées comme l’est Sa Sagesse, frappent, bousculent, nous émerveillent. Non seulement le Seigneur change les événements, mais Il change surtout notre manière de les voir et de les comprendre. II rompt le cadre de notre esprit pour l’ouvrir à Ses Pensées et à Ses Voies. « Un fantôme… ! ». Chez les disciples, cette méprise sur l’identité de Jésus n’a duré qu’un instant. Mais cette méprise, sur beaucoup de choses de Dieu et sur Dieu Lui-même, peut durer longtemps dans la vie du croyant dont l’esprit non-affranchi n’est pas apte à comprendre la manière d’agir toujours nouvelle de la Puissance de Dieu. Nous-mêmes, de quelle manière nous attendons-nous au Seigneur et voyons-nous Sa manière d’agir ? Comment saisissons-nous Ses Voies, Ses Pensées ? Nous comprenons donc pourquoi le Seigneur permet des tempêtes, des tribulations dans notre vie, dans le seul but de nous affranchir de notre intelligence charnelle, qui arrêtait, jusqu’alors, notre compréhension et notre avancement spirituels. Nous sommes appelés à distinguer entre ce qui est spirituel et superficiel, entre ce qui est durable et périssable.

   L’Écriture nous rapporte une intention mystérieuse de Jésus dans sa marche sur les flots. Les yeux des disciples sont fixés sur cet Homme, qui s’avance au milieu de la tempête, et en plus, ils se rendent compte que Jésus « voulait les dépasser… »  Marc 6:48. Ce qu’ils ne comprennent pas, mais qu’ils aperçoivent cependant comme leur salut s’éloigne d’eux. Aussitôt, cette nouvelle cause d’alarme fait qu’ils appellent à leur secours ce qui, jusque-là, leur était un sujet d’épouvante. Nos efforts personnels et nos idées arrêtées doivent, tôt ou tard, céder face à des situations où seul Dieu peut agir. Notre impuissance nous apprend davantage sur nous-mêmes que nos capacités, et nous fait accepter la Volonté et les Moyens de Dieu tels que nous ne les pensions pas, ou ne les voulions pas jusqu’alors.

   Quelle est donc l’intention de Jésus en voulant dépasser ses disciples ? Il veut que leur besoin de son Aide soit plus grand que leur peur des éléments, ce qui a pour but de les amener à être plus étonnés de « leur petite foi » que de la grandeur de la tempête et à être plus humiliés de leur propre crainte que de ce qui en est la cause. Le Seigneur nous apprend que la petitesse de notre foi, de notre fidélité ou de notre reconnaissance envers Lui doivent être redoutées plus encore que toutes les tempêtes, les tribulations, qui surgissent dans nos vies et dont, par la suite, Il nous délivre à Sa Manière et en Son temps. Les situations extrêmes sont voulues de Dieu, et Il s’y trouve avec nous. Les choses incompréhensibles ici-bas nous façonnent à comprendre celles d’en-haut.Ce n’est qu’après, justement, que l’Éternel lui eût parlé « du milieu de la tempête… », que Job s’écria: « Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu… » Job 40:1 et 42:5.

   L’Écriture rapporte que Jésus, après être ressuscité, se présenta au milieu de Ses disciples, disant : « La paix soit avec vous… ». Mais là aussi Ses disciples, « saisis de frayeur et d’épouvante, croyaient voir un esprit… » Luc 24:37. Mais Jésus leur dit: « Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi; touchez-moi et voyez : un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’ai… » Luc 24:39. II mangea même du « poisson rôti » et d’un « rayon de miel » devant eux : Luc 24:42. Par Sa chair dans cette situation précise, Jésus donne à comprendre qu’Il nous est ressemblant en tout point, sauf qu’Il n’y a pas en Lui de péché. Jésus, plus près du ciel que de la terre, nous montre, que ce qui est nécessaire pour notre vie et pour notre corps comme pour notre âme et pour notre esprit, ne lui est pas indifférent. Jésus ne prêche pas la négation de son Humanité ni de notre humanité. Le croyant qui se sanctifie ne cherche pas à se désincarner mais aspire à être sanctifié entièrement «… afin que tout votre être, écrit l’apôtre Paul, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ… » I Thess  5:23.

   La Nature ressuscitée de Jésus, lequel n’était point encore enlevé au ciel, n’appartenait déjà plus à cette terre, mais elle révélait déjà l’état de la sainteté qui doit être la nôtre, soit le jour de notre départ de ce monde par la mort auprès de Lui, soit le jour de sa Venue sur les nuées lorsqu’il nous prendra avec Lui. Non, Jésus n’est pas un fantôme, ni un esprit, ni un ange, et nous ne le deviendrons pas non plus. Jésus est la Manifestation de Dieu dans Sa chair : « … Celui qui m’a vu a vu le Père; dit Jésus à Philippe, comment dis-tu : montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi … ? » Jean 14:9-10. Le miracle de l’Amour divin est que Jésus est devenu semblable à nous, pour nous rendre semblables à Lui.