M326 – PUISQU’IL LE FAUT …

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     « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, à vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés, par la foi, pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps ! C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable (qui cependant est éprouvé par le feu), ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra… ! » I Pier 1:3-7.

    L’Écriture contient des vérités profondes exprimées en peu de mots. Ainsi en est-il de   l’expression « puisqu’il le faut… » I Pier 1:6, placée en incise au milieu d’un long développement au sujet de l’« épreuve de la foi ». Cette expression inspirée de Dieu à l’apôtre Pierre est lourde de sens. En effet, l’« héritage qui nous est réservé dans les cieux… », d’où découle notre seule et vraie joie, ne nous empêche pas d’« être attristés » par l’épreuve, même si cela n’est que pour « un peu de temps », dont Dieu seul sait la durée… ! La vie spirituelle nous apprend que, paradoxalement, la joie et la tristesse ne sont pas incompatibles, même si, bien-sûr, nous préférons  des circonstances qui puissent plutôt nous réjouir que nous attrister. Il est donc dans la nature même de l’homme spirituel d’être exercé par l’épreuve, dans laquelle intervient le Secours de Dieu qui le soutient et, en même temps, l’éclaire à bien distinguer entre sa propre force, impuissante, et la Force d’En-Haut toute-puissante… !

   Toute souffrance produit un effet amplificateur dans le comportement d’une personne, laquelle en accentue soit les défauts soit les qualités, ou les deux ensemble ! Or, pour ce qui concerne le croyant né de nouveau, l’épreuve ne saurait être une cause de désespoir ou de révolte. Cependant, Dieu connaît et comprend nos tristesses, nos découragements, nos interrogations, nos angoisses mêmes, et, dans Sa Compassion, Il nous console par Sa Grâce. Cette Grâce qui transforme l’épreuve en  un instrument de vie, et façonne en nous cette maturité spirituelle à la « mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:14. Car l’épreuve, loin de fragiliser la foi, l’aguerrit ; et c’est en cela qu’elle est « précieuse », écrit l’apôtre Pierre, et même « plus précieuse que l’or périssable… » I Pier 1:7. En fait, l’épreuve, en éprouvant la foi du racheté, a pour effet de l’épurer de ce qui n’est pas spirituel ! Ainsi, l’épreuve qui cause une perte, ou qui serait ressentie comme telle, a, au contraire, une action intérieure libérant des choses éphémères et faisant la place à ce qui est durable et qui subsiste pour l’éternité. C’est en cela que nous apprenons à perdre ce qui nous perd… !

   Après avoir été lapidé à Lystre par des Juifs venus d’Antioche et d’icône, et s’être relevé, le lendemain même, l’apôtre Paul, avec Barnabas, partit pour Derbe, puis, revint, malgré le danger encouru, par Lystre et Icône à Antioche, « … fortifiant l’esprit des disciples, dit l’Écriture, les exhortant à persévérer dans la foi, et disant que c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu… » Act 14 :22. L’apôtre Paul exprime ici une réalité de la vie spirituelle qui est le propre de tout racheté fidèle au Seigneur. Il ne s’agit évidemment pas d’évaluer sa vie spirituelle par le nombre de ses épreuves, et encore moins de rechercher la souffrance pour devenir spirituel ; le fait même d’aimer le Seigneur et de chercher à lui plaire suffit à ce que les épreuves viennent d’elles-mêmes, sans qu’on les appelle. Pourquoi cela ? Parce que la vie spirituelle consiste en un détachement des rudiments de ce monde, auquel, précisément, l’adversaire s’efforce de nous attacher dans le but d’éteindre en nous l’aspiration aux choses éternelles ; réalités spirituelles auxquelles nous appartenons en vertu de la transformation de la nouvelle naissance opérée en nous par le même Esprit. Ainsi, lorsque les tribulations révèlent notre fragilité, cette fragilité même a pour effet de nous révéler d’autant plus le Seigneur comme étant la seule Source d’où nous recevons la Force et la Lumière. Le fait d’éprouver sans cesse le besoin de nous confier en Dieu constitue un élément important de notre attachement à Dieu, et cet attachement, qu’Il agrée, entretient notre zèle à persévérer en Lui … !

  Il se présente ici-bas  nombre de situations douloureuses, incompréhensibles, même blâmables qui, cependant, n’empêchent en aucun cas le Dessein de Dieu de s’accomplir. Car la foi voit, dans ce qui paraît même s’opposer au Plan de Dieu, un accomplissement encore plus glorieux. Jésus, parlant des signes des derniers temps, dit aux disciples : « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin… » Matt 24:6. Et en ce qui le concerne Lui-même, Jésus dit : « Car, comme l’éclair resplendit et brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour. Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par cette génération… » Luc 17:24-25. D’où l’on voit dans l’expression  « il faut » maintes fois répétées, l’inéluctabilité des événements. Dans cette même pensée, mais dans un domaine différent, Jésus, parlant des scandales survenant parmi les hommes, dit : « Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales, mais malheur à celui par qui ils arrivent… » Luc 17:1, et cela jusqu’à dire : « Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive… » Matt 18:7. Tout en réprouvant les personnes qui en sont la cause ou l’instrument, Jésus dit, non seulement qu’il est « impossible » qu’il n’y ait pas scandales, mais qu’ils sont même « nécessaires » … parce qu’en certains cas le mal suscite une réaction intérieure, qui aiguise le cœur du racheté à aspirer d’autant plus à entrer dans ce qui concourt à l’Accomplissement des Desseins de Dieu pour sa vie et pour ceux qui l’entourent… !

   Cet inéluctable « puisqu’il le faut » a donc une incidence des plus importantes en maints domaines de la vie spirituelle, notamment en ce qui concerne la prière. Une compréhension courante de la prière consiste à demander à Dieu de bonnes choses et à nous préserver des choses mauvaises ; encore est-il besoin de savoir ce que l’on entend par bonnes choses et choses mauvaises… ! Car ce qui est bon pour nous ne l’est pas nécessairement aux yeux de Dieu, et ce qui est bon de la part de Dieu pour nous n’est pas nécessairement vu comme tel à nos propres yeux. Jésus, en effet, ne nous a pas appelés à prier dans le but d’éviter les épreuves, mais plutôt à demander Sa force pour pouvoir les surmonter. Il ne nous a pas non plus appelés à prier pour que nous n’ayons pas de tentation, mais à demander la Lumière de Son Esprit pour la discerner et nous en garder. Il ne nous a pas non plus appelés à prier pour que nous ne connaissions pas la souffrance, mais à nous confier totalement en Lui pour être soutenus et secourus par Sa Grâce. L’apôtre Paul, en effet, écrit aux Corinthiens : « Car, nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire… ! II Cor 4 :17-18 Ces « légères afflictions », puisqu’elles sont incontournables, sont évidemment connues du Seigneur ; elles nous incitent donc à prier selon la Pensée de l’Esprit, qui nous apprend que Dieu, parfois, agit au moyen des choses de cette vie qui semblent contrecarrer Sa Volonté même… ! Or, l’épreuve produit cette maturation spirituelle qui résiste à l’épreuve même par la fermeté de la foi, accompagnée d’une profonde l’humilité, seule disposition intérieure qui rend durable la Victoire en Christ ; car toute victoire, qui veut ignorer la faiblesse ne durera pas… !

   Approfondissant cette vérité, ces paroles n’exhortent donc pas à rechercher les épreuves comme une preuve de spiritualité et encore moins à y voir un châtiment, mais elles s’éclairent par ces paroles admirables de job adressées à l’Éternel : « Je reconnais que tu peux tout, et que rien ne s’oppose à tes pensées. – Quel est celui qui a la folie d’obscurcir mes desseins ? –  Oui, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles qui me dépassent et que je ne conçois pas. Écoute-moi, et je parlerai ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras. Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre… » Job 42 :2-6 Le fait de passer de l’ « oreille » qui  entend  à  l’ « œil » qui voit est le fruit spirituel que produit l’épreuve en nous. Car en passant de l’« écoute » de la Parole à la « vision » intérieure de la Parole et du Dessein de Dieu, nous  faisons l’expérience spirituelle de voir de l’« intérieur » ce que nous ne voyions jusqu’alors que du dehors… ! Ainsi, par l’émondage que l’épreuve opère en nous, nous passons de la Parole à la révélation de celle-ci, dont la Vie divine qui en découle imprime en nous la ressemblance à Jésus-Christ « qui est la Parole » … !