M27 – DE MAUVAIS ŒIL …

Format PDF

    « … Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent  ensuite, croyant recevoir davantage; mais ils reçurent aussi chacun un denier. En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison, et dirent : Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur. II répondit à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais pas tort; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers… »  Matt 20:9-16

   En payant un denier à chacun, le maître prouve sa bonté ; mais voici, il se trouve qu’en étant bon avec les « derniers », le maître ne l’est plus avec les « premiers » ! Il est difficile d’être bon, non pas avec un seul, mais avec tous. L’étonnement des ouvriers qui ont supporté tout le poids de la journée est compréhensible, mais le sentiment de leur cœur à l’égard du maître ne l’est pas. Les ouvriers voient, en effet, « de mauvais œil » sa bonté, qui ici est la Bonté de Dieu exprimée dans cette parabole par la bouche de Jésus.

   Nous savons qu’un homme injuste ne peut être un homme bon; or ici, chose étrange, c’est justement en étant bon que Jésus paraît injuste ! Jésus, connaissant les cœurs, ne pouvait pas ne pas s’attendre à une telle réaction de la part de l’homme qui ne voit, bien souvent, que l’extérieur des choses. Jésus n’a-t-il pas dit que « le regard envieux » n’est pas suscité par ce qui se  présente aux yeux, mais, en réalité, provient « du dedans, du cœur des hommes… » Marc 7:21. Jésus veut nous enseigner par-là les voies de la bonté manifestée, mais selon Dieu, non selon nous, « car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Éternel… »  Ésaïe 55:8.

  Pourquoi certaines des Paroles de Jésus sont-elles difficiles à comprendre et semblent montrer, comme ici, une apparente inégalité ? Ne devraient-elles pas, pensons-nous, satisfaire notre besoin de justice, comme celui de la justesse des choses ? Assurément Jésus le fait, mais selon la manière qu’Il juge la meilleure pour notre âme, dont II connaît les besoins spirituels mieux que nous; car ce que nous croyons vrai, juste et bon, l’est-il selon le Sens de Dieu ou du nôtre ?  Les Desseins de l’Amour du Seigneur nous comblent, cependant, infiniment mieux que nos propres idées sur la justice et sur les autres réalités spirituelles.

  Jésus, après nous avoir lavés de nos péchés, nous révèle que nos qualités, nos vertus naturelles sont autant d’obstacles à la compréhension spirituelle de La Parole et des Voies de Dieu. Éclairés par l’Esprit-Saint, nous reconnaissons bien ce qui est mal au-dedans de nous, mais nous reconnaissons mal ce que nous estimons être bon, alors qu’il ne l’est pas aux yeux de Dieu. Cette attitude ne se trouve pas seulement en ceux qui débutent dans la foi. L’Écriture, en effet, nous apprend que ce sont « ceux qui ont supporté la fatigue et la chaleur (les épreuves) du jour (la durée de la vie), qui ne comprennent pas ; c’est-à-dire, des croyants de longue date, aguerris, et pourtant… !

    Il arrive qu’un homme spirituel ne saisisse pas certaines vérités de la Parole. Ceci a lieu lorsqu’il les reçoit, non pas dans un esprit de révélation, mais dans un esprit dogmatique, figeant son esprit au point que toute pensée nouvelle de l’Esprit ne peut pénétrer son cœur… paroles  révélées pourtant destinées à l’ouvrir ! Ce qui a commencé spirituellement, le malin cherche toujours à le prolonger humainement. Tel est le cas dans le cœur qui ne veille pas, par exemple, dans le passage insoupçonné d’une conviction spirituelle à une propre assurance toute humaine !

    Le croyant ne se connaît pas vraiment tant qu’il n’a pas vécu les Voies mystérieuses de Dieu, qui font surgir de son cœur des pensées, des réactions qui l’étonnent lui-même ! La manière dont le Seigneur agit par Sa Parole, par Sa Justice, par Son Amour même peut susciter l’étonnement, l’incompréhension, parce que ces choses, qui ne sont pas selon l’esprit de ce monde, appellent sans cesse à un renouvellement intérieur pour en comprendre pleinement la portée et le sens spirituels. Il n’y a que le cœur régénéré et l’intelligence éclairée, qui comprennent cette Parole de Jésus « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a… » Matt 25:29. C’est-à-dire, que ce qu’une âme a reçu de Dieu, sans l’avoir multiplié, sera donné à une autre qui en portera les fruits,  comme le dit l’Éternel « ainsi en est-il de ma Parole, qui sort de ma bouche, elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins…»  Esaïe 55:11.

    « …  Ne  m’est-il  pas  permis  de  faire  de  mon  bien  ce  que  je veux…  ? » dit le Maître. Le Seigneur a de grands biens pour nous, mais il dépend de Sa Volonté, non de la nôtre, de nous en faire part. Aussi sommes-nous appelés à connaître la Volonté de Dieu avant même les biens qu’Il nous réserve. Ces biens, en effet, ne sont pas accordés uniquement dans le but de nous faire plaisir, car ils ne sont pas nécessairement agréables quand on les reçoit, Paul écrit, en effet, « Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour… » II Cor 4:16. Ainsi, ce qui renouvelle, enrichit notre « homme intérieur », en même temps, détruit notre « homme extérieur » ! Les biens du Seigneur qui réjouissent notre « homme intérieur » qui y prend plaisir, font, en même temps, souffrir notre « homme extérieur » qui lui, les redoute. Une semence ne porte du fruit qu’à la condition d’être jetée dans une terre travaillée, retournée ; de même, toute révélation de l’Esprit ne se reçoit que dans un cœur brisé, et donc  ouvert. Un cœur brisé n’oppose plus de résistance au travail de l’Esprit de Dieu. C’est donc sur nos débris que nous grandissons !

   Nous ne considérons donc plus « d’un  mauvais œil » la manière étrange, mais salutaire, dont Dieu nous accorde ses biens, sachant que la Bonté divine en est la cause, ayant pour but de nous dépouiller de nous-mêmes, afin de revêtir Christ. Toutes les choses difficiles à comprendre dans cette vie terrestre façonnent notre entendement à comprendre les choses célestes, qui jettent, à leur tour, une lumière sur tous les « pourquoi » qui surgissent sur notre route. La Grâce de Dieu nous donne la force d’en accepter les moyens choisis, non par nous, mais par Dieu, en  nous en montrant le But éternel.