M268 – QU’ÊTES-VOUS ALLÉS VOIR … ?

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    « Comme ils s’en allaient, Jésus se mit dire à la foule, au sujet de Jean : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? Mais, qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits précieux ? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi… ! » Matt 11:7-10.

   «  Qu’êtes-vous allés voir… ? ». Ces Juifs avaient besoin de savoir ce qui en eux, précisément, les poussait à « voir » autant qu’à « entendre » ce que le prophète avait à leur dire. Certes, Jean-Baptiste avait une parole selon la situation de chacun d’eux. A la foule qui l’interrogeait, Jean répondit : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même… ! » Luc 3:11 ; à des publicains, il répondit : » N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné… ! » Luc 3:13 ; à des soldats, dit-il encore : « Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde… ! » Luc 3:14. Certains d’entre eux ne s’attendaient pas à recevoir la réponse que leur apportait Jean, et, parmi eux, surtout les pharisiens et les sadducéens auxquels le prophète avait dit : «  Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Produisez donc du fruit digne de la repentance, et ne prétendez pas dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que des ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham… ! » Matt 3:7-10. Une pierre serait-elle moins dure qu’un « cœur de pierre » ? Ainsi, les uns étaient éclairés et encouragés, d’autres étaient repris et redressés, tandis que d’autres, qui se sentaient offensés, devinrent ses adversaires… !

   Quel était donc l’état d’esprit dans lequel ces Juifs étaient allés voir le prophète ? Jésus dit, au sujet de Jean, qu’il était un « prophète », et même « plus qu’un prophète », en ce qu’il était « l’Élie qui devait venir… ! » Matt 11:14. En nous présentant ainsi la nature spirituelle de la vocation du prophète qui consistait autant à discerner qu’à annoncer la Venue du Seigneur, Jésus nous appelle à distinguer entre nos propres désirs, et nos attentes spirituelles. C’est ce qui explique aussi les diverses attitudes des Juifs d’alors à l’égard de Jésus et de Jean-Baptiste, au point que Jésus compara sa génération à des enfants assis sur la place publique, et qui, s’adressant à d’autres enfants, leur disent : « Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés. Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : Il a un démon. Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent : C’est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres… ! » Matt 11:16-19. Les uns trouvaient donc le prophète austère, rude même, tandis que d’autres, à l’inverse, trouvaient Jésus plutôt proche d’eux, trop proche même, au point que la Sainteté de Sa Personne les dérangeait encore plus… !

  Sommes-nous nous-mêmes prêts à recevoir de la part de Dieu tout autre chose que ce que nous lui avons demandé ? Distinguons-nous à l’intérieur de nous-mêmes entre nos désirs personnels et nos besoins spirituels ? La sincérité avec laquelle nous demandons à Dieu ne suffit pas à discerner les sujets de prières que l’Esprit de Dieu Lui-même inspire. Notre désir de voir la Gloire de Dieu, en effet, peut être animé par des mobiles émanant de notre propre volonté. Car ce n’est pas à Dieu d’être en accord avec nos prières, mais plutôt à nos prières de correspondre aux exaucements qu’Il a préparés pour nous. C’est en cela que se révèle le croyant « charnel » qui, pensant « chercher premièrement le Royaume et la Justice de Dieu » Matt 6:33, en réalité, cherche à satisfaire les besoins de son « moi » plutôt que les aspirations de la foi… !

  Ainsi qu’elle joue, ou entende jouer, qu’elle chante, ou entende chanter, l’âme n’est pas satisfaite, parce qu’elle a déjà fixé dans son esprit ce qu’elle veut recevoir de la part de Dieu, alors que, bien souvent, elle doit apprendre à connaître l’exaucement, non pas à l’avance, mais au moment même où  Dieu le lui accorde.  C’est ici l’inconstance des cœurs qui désirent des choses nouvelles, même spirituelles, mais sans vouloir « se laisser transformer » par elles. Or, le fait de ne pas comprendre révèle très souvent le fait de ne pas « vouloir » comprendre : attitude de défense révélant, parfois, que l’on a, au contraire, parfaitement compris … ! Aussi est-ce justement parce que l’on ne résiste plus que l’on comprend spirituellement ! Alors l’Esprit-Saint permet, non seulement aux yeux de notre cœur de pénétrer dans les « Profondeurs de Dieu », mais à notre cœur même d’en être pénétré… !

   La personne qui rencontre un authentique prophète, ou tout autre homme inspiré de Dieu, a le sentiment d’être en présence de quelqu’un de particulier. C’est d’ailleurs là ce que rapporte Jésus : « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui… ! » Matt 11:11. Il est à remarquer que lorsque l’on surestime ou sous-estime une personne, sa parole ou son message ne peut être reçu objectivement. Même le fait de surestimer une personne, ce qui pourtant vaut mieux que de la sous-estimer, fausse la compréhension spirituelle. Car l’état d’esprit dans lequel nous regardons ou écoutons influe sur notre entendement. Ainsi, toute pensée préconçue, par laquelle nous croyons ne voir « qu’un roseau agité par le vent » ou, au contraire, un «  homme vêtu d’habits précieux… ! », modifie en nous le sens de la Parole annoncée, et donc fait obstacle à notre croissance spirituelle… !

   Notre recherche a sans cesse besoin d’être éclairée et épurée, afin de saisir les choses que Dieu nous a réservées, selon Sa Pensée, et non selon la nôtre. L’apôtre Paul écrit au sujet d’Israël : «  Je leur rends le témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais sans intelligence : ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu ; car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient… ! » Rom 10:2-4. La Lumière spirituelle doit toujours accompagner notre zèle, car le zèle en lui-même n’est pas éclairant ; et en quoi ne l’est-il pas ? « Israël, dit l’Écriture, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres… ! » Rom 9:31-32. Certes, Israël avait la foi, mais il l’avait en ses propres œuvres, c’est-à-dire, inconsciemment, autant en lui-même … qu’en Dieu ! De là l’impossibilité d’être intérieurement accessible à la Révélation de la Parole, car la compréhension « selon la lettre » et non « selon l’Esprit » est du domaine légaliste. Or, le rituel fera toujours obstacle au spirituel… !

  A l’occasion de la Fête de Pâque, quelques Grecs s’adressèrent à Philippe, et lui dirent avec instance : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus… ! » Jean 12:21. L’empressement de ces Grecs était à la mesure de leur désir de voir Jésus ; et Jésus leur répondit, entre autres: « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle… ! » Jean 12:23-25. « Celui qui hait sa vie… la conservera ! » Ces Grecs s’étaient-ils attendus à de telles paroles de la part de Jésus ? Là se tient toute la différence entre ce que l’on a et ce que l’on est ! Car, pour avoir plus en ce monde, il faut « ajouter » à ce que l’on « a », tandis que pour avoir plus en Christ et de Lui, il faut, au contraire, « perdre » ce que l’on « est », afin de laisser la Plénitude de l’Esprit nous habiter selon la mesure que Dieu a destinée à chacun de nous… !

    De Jérusalem, les Juifs avaient envoyé des sacrificateurs et des lévites pour demander à Jean-Baptiste : « Qui es-tu… ! » Après leur avoir dit qu’il n’était pas le Christ, ni Élie, ni l’un des prophètes, ils lui dirent alors : « Qui es-tu ? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ? Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur… ! » Jean 1:21-24. En effet, un vrai prophète est pleinement heureux, non pas lorsque ceux qui l’entendent le suivent, mais lorsqu’ils le quittent pour suivre la parole même qu’il a annoncée. Ceci révèle aussi la disposition intérieure dans laquelle nous sommes appelés à recevoir les choses de Dieu ; car rechercher les choses spirituelles implique, non seulement ce que nous attendons de Dieu, mais encore ce que Lui-même attend de nous… !