M25 – IL DORMAIT …

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    « Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s’éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s’étant approchés le réveillèrent, et dirent : Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! Il leur dit : Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme… » Matt 8:24-26.

   De la part de Jésus, beaucoup de choses étonnent, émerveillent les disciples : Ses miracles, Ses guérisons, les paroles de Sa sagesse puissante de simplicité et de profondeur. Mais cette traversée du lac de Galilée leur apporte un nouveau sujet d’étonnement. « Jésus dormait… » dit l’Écriture ! Les disciples, dans les circonstances périlleuses qu’ils traversent, sont stupéfaits, plus encore que de toutes les choses qu’ils ont vécues avec Lui jusqu’à cette heure. Ils sont autant bouleversés du sommeil de Jésus que du vent et des vagues déferlantes ! Jésus dort et les disciples croient comprendre qu’il ne fait rien pour eux, qu’il n’agit plus désormais, alors que les éléments naturels, et eux-mêmes, ne sont qu’agitation. Pourtant ces paroles, se rapportant à l’Éternel, ne peuvent pas ne pas monter à leur esprit : « Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël… » Ps 121:4. Jésus dort, mais il est avec eux dans la même barque, dans la même tempête. Le silence d’en-haut ne signifie pas l’absence de Dieu, il ne l’est que dans leur cœur à cause de leur « peu de foi ».

   Il est de la manière de Dieu de parler par Sa Parole, par Ses Signes, ou encore Son bras étendu ; ici, c’est par Son repos, c’est par Son sommeil, par Son silence même que Jésus appelle à tourner les regards vers Lui ! Jésus veut ouvrir nos yeux sur la réalité de Sa seule Présence qui contient toutes choses, et quand nous découvrons cette Présence de Jésus, nous recevons sans cesse une vision renouvelée de la Parole affranchissante et de la Profondeur de Dieu. La tempête fait naître dans les disciples un même sentiment : la crainte d’être engloutis, la peur de mourir ! Les opinions, les doctrines, les dissentiments, tout cela disparaît pour laisser la place à ce seul cri de la part de tous : « Seigneur, sauve, nous périssons… ! »

   Dans nos tempêtes, dans nos épreuves et nos extrémités, Dieu révèle ce qui reste de nous en ces moments-là, et nous montre l’essentiel en mettant toutes les autres choses à leur vraie place. L’orage ne peut arracher ce qui est solidement fondé, de même, l’épreuve révèle ce qui est vrai, à l’intérieur de soi, venant de Dieu. Il semble, dans le feu de l’épreuve et de la tentation, que ce que l’on a connu de la Parole, les bénédictions reçues comme les expériences faites en  rapport avec les épreuves passées, soient comme oubliées, en ressentant notre impuissance à cause de notre faiblesse. Il nous semble que Jésus dort et que nous nous sentions seuls à affronter toutes choses. Nous apprenons par là que nos convictions personnelles ne sont pas la vraie foi, mais seulement les supports de notre « moi » religieux ! C’est une construction de notre propre esprit qui s’effondre en face d’événements, qui ne peuvent être surmontés que par l’assurance de la Vie éternelle, qui nous vient de Jésus, qui seul connait le commencement et la fin de toutes choses.

  Le fait de voir Jésus dormir en un tel moment, quelles pensées ne sont-elles pas montées au cœur des disciples ? Et nous sommes de la même nature que la leur, car, quand nous ne recevons pas tout de suite un signe, une parole, une réponse d’en haut, comment réagissons-nous donc à l’égard du Seigneur ? Sachant que nous n’avons que Lui ! Or, de même qu’Il nous parle par Sa Parole, de même le Seigneur nous parle par la tempête ! L’adversité et l’épreuve nous amènent à une connaissance plus intérieure de sa divine Personne, de nous-mêmes et nous éclaire sur le pourquoi et le but des choses de la vie.

   Voici, il n’y a pas uniquement cette sorte de tempête-là pour qu’il y ait danger. En Gethsémané tout est calme, les disciples ont partagé le Saint Repas, ils ont chanté des cantiques, ils cheminent dans le jardin ! Un autre groupe s’avance, silencieusement, Judas s’en détache, donne un baiser à Jésus qui aussitôt est arrêté ! Peu auparavant, Jésus avait prié à l’écart ; puis, étant venu « vers les disciples, qu’il trouva endormis de tristesse, il leur dit : pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation… » Luc 22:45-46. Contrairement à Jésus qui dormait pendant la tempête, ce sont ici les disciples qui dorment, et c’est Jésus qui doit les réveiller ! Ils sont « endormis de tristesse » ! Maintenant, souvenons-nous de l’effet que fit le sommeil de Jésus sur les disciples, au point qu’ils lui ont attribué la négligence de les laisser périr… ? Nous est-il possible de peser la tristesse de Jésus, incommensurablement plus grande que la leur, en les  voyant endormis en cette veille de sa crucifixion, car c’est avant tout davantage pour eux que pour lui-même, qu’Il les exhorte à : « veiller et à prier, afin qu’ils ne tombent dans la tentation, dans l’épreuve… » Matt 26:41. Car Jésus sait que bientôt, en tant que berger « il sera frappé, et les brebis du troupeau seront dispersées… » Matt 26:31.

   Jésus est parfait dans Son sommeil et dans Son repos même, comme Il l’est dans Sa Sagesse et dans Ses œuvres. Et Il nous enseigne que notre fatigue, notre sommeil n’empêchent pas la Puissance et la Présence du Dieu miséricordieux d’agir pour nous, en nous ! Toutes nos nécessités légitimes ne s’opposent pas à la croissance de notre vie spirituelle et de notre sanctification. Il n’y a pas de circonstances meilleures, ou plus appropriées que d’autres pour demeurer spirituels, car, en tant que régénérés, «… soit que nous veillons, soit que nous dormions », écrit l’apôtre Paul, nous sommes exhortés à « vivre ensemble avec Christ… » I Thess 5:10.

   Nous sommes appelés à vivre spontanément la Vie du Seigneur. Car plus nous devenons spirituels, et plus nous sommes « naturels… ». En tant que « nouvelle créature » en Jésus-Christ, nous sommes devenus ce que nous aurions été si nous n’avions jamais connu le péché ! Jésus est Juste et Saint, il n’est pas un surhomme, et nous infiniment moins ! Il devait être le Serviteur humilié et souffrant, afin de devenir le Sauveur et Seigneur glorifié. Aussi apprenons-nous de Lui même quand Il dort, quand Il a faim et soif, quand Il pleure et tressaille de joie, « car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité… » Col 2:9. Ainsi, c’est en ressemblant d’abord à Sa Perfection de « Fils de l’homme » que nous-mêmes devenons parfaits en Lui. Ressembler à Jésus, c’est être devenus ce qu’Il a fait de nous, c’est être conscients de ce que nous sommes en Lui, nous connaître en Lui en nous.