M23 – LEURS CRIS …

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    « Pilate leur parla de nouveau, dans l’intention de relâcher Jésus. Et ils crièrent : Crucifie, crucifie-le ! Pilate leur dit pour la troisième fois : Quel mal a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir fait battre de verges. Mais ils insistèrent à grands cris, demandant qu’il fût crucifié. Et leurs cris l’emportèrent : Pilate prononça que ce qu’ils demandaient serait fait. Il relâcha celui qui avait été mis en prison pour sédition et pour meurtre, et qu’ils réclamaient ;  et  il  livra Jésus à leur  volonté… » Luc 23:22-25.

   Ce qui l’emporte sur Jésus, le Véritable, ce ne sont pas de justes raisons, ni même une sagesse capable de convaincre Pilate, ce sont des cris ! « Leurs cris l’emportèrent… ». C’est ici le dernier argument de la foule, à la fois le plus fort, et cependant le plus faible, le moins valable ! « Un peu de folie, dit le sage, l’emporte sur la sagesse et sur la gloire… » Ecc 10:1.

   Jésus est la Parole faite chair, et Dieu qui parla sur le Sinaï embrasé et vibrant au point que ceux qui l’entendirent s’écrièrent : «… si nous continuons à entendre la voix de l’Éternel, notre Dieu,  nous mourrons… » Deut 5:25. Ce Dieu donc parle, ici, dans le Fils dont la Voix, la Voix divine, accepte même d’être couverte par celle des hommes, « semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, dit le prophète, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; il n’a point ouvert la bouche… » Ésaïe 53:7. « … Crucifie, crucifie… ! » crie la foule ! La plupart ne savent pas pourquoi ils crient, ils sont ignorants, cependant l’ignorance devient un péché lorsqu’elle sert à vouloir la mort d’un homme ! Par contre, les prêtres, les principaux du peuple, ceux-là savent, ont leurs raisons personnelles de faire et de laisser crier la foule ! La malice des uns et la lâcheté des autres se rencontrent.

   Jésus, qui pouvait « invoquer son Père, qui lui aurait donné à l’instant plus de douze légions d’anges… », Matt 26:53, ne se défend pas ! Devant le sanhédrin, Il ne fait que répondre aux questions des prêtres ! Dans la cour du tribunal, Il garde le silence devant le gouverneur Pilate. Dans la ville, on ne se souvient plus des miracles, de la sagesse, des guérisons, des paraboles de Jésus, on veut oublier que des huissiers, venus pour l’arrêter avaient dit : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme… » Jean 7:46. Maintenant on parle contre cet homme !

  Cette foule qui crie…c’est l’âme de chacun ! L’âme pécheresse, ignorante des choses de Dieu, orgueilleuse, et surtout malheureuse, comme la foule, sans le savoir ! Jérusalem, l’âme du peuple juif, crie ; de même, notre âme est une ville, une ville bruyante, sans cesse agitée s’il n’y avait la sagesse et la paix d’en haut que le Seigneur a fait régner en elle ! Et souvent, en face de nos pensées tumultueuses, se présentent un choix, une direction, une décision à prendre, c’est alors qu’il faut répondre ! Et en chacune de ces choses, c’est Jésus lui-même qui se présente à nous, attendant la réponse que nous donnerons à la voix de Sa Parole. Nos cris l’emporteront-ils, étoufferont-ils l’appel, l’avertissement, l’interrogation de l’Esprit dans nos consciences ? Quand il ne reste que des cris, cela signifie que l’on est à bout d’arguments !

     Ces pensées, ces cris pourquoi s’élèvent-ils en nous ? Parce que ces voix ne veulent pas de cette croix que nous avons à porter, elles ne veulent pas que nous renoncions à nous-mêmes, et ceci est important, car, ne pas vouloir la mort de son « moi », revient à vouloir encore celle de Jésus… ! Nos cris, pour un temps seulement, peuvent l’emporter, tenir à distance ce que nous savons être juste et vrai au fond de nous-mêmes ; mais le véritable croyant ne résiste pas à cette lutte intérieure, il cède aux besoins spirituels de son « homme intérieur », il succombe à la Vérité de Jésus, qui alors le relève.

   Quand une vérité doit être reçue, quand un brisement doit être accepté, ou encore, une victoire qui doit être remportée, c’est toujours Jésus qui se tient en face de nous ! Et Sa Présence, qui nous appelle, demande une réponse, et notre réponse a ceci de déterminant, en ce qu’elle révèle la nature de notre communion, de notre relation avec Dieu, soit notre vie étrangère à la sienne, soit notre appartenance à sa Nature divine ! « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde… » déclara Pilate à tout le peuple qui lui répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants… » Matt 27:24-25. Terrible imprécation qui sera suivie de la destruction de Jérusalem et de la dispersion du peuple Juif jusqu’au jour de la promesse de leur retour au Messie. C’est ainsi que leurs cris l’ont emporté, finalement, non pas sur Jésus qui est ressuscité, mais sur eux-mêmes selon qu’ils l’ont déclaré.

   Ainsi, tout cri à l’encontre du Seigneur, ou à l’encontre des choses qu’Il tient en réserve pour chacun contient, implicitement, cette imprécation avec ses conséquences spirituelles ! L’âme se nuit à elle-même, ou s’édifie elle-même par le juste retour des choses bonnes ou mauvaises ! Tout cri est un refus, le refus de choses que l’on retrouvera sur son chemin, tôt ou tard. Chaque parole, comme chaque cri, a son écho. « La mort et la vie, dit le sage, sont au pouvoir de la langue; quiconque l’aime en mangera les fruits… » Prov 18:21. Mais la Grâce est là, qui convainc, redresse, affermit et console et quand le croyant cède à Jésus, il prospère ! Mais d’une prospérité qui n’est pas selon le monde, car, en vivant pieusement, nous sommes appelés à être éprouvés, persécutés, acceptant même d’être perdants dans certaines choses temporelles, si elles doivent être nuisibles à notre vie spirituelle. La vraie prospérité n’est pas celle dans laquelle on vit, mais celle qui vit en nous, et qui est le fruit sanctifiant de la Parole, de la Présence et de la Profondeur de Jésus !

   Notre voix est appelée à être une avec la Voix du Seigneur, notre parole à être une avec Sa Parole, et notre cri à répondre à ce « cri » dans les cieux, annonçant la venue de l’Époux ! « Et l’Esprit et l’Épouse disent : Viens… », écrit le prophète Jean. « Et que celui qui entend dise : Viens. Et que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement… » Apo 22:17. L’Épouse, ce sont ceux qui entendent, qui ont soif, qui désirent l’Époux divin. L’Épouse ne dit pas autre chose que ce que dit l’Esprit-Saint en elle. C’est le cri de nos aspirations, de notre certitude, de notre adoration, c’est-à-dire, le cri des rachetés qui soupirent après leur Roi et Son Règne sur eux !