M2 – CELA NE T ‘ ARRIVERA PAS … !

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        « Pierre, l’ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit : « À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas… ! »  Matt 16:22.

     Par cette parole, Pierre exprime sa sincérité, mais c’est une sincérité d’homme charnel et non d’homme spirituel. Il montre ses sentiments les meilleurs dans le but de protéger, de défendre son Seigneur, mais dans une incompréhension totale du plan de Dieu. Jusqu’à ce jour, Jésus qui les avait choisis et envoyés afin d’annoncer le Royaume de Dieu par la parole et les miracles, les exhortait, les reprenait et les encourageait ; et voici, qu’au terme de sa vie terrestre en tant que Fils de l’homme, Il parle de son départ, de l’abandon dont Il sera l’objet, de Sa condamnation et de Ses souffrances.

   Alors c’en est trop, Jésus est trop bon, Il est trop pur, trop juste pour qu’il en soit ainsi ! À leurs yeux, les disciples ont l’impression que Jésus défaille, ils le voient comme emporté par les événements qui se précipitent. C’est ainsi qu’ils se décident à prendre les choses en mains, de s’occuper de Lui, une fois pour toutes ! Ils réagissent à leur manière et poussent même la présomption jusqu’à prendre soin de Celui qui prenait soin d’eux, à défendre Celui-là même qui les défendait du Malin, et surtout d’eux-mêmes ! Ils prennent Dieu même à témoin pour faire exactement le contraire de ce que Dieu avait résolu faire.

     « Cela ne t’arrivera pas… ! ». Cette exclamation nous révèle le premier réflexe de l’âme non-régénérée qui s’oppose, par nature, aux voies divines. Vouloir le bien de Jésus, y a-t-il un amour plus légitime que celui-là ? Certes non ! Mais un tel amour sans la révélation des Voies de Dieu et la compréhension de celles-ci revient à aimer, non pas Jésus, mais ce qui nous plait de Jésus ! Les disciples n’ont pas encore appris à aimer Jésus, ils L’aiment pour ses prodiges, pour ses paroles, ils L’aiment pour ce qu’Il est pour eux, et non pour ce qu’Il est Lui-même.

   Mais en quoi consiste donc ce qui leur plait ? Cela consiste en ce qu’ils peuvent Le voir, L’entendre, Le toucher de leurs mains, Le contempler de leurs yeux, s’appuyer sur Sa Présence visible et tangible jusqu’au jour où ils devront apprendre, selon ce que dira l’apôtre Paul : « Ainsi, dès maintenant, nous ne connaissons personne selon la chair ; et si nous avons connu Christ selon la chair, maintenant   nous   ne   le   connaissons   plus   de   cette   manière… » II Cor 5:16. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent accepter que Jésus soit enlevé du milieu d’eux, car ce qui leur plait aussi leur sera ravi !

   Aussi longtemps qu’ils n’ont pas connu Jésus ressuscité, glorifié, revenant dans la puissance de l’Esprit et reçu en eux comme tel, ils continuent à Le voir dans Sa nature de chair et de sang. Ils continuent donc, par similitude, à L’aimer, à Le comprendre comme à Le défendre selon leur propre chair. Nous devons ainsi passer d’une compréhension et d’une certitude terrestres à une compréhension et une certitude spirituelles, et ce seul passage, c’est par la mort de Jésus ! C’est pourquoi, la tristesse empêche les disciples de comprendre la Pensée de l’Esprit.

    En empêchant Jésus, par un amour humain, d’aller à la mort, Jésus restait en vie, mais, en même temps était annulé le Plan du salut de Dieu, qui réclamait sur Jésus « le châtiment qui nous donne la paix…. » Ésaïe 53:5. Il est écrit que « l’affection de l’Esprit, c’est la vie et la paix… ! »,  tandis que  « l’affection  de  la  chair, c’est la mort… ! » Rom 8:6, mais  de  cette mort  qui  est  celle  des  choses  spirituelles ! Dans  l’élan  de  Pierre  et  des  disciples,  nous distinguons  cette formidable contradiction entre la pensée de l’homme  et la Pensée de  Dieu, contradiction qui éclate de toutes ses forces de nos jours. Nous trouvons ici une clé  pour  la compréhension des choses de notre temps. En approfondissant la vie de Jésus et le temps de l’Église, nous découvrons que l’histoire de l’Église est incluse dans le temps de la vie et du ministère de Jésus. En étirant le temps de Jésus sur le temps de l’Église, où en réduisant le temps de l’Église sur celui de Jésus, nous constatons la même succession d’événements !

   Ainsi, l’eau transformée en vin, premier miracle de Jésus à Cana, et les signes opérés à Capernaüm, sont mis en parallèle avec la puissance évangélisatrice de l’Église primitive ; de même les événements cruciaux des derniers temps de Jésus préfigurent le temps de l’Église de la fin, et tout particulièrement, les pensées et les réactions humaines des disciples qui sont celles des croyants d’aujourd’hui. L’apathie et la mondanité de la chrétienté actuelle et les événements de ce monde, font que beaucoup se chargent de prendre tout en mains, donnant l’impression que la situation échappe à Dieu ! Ainsi comme les apôtres à l’égard de Jésus, on prend en mains les affaires de l’Église pour ne pas dire celles de Dieu Lui-même ! C’est ce qui explique que l’impatience et la fébrilité d’entreprendre des disciples d’alors, se retrouvent dans les activités et dans la vie de maints croyants d’aujourd’hui ! Mais les véritables enfants de Dieu continuent à persévérer dans le chemin, quand bien même les voies que Dieu leur réserve, tout en étant étonnantes, s’accomplissent dans la durée.

   Le chrétien charnel s’étonnera davantage des Voies mystérieuses de Dieu envers ses enfants que du péché qui mine les églises ! Nous ne nous sentons pas toujours prêts à affronter ce qui survient sur le chemin pour notre perfectionnement. Que de fois n’avons-nous pas pensé ou dit : « telle épreuve, telle déception, telle souffrance, telle tentation n’arrivera pas, ne peut nous arriver ! ». D’autant plus que ce que l’on aurait désiré épargner à Christ, c’est, en définitive, ce que l’on voudrait s’épargner soi-même ! Et pourtant, un jour, ceci arrive, nous nous trouvons dans la situation redoutée ! Mais voici que des ressources insoupçonnées soutiennent notre cœur, que Dieu grandit même en l’absence du sentiment de Sa présence, et que nous réalisons que la foi n’est pas seulement ce qui soutient notre vie, mais la vie elle-même, quelle qu’elle puisse être, et en découvrant que ce qui ne pouvait, ou ne devait pas arriver est accepté et supporté !

   Il est « une vanité qui a lieu sur la terre : s’écria Salomon, c’est qu’il y a des justes auxquels il arrive selon l’œuvre des méchants, et des méchants auxquels il arrive selon l’œuvre des justes… ! » Ecc 8:14. Cela s’est pleinement accomplit à l’égard de Jésus, Lui, Le Juste et Le Sauveur, et, l’enfant de Dieu connait cette « injustice » apparente. Mais ce qui est appelé « vanité » par Salomon, produit son « contraire » aux yeux du croyant, qui comprend le but et la félicité auxquels l’adversité le prépare !

   L’homme spirituel ne peut, et ne veut ignorer la dureté des faits, mais son espérance est au-delà du voile de ce temps, il a la compréhension du dernier jour, là où tout s’éclairera, où tout sera pesé, équitablement rétribué et où toutes choses auront contribué à sa perfection ! C’est par la Révélation de Jésus-Christ dans notre brisement que l’on passe de nos pensées à Ses Pensées et de nos voies à Ses Voies !