M17 – IL EST BON QUE …

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    « Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants, et d’une telle blancheur qu’il n’est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi. Élie et Moïse leur apparurent, s’entretenant avec Jésus. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie. Car il ne savait que dire, l’effroi les ayant saisis. Une nuée vient les couvrir, et de la nuée sortit une voix : Celui-ci est mon fils bien-aimé : écoutez-le ! Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux… » Marc 9:2-8.

   Jésus a souvent choisi Pierre, Jacques et Jean, pour l’accompagner dans des moments particuliers, afin d’être instruits ou témoins d’événements de sa vie, ou dans la vie de ceux qu’Il rencontrait. Quand, avant d’être livré, Jésus prie en Gethsémané, Il les prend avec Lui : Marc 14:33. Quand Jésus ressuscite la fille de Jaïrus, Pierre, Jacques et Jean sont aussi là : Luc 8:51. Nous retrouvons ici les trois disciples sur la montagne, frappés à la vue de la transfiguration lumineuse de Jésus en prière, et par l’apparition de Moïse et d’Élie, qui s’entretiennent avec Lui ! La Loi et la Prophétie parlant avec la Parole elle-même, quel mystère dévoilé !

   Les disciples ne peuvent saisir ce qu’ils voient, ni ce qu’ils entendent, pas plus qu’ils ne savent ce qu’ils disent d’ailleurs. Ainsi, Pierre prenant la parole dit : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie… » Marc 9:5. Il est des circonstances telles, que l’on n’ose prononcer un mot ; ce qui démontre que l’on saisit la gravité du moment. Les disciples voient ici l’instant glorieux d’un événement inexprimable, auquel s’applique pleinement cette parole du prophète : « Que  toute  chair  fasse  silence  devant  l’Éternel… » Zach 2:13. Mais Pierre, au contraire, bouleversé comme ses deux compagnons, parle dans son effroi pour se donner de l’assurance ; et ce qu’il exprime révèle, pour l’instant, l’incompréhension de l’expérience qu’ils sont en train de vivre. Ce qui se déroule devant leurs yeux devrait les précipiter à terre, dans l’adoration, dans la contemplation ou encore dans la confusion de face, mais la première pensée que cette puissance fait monter en eux « est qu’il leur est bon d’être ici… » pour Jésus et ses interlocuteurs, afin de leur faire des huttes… !

   Inspirés par leur propre instabilité, ils veulent abriter cette apparition divine pour en conserver la présence et la puissance rayonnantes avec eux. Nous voyons en ceci que si les choses spirituelles rendent saints, les surnaturelles qui se prolongent rendent fous ceux qui n’y sont pas préparés, et ceci, non à cause du Seigneur  de  qui viennent  ces  choses,  mais  à  cause  de  la  fragilité  de notre âme,  au même titre que les lettres de Paul au sujet   desquelles  Pierre   écrit « … qu’il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine… » II Pier 3:16. Ce n’est pas la sagesse de Paul qui est tordue, mais l’esprit de ceux qui la lisent !

  Nous avons tous eu des moments marquants, des bénédictions particulières dans notre vie. Nous pensons souvent à ces choses, nous y revenons, nous les évoquons quand nous avons besoin de réconfort ou d’encouragement, cela fait du bien, mais en réalité, c’est quand nous en arrivons là que cela devient dangereux ! Certes, nous louons le Seigneur pour les grandes choses que l’on a vécues et qui nous ont instruits en leur temps, cependant l’on ne peut en vivre continuellement dans le temps présent ! Nous avons la tentation, comme les disciples, de dresser une tente pour abriter une expérience spirituelle ou une grande bénédiction… ! Ce qui revient à faire durer les choses spirituelles par des souvenirs en eux-mêmes impuissants, plutôt que de vivre du renouvellement de l’Esprit dans notre cœur par la Parole permanente de Dieu !

   Pour beaucoup de serviteurs et d’enfants de Dieu, il leur semble bon d’être là, c’est-à-dire, qu’ils se sentent utiles, indispensables, afin d’assurer à Jésus la continuité de Son œuvre et de Sa puissance ! Mais peut-on prétendre abriter, protéger Celui-là même qui nous protège et veille sur nous ? Il en est de même quand, par sollicitude ou par souci d’intégrité, l’on veut abriter, défendre une doctrine, une église, un prophète, ou encore la Vérité elle-même ? Arrivés jusqu’ici, nous entendons la voix d’Ésaïe : « Ainsi parle l’Éternel : le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quelle maison pourriez-vous me bâtir,  et  quel  lieu  me  donneriez-vous  pour demeure… ? » Ésaïe 66:1. Bien souvent, il se révèle que ce que l’on veut conserver, n’est pas uniquement Dieu ou les choses de Dieu, mais tout autant la manière personnelle dont on veut les comprendre et les vivre, alors que seule, la révélation selon l’intelligence de Dieu, affranchit nos vies intérieures.  Le premier élan est toujours de protéger ce que l’on aime ou admire, cela se comprend dans l’affection naturelle, mais dans les choses spirituelles cela est nuisible, car par cette ardeur, l’on voile son entendement, en enveloppant de ses sentiments humains le sens spirituel des Paroles et des Manifestations que Dieu veut nous communiquer ! C’est l’obscurcissement de la Lumière par nos propres pensées.

   Il est écrit que de la nuée, une voix se fit entendre et « Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux… » Marc 9:8. Quand nous nous mettons à parler, et surtout à parler de faire quelque chose, il s’ensuit la confusion, mais que la voix divine retentisse, interrompant la nôtre, seul Jésus demeure, et c’est alors que tout devient clair et transparent ! L’Esprit de Dieu ouvre nos oreilles, ferme notre bouche et nous fait voir Jésus dans sa Parole. Jésus ne nous demande ni tente, ni temple, ni basilique, au contraire, c’est nous qui sommes devenus « son temple… » I Cor 3:16. Jésus est venu dans Son Corps et, par l’Esprit de résurrection, le Seigneur est passé de Son corps dans le nôtre qui est devenu le temple du Saint-Esprit. Et le Seigneur habite Lui-même avec nous dans ce temple qu’Il a dressé. En communion avec Dieu, nous avons cette confiance qu’Il nous accorde sans cesse le discernement, pour qu’Il nous trouve toujours dans la disposition spirituelle qu’Il agrée.