M16 – N’ALLEZ PAS …

Format PDF

    « Et il dit aux disciples : Des jours viendront où vous désirerez de voir l’un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez point. On vous  dira :  Il  est  ici,  il  est  là. N’allez pas,  ne  courez  pas  après… » Luc 17:22-23. « Si quelqu’un vous dit alors : Le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes ; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus… ! » Matt 24:23-24.  

   Il en est des âmes comme des époques, lorsqu’il y a crise, elles cherchent quelque chose d’autre, des choses nouvelles. C’est alors que l’adversaire en profite pour s’interposer entre ceux qui cherchent et la chose recherchée, non pas tel que nous nous le représentons, mais par la venue « de faux Christs et de faux prophètes… » Matt 24:24, et cela se fait le plus naturellement, et même le plus « surnaturellement » du monde ! « N’allez pas… », dit Jésus : « Ne courez pas… » après les paroles ou les miracles du premier venu ; une âme éclairée n’agit pas de cette façon. Cependant, si ces choses viennent de la part de Dieu ou de l’adversaire, alors priez, afin de savoir si c’est une curiosité stérile ou une aspiration spirituelle qui vous pousse à y aller.

  Une vision intérieure de ces choses nous montre que ces événements se produisent, non seulement parmi le monde, mais, en premier lieu, parmi les croyants, et cela va s’accentuant en force et en subtilité à mesure que s’approche la fin. C’est donc ainsi que nous entendons retentir les paroles de Jésus, telle église, ou telle communauté disant : Christ est ici… ! Telle autre : Christ est là… ! Telle autre encore : non, Christ est chez nous… ! A ceci, Jésus répond pareillement : « N’allez pas, ne courez pas après… ! ». Cela peut être authentique pour certaines d’entre elles, mais, quand bien même cela serait-il vrai au commencement, cela ne l’est plus dès le moment où l’on prétend que Christ ne peut être trouvé que dans cette seule dénomination religieuse. Car, à ce moment-là, c’est Jésus qui se retire, suivi de ceux dont le cœur est spirituellement attaché à Ses Paroles et à Ses Voies.

   Qu’est-ce donc qui pousse les âmes à aller chercher au dehors, comme si Christ était « mieux » au loin qu’auprès, ou encore plus merveilleux, plus « vivant » ailleurs qu’à l’intérieur de soi ? Il est vrai que Dieu peut agir diversement selon les endroits et les besoins différents des âmes, mais Il demeure le Même, en plénitude, en tous lieux pour ceux qui lui appartiennent. Car, bien souvent, en voulant voir ce qui ne nous est pas destiné, nous ne savons plus voir ce qui est en nous ou à nous ! Nous ne goûterons la présence de Dieu  qu’après avoir compris que c’était, non par envie, mais par un besoin purement spirituel, non par un esprit de dû, mais dans un esprit de reconnaissance, que nous pouvons alors réclamer des grandes choses à Dieu. Parmi ceux qui sont allés voir au dehors des choses extraordinaires, beaucoup ont ramené avec eux des souvenirs attachants, mais qu’ont-ils laissé de leur « vieil homme » ? Ils ont eu connaissance de beaucoup de choses, mais quelle connaissance intime de Christ ont-ils reçue, et se connaissent-ils eux-mêmes mieux depuis lors ? Et, quand ces choses auraient été authentiques, en ont-ils saisi la portée et le but intérieurs et éternels, tant il est connu, précisément, que l’on comprend selon son propre état d’âme, dans lequel on voit la chose plutôt que l’esprit de la chose.  

   Approfondissons la parole du Maître, lorsqu’Il dit : « N’allez pas… » Il s’agit de savoir, non seulement vers quoi l’on veut aller, mais aussi ce que l’on désire quitter en s’en allant ! Nous ne parlons pas, bien-sûr, du lieu où l’on se trouve, mais de l’état de l’âme insatisfaite qui cherche ailleurs ce qu’elle ne trouve pas à l’intérieur d’elle. Il n’est pas nécessaire de se déplacer géographiquement pour aller à la recherche de quelque chose ; en restant chez soi, les pensées le font elles-mêmes. Ainsi, les uns regardent dans l’avenir, attendant des choses tant de fois annoncées (mis  à part la glorieuse venue de notre Seigneur après laquelle soupirent les rachetés), qui comptent donc sur des réveils, des événements de toutes sortes, sur des dates, mais tels que l’on a décidé de les voir ! D’autres regardent dans le passé, tel Gédéon qui, alors que l’Éternel l’appelait, s’écria : « … Ah ! mon seigneur, si l’Éternel est avec nous, pourquoi toutes ces choses nous sont-elles arrivées ? Et où sont tous ces prodiges que nos pères nous racontent, quand ils disent : l’Éternel ne nous a-t-il pas fait remonter hors d’Égypte. Maintenant l’Éternel nous abandonne… ? ». Ce à quoi la Sagesse, qui a une réponse à toutes choses, dit : « Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela… » Juges 6:13 et Ecc 7:10.

   Fuir le présent, c’est se fuir soi-même, c’est aussi, en allant de-ci de-là, agrandir encore son vide intérieur. C’est ici le signe d’un manque de maturité spirituelle, le manque, précisément, de la « vérité présente » en nous, dont nous parle Pierre : II Pier 1:12, qui affermit notre âme et notre intelligence. Il est, somme toute, encore moins pénible à l’homme de regretter le passé ou de se poser des questions sur l’avenir, que de se donner pleinement dans le temps présent en acceptant de se laisser travailler la vie par la Parole vivante et permanente. Mais c’est ici le désir et la profonde consolation pour l’homme spirituel, en ce qu’il est le contenant de tout ce que Jésus dépose de spirituel et d’éternel.

   L’Apôtre Paul écrit : « Moïse définit ainsi la justice qui vient de la foi : Ne dis pas en ton cœur : Qui montera au ciel ? C’est en faire descendre Christ; ou : qui descendra dans l’abîme ? C’est faire remonter Christ d’entre les morts. Que dit-elle donc ? La Parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons… » Rom 10:6-8.  Nous apprenons qu’il y a deux sortes de soifs, de recherches ! Il y a une recherche religieuse et une recherche spirituelle, elles ont très différentes et le but de chacune d’elles en révèle la nature. La recherche religieuse est avant tout la manifestation d’une peur, d’une insécurité d’âmes, lesquelles, tout en se mettant sous la protection de Dieu, comme en lieu sûr, ne désirent, en aucun cas, changer de vie. La recherche spirituelle est celle d’âmes qui aspirent à perdre leur vie propre en Christ, aussi intensément qu’elles ont trouvé la Vie de Jésus Lui-même ! Ces âmes ont compris, à l’exemple de la Samaritaine, que ce n’est ni sur le mont Garizim, ni à Jérusalem, mais que c’est « en esprit et en vérité » Jean 4:24, que le Père céleste est vécu et adoré, en vertu de l’expiation de notre Sauveur Jésus, et en son Nom béni.