M13 – SANS NOUS …

Format PDF

    « Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner. Et puissiez-vous régner en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous… »  I Cor 4:8.

   « Sans nous… », ce sont ici les paroles de ce même Paul qui dit aussi : « Je n’oserais mentionner aucune chose que Christ n’ait pas faite par moi pour amener les païens à l’obéissance, par la Parole et par les actes, par la puissance des miracles et des prodiges, par la puissance de l’Esprit de Dieu… ! » Rom 15:18-19. Quand nous entendons cela, nous pouvons mesurer l’humilité de cet apôtre. Apôtre aussi grand par l’effacement que par l’enseignement, tout entier à son ministère qui fut « d’annoncer, d’exhorter et d’instruire tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Jésus-Christ… » Col 1:28.

    Paul sait qu’il n’est qu’un moyen entre les mains de Dieu pour ceux qui ont été appelés. En tant que Serviteur de Dieu, l’apôtre a reçu évidemment davantage que les âmes, auxquelles il communique la nourriture spirituelle, mais il sait aussi que la profondeur de son enseignement, reçu de la part de Dieu pour eux, est censé rendre aussi grande leur capacité spirituelle pour le comprendre ! Ce qui nous aide à mieux comprendre l’apôtre quand il exhorte et souhaite, à son tour, que les âmes qui l’entendent aillent aussi loin dans leur vie spirituelle, et même plus loin encore que ce qu’il exprime, c’est-à-dire jusqu’à l’extrémité du rayonnement de sa parole inspirée. Ce qui signifie,  pour  nous,  non  pas  « d’aller  au-delà  de  ce  qui  est écrit… » I Cor 4:6, mais de sonder l’infinie diversité des révélations que contient la Parole de Dieu. Paul n’est pas jaloux de voir dans le disciple de Jésus, qui l’écoute et profite de son ministère, un futur « maître », au contraire, il voit en cela l’aboutissement et le fruit de son travail en Dieu.

   « Sans nous… » ne signifie pas qu’il n’y ait plus besoin de prédicateurs, car c’est la voie de Dieu pour son Eglise, et les âmes qui pensent pouvoir s’en passer agissent par orgueil et marchent sur une voie d’égarement, surtout si ces hommes de Dieu, dont on se prive, sont de la profondeur d’un apôtre Paul. Cependant, dans le cas contraire, l’égarement est encore plus grand et plus grave, parce que précisément organisé et institué, et cela, par la popularité qui suscite l’admiration, ou par la domination qui asservit par la crainte. Tout homme de Dieu, qui accepte une affection humaine de la part de ceux qui l’écoutent, annule la puissance affranchissante de sa prédication et détourne pour sa propre gloire la louange des cœurs, qui ne doit revenir qu’à Dieu seul. Nous savons aussi que l’admiration, autant que la crainte, assujettit les âmes ! Un véritable homme de Dieu se réjouit de la croissance de Jésus et de Sa Parole dans la vie des croyants, même si, dans la suite, ceux-ci devaient le surpasser de par leur profondeur spirituelle ! Un simple sentiment de reconnaissance, exprimé ou reçu sans « veiller et prier », peut être déjà une incitation à l’idolâtrie envers la personne en question. Le prédicateur qui accepte d’une manière inavouée d’avoir des disciples, fut-il prophète, n’est plus dans la Pensée de Dieu, de même que celui qui accepte que l’on soit impressionné par sa piété ou sa puissance personnelle, quand celles-ci en viennent à cacher la piété et la puissance même de Jésus ! Certes, ceci vaut mieux que d’imiter les péchés d’autrui, mais l’idée que l’on se fait des dons ou de la bonté de quelqu’un, est, en quelque sorte, une infaillibilité qu’on lui attribue, et rend aveugles les yeux spirituels au même titre que les ténèbres !    

    A un homme qui lui demandait : « Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus dit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul… » Marc 10:17-18. Les paroles de cet homme sont sincères et dignes de louanges à l’égard de Jésus, il ne pouvait mieux les choisir en s’adressant au Fils de Dieu. Cependant, Jésus confond cet homme, car Il discerne que cet homme Le considère comme étant supérieur aux autres hommes, mais en ignorant Dieu qui L’a rendu tel, et de qui Il vient.

     L’esprit dans lequel cet homme dit à Jésus : « Bon Maître » révèle sa propre pensée à l’égard de Christ, mais cette pensée s’arrête à ce qui est visible de Jésus et n’aperçoit pas ce qui est Divin en Lui. En disant que « Dieu seul est bon », Jésus ne dit pas que Lui-même ne l’est pas, mais c’est afin que Dieu, au travers de Lui, soit toujours révélé aux yeux et au cœur de ceux qui viennent à Lui, et que le mystère de Son origine soit perçue. Jésus, en tant que Fils de l’homme dans la chair, est passé par la mort et la résurrection pour nous délivrer, non pas de Lui, mais de nous-mêmes à cause de la faiblesse de notre attirance vers les choses visibles, car il n’y a en Christ aucun germe qui puisse nous porter à l’idolâtrie, si ce n’est par l’inclination de notre propre nature. Et si Jésus arrête, pour le bien de l’âme de cet homme, son élan sincère, mais erroné, à combien plus forte raison nous gardera-t-il de l’homme lui-même, en nous révélant que toute relation, même admirative à ce qui est charnel chez autrui, vient de ce qui est encore charnel en nous.

    Le Dessein de Dieu, en parlant au travers de l’homme, est d’amener le croyant à discerner  et à épurer ce qu’il entend, ce qui, en même temps, a pour effet de le purifier et de l’affranchir de lui-même intérieurement. Les personnes ou les choses par lesquelles Dieu nous parle sont, à la fois, une lumière et un piège qui nécessitent, conjointement, la foi et le discernement, la confiance et le « jugement exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal… » Héb 5:14, et c’est le travail de ces choses en nous qui mûrit, approfondit et enrichit notre vie intérieure.

    En tant que pèlerins sur cette terre, nous sommes « étrangers et voyageurs… » I Pier 2:11, car nous savons qu’il ne nous n’est pas possible d’avoir les yeux fixés sur ce qui est passager, sans être, en même temps, détournés du but éternel, sachant, comme le dit l’apôtre Paul, que  « les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles… » II Cor 4:18. C’est ici le paradoxe de notre vocation « être passager sans s’attacher aux choses passagères…». Car ce qui ne dure pas n’apporte pas non plus la plénitude, la force persévérante ni la joie. Et alors que nous affrontons, chaque jour, la vie avec les luttes, les peines secrètes et les faiblesses qui sont notre partage, il nous est bon de savoir que dans ces choses, nous pouvons expérimenter et remercier le Seigneur pour « Son Royaume qui ne vient pas de manière frapper pas les regards… » Luc 17:20, mais qui est visible aux yeux de notre cœur, qui « voit » l’espérance.