LES MYSTÈRES – 9 …

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    « Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

  Tout en descendant le sentier escarpé, j’écartai les branchages, et j’atteignis le fond du vallon… Cet entremêlement de branches correspondait bien aux pensées que suscitaient depuis fort longtemps mes réflexions concernant les diverses dénominations religieuses… Les réveils successifs de l’Esprit de Dieu… la découverte comme la redécouverte des vérités de la Parole, au cours des âges, suscitèrent divers enseignements… et donc diverses communautés, qui en résultèrent… Certes, devant un tel constat, nul ne saurait avoir la prétention, ici-bas, de changer quoi que ce soit… Aussi, approfondissant cette réalité, je compris que je devais aller au-delà des différences… et, d’abord, au-delà de moi-même…

  Il m’arriva souvent de souffrir au sujet des divisions parmi les croyants… qui, défendant divers points de doctrines, établirent des traditions anciennes et récentes… Or, la vérité ne conduit pas à chercher à savoir qui a raison et qui a tort… La Vérité est ce qu’il y a de plus profond et de plus élevé au-dedans de nous… Elle nous sanctifie… De là, la vérité fait peur à l’homme… même au croyant, conscient du charnel demeurant encore en lui… Car l’œuvre de la vérité affranchit l’âme qu’elle éclaire… À ce moment-là, je saisis mieux encore cette parole de l’apôtre… « L’amour se réjouit de la vérité » … En quoi, me disais-je, l’amour peut-il se réjouir de la vérité en moi, si imparfait que je suis devant Dieu ? … En fait, l’Amour de Dieu se réjouit déjà de l’aspiration à recevoir en nous ce qui est vrai de Lui… car ce qui est vrai est ce que Dieu voit de Lui en nous… Qui oserait donc avoir la présomption de vouloir réduire Sa Parole vivante à une connaissance dogmatique… apportant la mort spirituelle… ?

  Passant donc en ces lieux encore inconnus, s’offrait à moi une vue, chaque fois nouvelle, de ce que la nature avait de meilleur… en concordance d’ailleurs avec ce que justement je recherchais… Chacun d’entre nous est unique… Il en est ainsi de notre esprit… et de notre réceptivité spirituelle à la Parole divine… Je compris donc que la compréhension de chacun de nous peut être différente… Mais quand bien même des connaissances seraient apportées ou saisies de façons différentes… l’Esprit-Saint, dans la maturité et l’humilité du racheté, œuvre intérieurement à les rendre convergentes…

  Dans ce silence où me parvenaient les bruissements les plus ténus et les plus subtils de la nature… je me rendis compte de l’implacabilité des crédos et autres déclarations de foi dans l’esprit des personnes… Arrivé à ce point, une évidence se fit jour dans ma pensée… En toutes choses ici-bas, il est besoin d’ordre, de direction… En effet, les épîtres, en particulier, s’exprime sur la nécessité de l’organisation… mais il s’agit d’ « organisation », non pas d’ « institution » … L’ « organisation » établit les tâches élémentaires des croyants les uns envers les autres… tandis que l’« institution », elle, s’impose… et impose la dénomination, l’orientation religieuse… à laquelle le croyant est tenu d’appartenir…

  Tout à mes réflexions, j’aperçus, à quelques pas de moi, l’entrée d’un petit pont… quelques marches y accédaient… Parvenu au milieu de celui-ci, je jetai un regard sur les eaux frayant leur cours à mes pieds… un souffle de fraicheur parvint jusqu’à moi… ravivant mes pensées sur la Parole divine… Comment l’homme avait-il donc pu, d’une façon ou d’une autre, immobiliser la Parole vivante ? … C’est ici, me disais-je, porter atteinte à la Vérité, non seulement écrite, mais à la Personne même qui incarne cette Vérité… Car, avant d’être exprimée en « mots », la Parole fut, « avant » le commencement, une « Personne » … Jésus, qui devint la « Parole faite chair » … Etablir des règles de doctrines revenait, en quelque sorte, à « lier » Jésus, à paralyser Sa Présence vivifiante… non pas celle de Jésus… mais ceux-là mêmes, qui ont changé Sa Parole vivante en statuts inertes…

  La destination de la Parole est d’affermir l’esprit du croyant, non de l’incarcérer dans une forme… Certes, à l’origine toute forme de doctrines vint du souci de préserver les âmes de toute déviation et de toute erreur possible… d’où un encadrement de protection… Or, paradoxalement, je relevai que la plupart des erreurs et des déviations commises au cours des siècles… découlèrent, non pas du « peuple », dit plus ou moins éclairé… mais bien plutôt des élites, conducteurs ou chefs religieux…

  Je me mis à sonder plus profondément, afin de saisir quelques-unes des causes de cela… je découvris que l’Esprit-Saint, ayant été délaissé, dès lors l’intelligence humaine donna accès à l’esprit dit « religieux » … Le rituel remplaça le spirituel… En conséquence, il en résulta un esprit dur, pour lequel la « doctrine de la vérité » est plus importante que l’ « amour de la vérité » … En réalité, la dureté de l’homme sectaire est un réflexe de défense… pour masquer une incertitude profonde, souvent inconsciente… En fait, je compris que l’esprit de doctrine révèle, non seulement la recherche d’un pouvoir religieux, mais la nécessité de se défendre contre des faiblesses refoulées… Alors les hommes s’imposèrent des règles… et surtout les imposèrent aux autres…

  Le silence du vallon contrastait avec les pensées complexes qui traversaient mon esprit… Je relevai une étrange contradiction… En effet, de tous temps, les hommes aspirent à la liberté… Et, paradoxalement, pour préserver cette liberté, ils érigèrent des lois et des règles… mais, une fois établies, celles-ci suscitèrent de nouveau des voix qui s’élevèrent contre ces mêmes lois et règles… À ce moment-là, il me vint à l’esprit les admirables paroles de Jésus… « Je suis la Vérité… vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira » … Toute liberté n’est pas vérité, mais la Vérité apporte la vraie liberté… Or la liberté a une seule exigence… celle d’obéir à ce qui, justement, préserve cette liberté… car elle ne se vit et ni ne se perpétue sans précisément l’obéissance à la Parole de Dieu… de laquelle elle a reçu la Nature infinie… dont les prémices de la Vie éternelle…

  La liberté par l’obéissance … Je laissai pénétrer en moi cette pensée… En réalité, la Parole de Dieu reçue sans l’Esprit Dieu… devient loi… mais la même Parole reçue par l’Esprit… est la Grâce qui vivifie… l’obéissance inspirée de l’Esprit, n’enferme pas… elle élargit, enrichit, et emplit notre espace intérieur… Alors que le fait de murer la Parole par des règles de doctrines… revient à emmurer la vraie liberté… et nous-mêmes avec elle… Quelqu’un oserait-il donc réduire Dieu à une définition humaine ? … C’est alors que l’obéissance, éclairée à nouveau par l’Esprit de la Parole… renouvela ma vision intérieure de la communion avec le Dieu vivant…

  Reprenant le chemin du retour… le murmure grandissant du torrent me fit lever les yeux sur le petit pont que j’allais traverser… Accoudé au parapet, je regardai, pensif, les divers méandres du courant… à cause des roches et des racines que les eaux rencontraient et contournaient…  Une pensée me vint… chaque onde était différente, mais toutes prenaient leur source d’en haut… et ensemble suivaient le même parcours…

  Aussi, me disais-je… au-delà des dogmes et des doctrines… ce fut et ce sera toujours le même cours de la Parole… le même courant de l’Esprit, par lequel les rachetés de tous temps aspirent à remonter à la source… à Celui qui donne la Vie… Je compris pourquoi, dès lors, le petit pont de ce lieu, franchissant les eaux chantantes… me devint si intime…