LES MYSTÈRES – 7 …

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« Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

  Le soleil brillait de tous ses feux… traversant la prairie et gravissant le sentier… je parvins auprès d’arbres de diverses espèces… A cette vue, je suspendis ma marche et je demeurai pensif… Mes pensées étaient, justement, occupées par l’infinie diversité des êtres… Je découvris qu’en comprenant l’autre, l’on se comprend soi-même, et qu’en se comprenant, l’on peut comprendre, en partie, ce monde dans lequel nous vivons… Je saisi alors qu’une telle compréhension ne pouvait être reçue… que par la Sagesse d’En-Haut…

  Souvent, je me suis surpris à observer discrètement les personnes rencontrées, croisées sur mon chemin… Remarquable est la diversité des visages, des traits, des expressions… Frappé par la variété de la beauté des uns, et même par les visages disgracieux chez d’autres… Je compris que l’origine, le climat, le temps, les lieux sont autant de cases qui peuvent façonner les traits du visage… mais, plus encore, les traits de notre âme… Car, au plus profond de moi… mon âme aspirait à refléter le visage de notre Divin Modèle… la sérénité du visage du « plus beau des fils de l’homme » … tel que le regard prophétique du psalmiste dépeignit les traits du Messie attendu… Et même si les épreuves de toutes sortes ont pu parfois imprimer leurs marques sur notre visage… ces tribulations ne sauraient durablement troubler la paix profonde du visage intérieur de notre âme… reçue de Celui qui est le « Prince de la paix »…

  À mes regards se déployaient les vertes prairies, les collines boisées, le soleil poudroyant à l’horizon, toute une nature vibrante… À cette vue, j’entendis intérieurement les paroles annonçant les « nouveaux cieux et la nouvelle terre » … Espace indicible où les rachetés habiteront pour l’éternité en la Présence de Dieu… Comment donc décrire avec des mots humains les choses inexprimables des cieux si ce n’est justement en images, en paraboles… Le paysage s’étendant sous mes yeux n’était-il pas déjà lui même une parabole du Royaume des cieux ?… Et, sonder ces choses, par l’Esprit, n’est-ce point s’élever de l’image terrestre à leur réalité céleste… En ce Jour-là, nous sera rendu visible ce qui, présentement, du Royaume éternel nous est invisible…

   Si donc, me disais-je, les paraboles présentent les choses de cette vie, pour nous révéler les choses célestes, éternelles… par quelle image le Créateur Lui-même se présenta-t-Il ? … Car l’homme, en tant que créature, ne peut en saisir que l’image, étant lui-même fait à l’image de Dieu… Or Dieu a dit… « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance »… Je compris cette vérité profonde, que l’image que Dieu nous donna à voir de Lui… était l’homme lui-même… c’est-à-dire, que chacun de nous est à Son image… À la pensée que l’homme qu’Il créa, Dieu le fit à sa ressemblance… je restai là comme confondu, immobile et plongé dans une profonde méditation…

  Comment pouvais-je penser ressembler à Dieu, quand dans ma faiblesse, je me sentais si indigne de Lui ? … À ces moments-là, étais-je toujours à Son image ? … Pouvais-je donc, à partir de l’image qu’Il fit de moi remonter à ce qu’Il Est… à Son Essence ?… Était-ce donc possible que, dans cette enveloppe périssable, la Présence de Dieu puisse demeurer en moi et moi en elle ? … L’image est toujours ombre… la réalité est lumière, authenticité…  De là, mon aspiration de toujours, non à « paraître », mais à « être » …

  J’entendis un chuchotement presque imperceptible… je m’approchai, et découvris sous les frondaisons une source cristalline au pied d’un buisson… Poursuivant donc mes réflexions, je me mis à penser à la diversité des créatures peuplant la terre et les eaux… La Parole me rappela que Dieu « fit les animaux des eaux et de la terre » … Or, contrairement à toutes les créatures terrestres, Dieu créa l’homme… non pas de la « terre » elle-même… mais de la « poussière » de la terre… Ceci tint en suspens ma pensée… ce subtil indice dans l’œuvre de la création me montra ce par quoi se distingue  l’homme de toutes les autres créatures… Cependant, tout en étant si proche du créateur, combien profonde est sa séparation d’avec Lui… Ayant été fait à l’image de Dieu… que reste-t-il de la ressemblance avec l’Original divin ? … Il était donc besoin d’une nouvelle « image », celle d’un « Homme nouveau » … mais de quelle nature devait donc être cet Homme ? …

  Pendant ce temps, la petite source ne cessait de couler avec ce léger murmure… qui eut pour effet de renouveler mes pensées… qui me rappelèrent que Jésus était « l’image du Dieu invisible, le premier né de toute la création » … Il était cet « Homme nouveau » prédestiné dans le sein de Dieu… En fait, l’homme ne fut pas « fait » l’image, mais « à » l’image de Dieu, seul Jésus était l’Image de Dieu… Il était l’Image rendue visible du « Dieu invisible », non en tant que « première créature », mais en tant que « premier né » de la création… c’est-à-dire, non pas « créé », comme le fut Adam, mais « engendré » par l’Esprit Divin… et conçu en un corps… Ceci ne m’était point inconnu, mais la profondeur avec laquelle s’imprima cette réalité dans mon âme suscita en moi le besoin de me prosterner devant Dieu…

  Je me levai alors et quittai ce lieu ombragé où je m’étais invité avec un regard sur la source toujours constante… Je redescendis dans la vallée… La Parole révélée par l’Esprit me fit intérieurement passer de l’image à la réalité… du visible à l’invisible… En vérité, le rôle de l’image est double, elle est un voile qui enveloppe la connaissance du mystère… et, en même temps, nous préserve de l’orgueil de la connaissance… Ainsi, l’image, non point limite notre connaissance, mais suscite en nous l’aspiration à en rechercher l’ « Original » … Ce fut donc encore avec une plus profonde humilité, que j’aspirai à pénétrer la Parole divine pour en découvrir le sens « originel » selon l’Esprit de Dieu… C’est ici la « sève » de la Parole de vie… Sève, dont l’ « écorce », comme l’image, non pas voile, mais protège la connaissance divine… et nous protège en même temps, en nous la faisant découvrir dans toute sa pureté… pureté de laquelle nous participons…

  Arrivé dans la petite vallée… Une petite pièce d’eau entourée de galets et de buissons attira mes regards…c’était en elle que se déversait la source que je venais de quitter… Je m’approchai donc du bord, et me penchai sur la surface immobile de l’eau, je vis se refléter mon visage… Tout-à-coup, une parole du sage se rappela à mon esprit… « Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l’homme répond au cœur de l’homme » … Je me mis en prière, et, regardant à Jésus, je vis Son image… à laquelle Il me rendit semblable à Lui… Je compris que tout ce qu’Il  fit pour moi, je le devins en Lui…

  Je quittai avec quelque nostalgie le miroir de cette eau réfléchissante, où le reflet de mon visage m’apprit ce que les autres voient de moi… et, avant tout, par Sa Grâce, l’aspect de Celui, dont je devins…  dont nous sommes devenus l’image…