LES MYSTÈRES – 5 …

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  « Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

    Levant les yeux, je vis par la fenêtre le mouvement des nuages aux formes diverses, qui s’avançaient majestueusement… Le bleu du ciel était tantôt couvert, tantôt apparent, rendant alternativement clair et obscur la pièce où je me trouvais… Ceci reflétait bien l’état de mon âme… Depuis très longtemps, en effet, ma réflexion portait sur ce fait connu tant dans les milieux religieux que non religieux en ce monde : … d’où viennent les opinions, les doctrines, les dogmes, qui, au lieu d’éclairer, voilent et divisent les hommes ? …  Au cours de l’histoire, chaque réveil, chaque découverte ou redécouverte de la Parole de Dieu est souvent considérée comme le commencement d’une aire spirituelle nouvelle… mais aussi de nouvelles traditions, de nouveaux dogmes… Or, les connaissances révélées, redécouvertes ne nous éloignent pas du commencement, mais nous ramènent à la Vérité originelle…

   Tandis que je réfléchissais sur ces choses, les nuées chargées d’humidité rendirent l’atmosphère de plus en plus dense… Ce qui donna une sorte de vision primitive de l’horizon, évoquant les premiers temps de la création… la création ! … Ceci m’évoqua le Jardin d’Eden… la connaissance du fruit défendu… la tentation d’Ève, écoutant le séducteur… le « serpent ancien », qui lui posa la question : « Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » … Avec ruse, le serpent engloba tous les arbres dans la même défense… Ève prit l’initiative d’« éclairer » le diable sur le fait que la défense ne portait que sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal… Le dialogue avec lui… c’est exactement ce que, de tous temps, recherche le diable… en l’occurrence ici avec Ève… mais en l’absence d’Adam…

  Il est frappant de relever que, au sujet de l’arbre de la connaissance, Ève répondit à Satan, que Dieu leur avait ordonné « de ne point en manger » … mais elle ajouta… « et de ne point y toucher » … mot que ne contient pas l’ordre de Dieu… Pourquoi Ève ajouta-t-elle un ordre à l’ordre de Dieu ? … Pourquoi renforcer la Parole de Dieu qui suffit ? … Ceci démontre le sentiment de faiblesse, l’attrait en face de la tentation, que l’on sent plus forte que soi… et contre laquelle, pour pallier un manque d’assurance intérieure, l’on voudrait en renforcer la défense ? …

  Je me vis ici devant un des plus profonds mystères… Je me sentis moi-même interrogé par la puissance de cet attrait de la connaissance… Certes, il n’est pas possible de grandir sans la connaissance dans tous les domaines de la vie humaine et spirituelle… mais, en même temps, la connaissance peut se révéler une arme… Par les doctrines, les idéologies qu’elle suscite, la connaissance a armé les esprits et les mains de multitudes au cours de l’histoire… Cette même arme qui nous défend… nous fraie un passage… peut aussi nous blesser… faire d’un homme un meurtrier… causer des ravages parmi les peuples…

 Les nuages obscurcirent l’horizon, l’atmosphère devint oppressante… en résonance avec l’intention cachée du diable… Le serpent, en effet, se présenta à Ève comme le  « libérateur » des ténèbres de l’ignorance, dans laquelle Dieu semblait vouloir maintenir l’homme… Car cet arbre n’est pas celui seulement de la connaissance du « mal », mais aussi de la connaissance du « bien » … d’après les Paroles mêmes de Dieu… Or, voici le sens que leur donna le serpent : « vous serez comme des dieux » … c’est-à-dire, maîtres de tout, exempts de toute souffrance et de crainte… ce à quoi Dieu les aurait empêchés de parvenir… Il y a lieu de frémir à cette séduction, car en croyant posséder le pouvoir de discerner entre le bien et le mal comme Dieu… l’homme n’aurait donc plus eu besoin de Dieu… ce qui le conduit soit à nier Dieu, soit à se prendre lui-même pour Dieu… Or, nous savons que lorsque le diable, le « père du mensonge », parle du « bien », ce « bien » est spirituellement aussi mortel que le « mal ».

  Un grand vent se mit à souffler… comme s’il tentait de s’infiltrer dans les interstices de la pièce où je me tenais… Une interrogation monta en moi… Et si, pensai-je, le besoin même, combien légitime, d’aspirer à la connaissance spirituelle pour être éclairé, et éclairer les autres… était en quelque sorte une tentation du serpent ? … avec pour  conséquence  de  suivre  sa  rébellion  et  sa chute ? … Le prophète Ézéchiel ne dit-il pas que « rien de secret n’était caché pour lui… », et que par « son intelligence et sa grande sagesse son cœur s’éleva… », de sorte qu’ « il se corrompit » et « fut précipité à terre » … Et ceci, non à cause de son ignorance, mais « par sa sagesse » même… Je compris donc que tout dépend de l’état d’esprit dans lequel l’on aspire à connaître Dieu…. Car la vraie connaissance selon Dieu conduit à Sa ressemblance… aussi toute connaissance qui n’aspire pas à la ressemblance de Dieu est inspirée de l’adversaire… D’ailleurs, toute recherche spirituelle que le diable ne peut empêcher… soit il en interrompt le cours, soit, subtilement, il la détourne du but suprême, qui n’est plus Dieu… mais nous-mêmes…

  La bourrasque se leva, la pluie battit les carreaux… cependant rien ne put me distraire de la méditation des Écritures, qui s’entrouvrirent… En effet, Dieu dit à Adam… « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui » … Aussi fit-Il « venir vers l’homme tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, pour voir comment l’homme les appellerait, afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme »… Ainsi, le fait de donner des noms selon le ressenti qu’il éprouva de la nature de chaque créature… lui fit discerner que, pour lui-même « il ne trouva point d’aide semblable à lui » … Et c’est cette nécessité de « nommer » les créatures, qu’Adam apprit à distinguer… qui fut le commencement des premières connaissances du premier homme… Le fait d’avoir reçu Ève de son côté… de l’intérieur de lui-même… non seulement ouvrit la connaissance à l’homme, mais l’homme lui-même à cette connaissance… connaissance du Créateur… connaissance des êtres… et connaissance de  lui-même…

  Tout-à-coup, alors que cheminait ma réflexion au plus profond de mon être… un éclair fulgurant traversa l’horizon… un coup de tonnerre ébranla le lieu… le retentissement fut ressenti comme gravant en moi l’empreinte de cette connaissance de Dieu dans ma conscience… ainsi que le dit l’Écriture : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu »… Au même instant, les cieux déversèrent une pluie abondante, me rappelant les paroles de Moïse… « Que mes instructions se répandent comme la pluie, que ma parole tombe comme la rosée, comme des ondées sur la verdure, comme des gouttes d’eau sur l’herbe » …

   Je me vis donc… parmi d’autres… cette « verdure assoiffée » … ce brin « d’herbe altéré » … qui, depuis lors, aspire à ressembler à la connaissance affranchissante de la Parole vivifiée… par l’Esprit-Saint répandu d’En-Haut… Où nous attend « l’Arbre de Vie » …