LES MYSTÈRES – 16 …

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« Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13:11.

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  Arrivé dans la clairière s’ouvrant devant moi… je m’arrêtai, parcourant du regard le lieu entouré de roches et d’arbustes… je découvris un étang que je ne m’attendais pas à voir à cet endroit… ceci me fit sortir, momentanément, du cours de mes pensées… m’avançant plus près, je me penchai sur la face de l’onde… selon l’angle de vue, je vis au fond des eaux le sable, quelques galets, des herbes aquatiques… et, à sa surface, quelques roseaux et frondaisons, le flanc de la montagne, le bleu du ciel se reflétant…

  Devant ce que je venais de découvrir, j’en vins à transposer ce double spectacle… à cette « double » vision spirituelle, pour ne pas dire infinie, des vérités de la Parole de Dieu… À partir de cette observation, je saisis, bien imparfaitement certes… combien grande est la richesse de « la Sagesse infiniment variée de Dieu » … Ma très modeste compréhension des choses spirituelles en reçut alors une dimension nouvelle…

  Ce qui fut de tout temps ma souffrance… c’est de constater au sujet des vérités de la Parole divine… cet irrésistible penchant de l’homme à enclaver dans les limites de son esprit ce qu’il pense en avoir compris… au lieu de laisser « vivre » la Parole qui, en nous pénétrant, nous vivifie… Nous sommes tous différents les uns des autres, il n’est donc pas surprenant que l’on puisse comprendre diversement les réalités spirituelles selon les besoins spirituels de chacun… Les facettes d’un diamant sont vues de façons diverses… selon les rayons de lumière qui le traversent… selon l’angle différent du regard de chacun… Plusieurs facettes, certes, cependant un seul et même diamant… De même, il est une richesse infinie de pensées différentes, mais jamais divergentes, de la Parole de Dieu… car il n’y a qu’une seule et même Parole, comme il n’y a qu’un seul et même Esprit de Vérité… Les diverses compréhensions de la Parole, en se multipliant, non pas s’obscurcissent, mais s’éclairent l’une l’autre… au-dedans de nous… en réponse à notre aspiration à rechercher la Sagesse d’En-Haut…

  La nature qui m’entourait n’était-elle point aussi remplie de mystères ? … le centre de la terre, le fond des mers, les espaces infinis, jusqu’à l’homme qui est un « monde inconnu » … non seulement pour les autres, mais d’abord à lui-même… Les différentes pensées découlant de la Parole répondent aux interrogations les plus profondes… et combien diverses sont les profondeurs de la Parole… Cette diversité même n’est-elle pas sa richesse infinie, insondable ? … Mais d’entre les interrogations qui occupèrent mon esprit… il en est une, cependant, concernant un état d’esprit particulier, dans lequel souvent la Parole est reçue… C’est cette propre assurance d’avoir toujours raison, renforcé par un esprit de doctrine… paralysant l’esprit… figeant les vérités de la Parole… et qui, au lieu d’affermir, durcit le cœur… avec pour conséquence… d’attrister l’Esprit-Saint…

  Ayant recueilli peu auparavant un roseau… je le plongeai dans les eaux claires, auprès desquelles je me tenais… tout en réfléchissant à ce qui occupait mon esprit, je regardai le roseau dans les eaux… Tout-à-coup, mon attention fut attirée par le fait que la tige, à demi immergée, paraissait comme cassée en son milieu… c’était là le phénomène d’optique connu en telle situation… à mes yeux le roseau paraissait véritablement plié sous la surface de l’eau… alors qu’en réalité il était ce qu’il a toujours été, parfaitement droit… Je compris alors que ce qui était réellement vu… n’était pas nécessairement vrai ! … Il y avait deux réalités, l’autre concrète, l’une apparente…

  Alors me vint à la pensée cette réflexion… selon que l’on se trouve au-dessus ou au-dessous de l’horizon, ou des circonstances… une même chose, ou une même personne, peut apparaître ou être vue différemment… En retirant le roseau au-dessus la surface de l’eau, l’on ne pouvait donc nier sa forme rectiligne… En toutes choses, tout dépend donc du lieu où l’on se trouve et de la manière dont on regarde… et surtout dont l’on pense… Il en est de même spirituellement… En effet, lorsque la Parole de Dieu est « plongée » dans la pensée humaine… c’est-à-dire « vue », perçue par l’esprit de l’homme… son propre esprit la fait apparaître elle aussi « déformée » … car notre propre pensée fausse la compréhension spirituelle… d’où les fausses interprétations concernant la Parole…

  Je me tins là pensif… après un tel cheminement de pensées… j’eus besoin de reposer mes regards sur ce qui se présentait à mes yeux… J’en vins alors à considérer la nature qui m’entourait… tel arbre, tel buisson, tel herbe, tel nuage, tel reflet, tel rocher… Je saisis tout-à-coup une réalité profonde… Il m’apparut, en effet, que chaque croyant, en son être profond, a une écoute, une perception qui lui est propre… Même Inspiré par l’Esprit-Saint, chaque croyant, suivant son ressenti, perçoit d’une manière particulière la Parole… Ceci n’affecte en aucun cas la Vérité de la Parole reçue… mais, au contraire, éclaire pourquoi l’Esprit de Dieu… accorde à un croyant tel ministère, à un autre tel message, à un autre telle direction, à un autre encore telle vision ou tel autre don particulier… Dieu, qui connaît les cœurs, connaît les chemins particuliers qui conduisent au fond de l’âme de chacun de nous… La diversité des dons répond à la diversité de ceux qui les reçoivent… Le Saint-Esprit sait ce qu’il nous est personnellement destiné…

  S’étant éloignés de la Parole au cours des âges, les hommes l’ont donc multipliée, fractionnée en diverses doctrines… en se l’appropriant, ils se différencièrent les uns des autres… Je compris pourquoi, en tout temps, j’élevai cette prière… « Ô Dieu, Révélateur de toutes choses… que jamais je ne m’écarte du Saint livre de la Création, de la Rédemption, de la Révélation… Que jamais un esprit de doctrine, même inconscient, ne fige ma pensée… me rendant inaccessible à la Pensée de l’Esprit-Saint… Que toujours Ta Parole inspire, éclaire, vivifie… afin que mon âme « respire » par elle… en Celui qui est la « Parole faite chair », Jésus… qui « souffla » Son Esprit sur nous…

  Je suspendis alors ma marche… Il me vint alors à l’esprit que, de tous temps et en tous lieux parmi les hommes, beaucoup prétendirent : « j’ai la vérité » … Or, seul Jésus déclara : « Je Suis » la Vérité… « Avoir » ou « Être » ! … là se tint toute la différence, Sa différence… Quant à moi, me dis-je, en tant que racheté… Qu’en est-il de la Présence de Jésus ? … Avoir ou être ! … l’« ai » – je par la connaissance seulement, ou l’« est » – elle au-dedans de moi par l’Esprit de Sa Parole ?…  avec le témoignage intérieur de cette Présence… Tout-à-coup me fut rappelée cette Parole… « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » … Pouvais-je entendre intérieurement un « cri » plus grand, plus fort, plus libérateur ? … 

  Ainsi, plus encore que de parler… ce témoignage « crie » en moi… du cri en nous de cet « homme nouveau » que nous sommes devenus en Christ… qui, « le Jour venu » mêlera son cri entendu du ciel… ses louanges… « dans la Jérusalem céleste… aux myriades qui forment le chœur des anges… dans l’assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux » … Il se fit alors un calme profond… Je ne pus que demeurer dans le silence… Le lieu même où je me trouvai sembla participer de la sérénité de ces moments…