LES MYSTÈRES – 14 …

 

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« Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

  L’ondée s’était éloignée… les yeux levés, j’observais les nuages sillonnant la voute céleste… les uns aux contours distincts, d’autres estompés sur le bleu du ciel… Sous cette espace immense s’éclaircissant de plus en plus… Comment ne pas contempler l’Œuvre du Créateur ? … Sonder Sa création ? À cet instant, de nombreux passages de la Parole se présentèrent à mon esprit… abîme… voix… feu… vision… séisme… bruit subtil… souffle… silence même…

    L’esprit en suspend, des pensées s’élevèrent au-dedans de moi… En toutes ces choses, me disais-je, qu’elles sont les Intentions de Dieu ? … Le fait de se poser de telles questions, était-il donc surprenant ? … Devant les événements tragiques de ce monde… quel croyant n’a-t-il pas senti monter en lui cette sorte de questions ? … Cependant, peut-on s’exprimer ainsi au sujet de Dieu, l’Ineffable… et du Fils bien-aimé, Jésus-Christ, Lequel n’a « ni commencement de jour, ni fin de vie » … et qui se fit connaître à l’être « infime » que nous sommes ? …  Infime ! Or, il nous a été révélé que pour Dieu… dans son Amour éternel, incommensurable envers nous…  même le  « rien » …  existe…

  Alors que je cheminais, mon regard fut attiré par un reflet particulier… quelques gouttes de pluies sur une feuille incurvée étaient traversées par les rayons de lumière… scintillantes… Une goutte d’eau bientôt évaporée m’évoqua le soleil… Sachant qu’il n’est pas possible de fixer les yeux sur l’astre du jour… sans que son éclat nous rende aveugle… et, cependant, je pouvais « voir » le soleil dans cette simple goutte d’eau… Ainsi en est-il des mystères de Dieu… Ce n’est pas par le Dieu demeurant invisible… mais par le Fils… par la Parole… par la prophétie… par la Pensée de Son Esprit… que « Celui que nul n’a vu, ni ne peut voir » … peut alors être contemplé…

    Il n’est pas possible de méditer sur Dieu sans penser… à l’éternité… C’est ici l’une des premières réalités qui nous vient à l’esprit… De par notre nature humaine… nous ne concevons la vie des êtres vivants que dans la perspective de l’écoulement du temps… Or, l’éternité est-elle un temps fixe… ou une succession de temps… ou un temps continu ? …  Ce serait alors une éternité sujette à l’« usure » … Car l’éternité, au-delà de toute représentation de quelque « continuité » que ce soit… est un « espace illimité du temps » qui n’est pas de l’ordre de ce temps… un « état éternel » autant intérieur à nous… qu’infini…

  Il m’apparut que le fait de parler des choses éternelles… pût sembler, parfois, un peu abstrait, comme éloigné des nécessités d’ici-bas… même à des croyants… La raison de ceci est que le visible et l’invisible… le tangible et l’intangible… le corporel et le spirituel… sont perçus dans la pensée de l’homme comme étant des réalités totalement opposées… Or, concernant les éléments spirituels et physiques qui constituent les créatures de Dieu que nous sommes, tout est lié… N’a-t-il donc pas été dit par les prophètes annonçant la Résurrection de Jésus-Christ, que… « son cœur serait dans la joie, son esprit dans l’allégresse… et que même sa chair (son corps) … reposerait en sécurité » ?  …

    Nous apprenons donc de la Pensée de Jésus que la faim et la soif ici-bas sont légitimes… et ne s’opposent pas à la faim et à la soif spirituelles des choses d’en-haut…  Pas plus que la nécessité du vêtement n’efface notre besoin d’être revêtu de l’Esprit-Saint répandu sur nous… Les besoins quotidiens ne sont pas un obstacle aux aspirations spirituelles… C’est, précisément, en voulant opposer le spirituel au terrestre que ni l’une ni l’autre de ces réalités ne sont vécues spirituellement, intelligemment… c’est-à-dire de façon équilibrée… Car la perfection spirituelle se réalise dans ce qui est appelé l’ « équilibre » … traduisant parfaitement la qualité spirituelle nommée  dans la Parole : « sobriété » … qui n’est autre que la hiérarchie des besoins et de notre esprit et de notre corps… suivant le discernement que nous donne l’Esprit-Saint…

  Après avoir parcouru une certaine distance, une clairière se présenta à moi… un étang à la surface immobile s’offrit à mes regards… M’approchant, je vis s’y refléter la profondeur du ciel… Une pensée monta en moi… Quelle surface étais-je en train de voir… celle du ciel ou celle de l’eau ? … Les deux se confondaient… À première vue, je vis l’étendue du ciel tout en sachant qu’elle était la surface réfléchissante de l’eau… une pierre jetée eut suffi à en brouiller la « vision » … ce qui n’aurait cependant point empêché le ciel d’être immuable… ni l’étendue liquide de redevenir un miroir…

   En y réfléchissant, je pris conscience que la surface de l’eau était en quelque sorte… la face de mon « esprit », sur laquelle, de même « se réfléchissait » … la présence et l’espérance célestes du Royaume de Dieu… nous invitant à voir et à entrer dans ce Royaume des cieux… Je compris que l’Esprit du Royaume et mon esprit se confondaient… et que, moi-même, je n’étais pas le « Royaume » … mais un « fils » de ce Royaume…

  L’Esprit-Saint nous façonne intérieurement à la dimension des choses célestes… ainsi que notre compréhension spirituelle de ces choses… Ceci m’apprit à ne jamais rejeter sans approfondir ce qui apparait comme étant incompréhensible ou étrange… Car ce qui est de nature céleste et éternelle nous donne à « voir » les choses invisibles de la Pensée de Dieu… les Pensées divines étant autres que nos propres pensées… Ainsi, je fis souvent l’expérience que ce qui m’était incompris… était, non pas seulement les choses incompréhensibles elles-mêmes… mais ce qui, de moi-même, m’était spirituellement « incompréhensible » …  à moi-même…

  Les mystères ici-bas se résument donc en un mystère… et ce mystère c’est… nous-mêmes… Je suis à moi-même un mystère… et le fait de le reconnaître disposa mon esprit à accepter les « pourquoi » des mystères… Ceci me fit alors comprendre pourquoi Dieu, dans Sa Sagesse, considère qu’il est parfois plus bénéfique, plus supportable pour nous d’ignorer certains événements à venir dans nos vies… que d’en recevoir la connaissance… En même temps, les événements tragiques de l’existence… tels les « débris » détachés d’une pierre en train d’être sculptée… ont ceci de précieux en ce que ces fragments mêmes nous révèlent la progression de l’ouvrage spirituel que nous sommes… ouvrage façonné au-dedans de nous par les Mains du divin Sculpteur…

  Dans le silence du lieu où je me tenais… m’apparut alors d’autant plus la diversité de la nature dans son ensemble… les prairies… les déserts… les pics… les ravins, … les lieux ingrats… les cieux cléments… Or, chacun de nous n’est-il pas un « monde » ? Un « petit monde » ? …  De là, l’Esprit du Seigneur affina ma vision des êtres et des choses… en ouvrant mon cœur à la Lumière d’en-haut… non seulement sur le monde autour de moi… mais en ce qui concerne ma vie… mettant en reliefs les contrastes de mon âme… Ce qui eut pour effet de m’éclairer, non seulement sur mes interrogations… mais, avant tout… sur moi-même…