LES MYSTÈRES – 13 …

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« Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

  Portant mes regards sur le paysage revêtu de sa nouvelle parure… Je fus surpris d’en découvrir maints détails, qui m’avaient jusqu’alors échappés… le renouveau de la nature en révélait plus encore les aspects inattendus… Selon les diverses personnes, il est vrai, les mêmes choses peuvent être vues de façons différentes… Ceci me conduisit à penser aux insondables richesses des vérités de la Parole divine… qui, elles aussi, peuvent être perçues de manières diverses, différentes… mais, par l’Esprit de Dieu, jamais divergentes…

   La Parole de Dieu, tel un prisme, a une multitude de facettes reflétant et communiquant « la sagesse infiniment variée de Dieu » … D’entre toutes, la foi se présenta à mon esprit… La foi l’est d’autant plus, qu’elle nous rend participants du « fondement même des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la Pierre angulaire » …  La vérité de la foi nous apparaît comme étant parmi les plus accessibles… cependant, ce qui est fondamental, comme tout ce qui nous semble « élémentaire » … est-il donc aussi évident d’en saisir la dimension ? …  

 Tout à mes réflexions, je levai les yeux… contemplant le ciel, les cimes, les rocher, les forêts, les prairies… sur moi passa la brise du soir… Tout ceci suscita en moi des actions de grâces au Créateur… me souvenant qu’Il fit venir tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel vers l’homme « pour voir comment il les appellerait » … afin de les distinguer les uns des autres ici-bas… Cependant, me dis-je, le fait de désigner les créatures par leur « nom », suffit-il pour penser vraiment les connaître ? … De même, au sujet des vérités des Écritures, suffit-il simplement de les connaître… pour en pénétrer la profondeur ? … D’autre part, je découvris que l’homme, en donnant un nom à tout être vivant, comme à toutes choses d’ailleurs, est inconsciemment incliné… à s’approprier tout ce qui est nommé par lui ? … Ne serait-ce point, parfois, aussi le cas de ceux qui, pensant mieux connaître la Parole de Dieu sont enclins… à dominer leur prochain ? …  les croyants eux-mêmes ? …  

  À cet instant me vinrent à l’esprit ces paroles de l’apôtre… « Quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra… aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrais comme j’ai été connu » … Ceci, certes, concerne les temps futurs…  or, dans cette attente, nous vivons maintenant l’espérance de ces choses à venir… Ainsi en est-il des richesses de la Connaissance divine, auxquelles aspire la foi…  et vers lesquelles, par l’Esprit, nous sommes irrésistiblement attirés …  Combien de fois éclata ma joie de connaître ces choses… ne serait-ce déjà qu’« en partie » …  par cette même foi qui nous est commune à tous… et qui nous rend bénéficiaires des prémices de ces promesses…

  Or, tandis que je méditais au sujet de la nature de la foi, un nom surgit dans ma pensée : Pierre, l’apôtre… dans la barque avec les autres disciples… en péril sur les flots en furie… Mais voici Jésus s’approchant, marchant sur les eaux… ce qui produisit en eux une frayeur aussi grande que la tempête elle-même… « Viens… ! » dit Jésus à Pierre, et Pierre marcha sur les eaux…  mais voyant que le vent était fort, il s’écria : « Seigneur sauve-moi ! » … Jésus, ayant pris Pierre par la main, lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » … Il est à remarquer qu’il avait lui-même demandé à Jésus de lui ordonner d’aller vers Lui… L’initiative vint donc de Pierre… et, attitude rare de sa part… le disciple eut la sagesse d’attendre de la part de Jésus, l’ordre de venir à Lui… sur les eaux…  

 Je me mis à sonder plus profondément les circonstances de ce prodige… le vent, est-il écrit, était fort, la tempête faisait rage… Et si, pensai-je, en une autre circonstance, au lieu d’une tempête, la mer eût été calme ? …  Car, est-il précisé, Pierre « eut peur » …  et ceci, au moment où Il « vit » que le vent était fort… Or, à qui donc Pierre regardait-il, avant de « voir » le vent, et qu’en lui naisse la peur ? … Son regard passa de Jésus aux circonstances…  le Sujet de sa foi n’était plus la Présence du Maître… mais la violence du vent… Jusqu’alors sa foi éclairée guidait son regard… puis, ce fut l’inverse, son regard apeuré troubla sa foi… Il perdit de vue Jésus… et sa propre vision des choses le fit sombrer…  

  Les croyants de tous temps manifestèrent parfois une grande foi, parfois une petite foi… ou même momentanément une absence de foi… Je remarquai, cependant, une chose particulière… Il n’est jamais question de « foi faible » ou de « foi insuffisante » en elle-même… La foi  ne provient pas d’une confiance « augmentée » de l’homme, car, si grande soit-elle, la confiance humaine sera toujours, de par sa nature, variable et passagère… La foi selon Dieu procède donc de l’écoute de la prédication de la Parole sous l’onction de l’Esprit… dont elle reçoit l’inspiration spirituelle… Avant même la pensée, selon laquelle la foi ne servirait qu’à demander… la foi selon l’Esprit est d’abord cette foi, en laquelle se déploie la Grandeur de Dieu… qui en saisit la Profondeur… et en accueille les Mystères… Il en résulte que les « problèmes » au sujet de la foi ne proviennent jamais de la foi elle-même… mais de celui en qui la foi se trouve… c’est-à-dire, le croyant lui-même…

  Dans le silence de mes pensées, il me fut rappelé que la foi « vient de ce qu’on entend…  quand, évidemment, ce qu’on entend vient de la Parole de Christ » … La foi ne saurait être confondue avec… l’esprit optimiste… la pensée positive… À cet instant même me vinrent à l’esprit ces Parole de Dieu exprimées par le prophète… « Je forme la lumière, et je crée les ténèbres ; je donne la prospérité, et je crée l’adversité » … Qui donc aurait pu penser que, non seulement la lumière et la prospérité… mais aussi les ténèbres et l’adversité puissent procéder du même Auteur ? … Ceci démontrerait-il une absence de Sa Puissance ? Non point ! … En vérité, la foi selon la Pensée de Dieu ne correspond pas à nos propres pensées et désirs…  L’œuvre de la foi en nous est de façonner notre cœur à ne le rendre accessible qu’à ce qui nous a été réservé dans le Dessein de Dieu…

  Je saisis alors cette dimension spirituelle de la foi… révélant à mon esprit la pensée particulière de l’« acceptation » … qui n’est, en aucun cas, à confondre avec l’esprit de résignation… Acceptation consistant à vivre en discernant ce qui est attendu et ce qui est inattendu… le meilleur et le pire… la victoire et l’échec « apparent » … l’exaucement comme l’absence d’exaucement… Tout ceci, non par doute ni par faiblesse, mais par cette vision de l’acceptation de la Volonté divine… et ceci, ainsi qu’il est écrit, avec cette « grande source de gain…  qu’est la piété avec le contentement » … c’est-à-dire, se contenter de toutes choses… tout en se gardant de tout ce qui fait obstacle en nous à la Plénitude de la Présence de Jésus…

  Je n’allai pas tarder à connaître l’un des aspects de cette réalité spirituelle… En effet, de sombres nuages approchèrent… le ciel se couvrit… un éclair déchira l’air… le tonnerre ébranla l’espace… la pluie se déversa torrentielle… Il est, certes, des situations combien plus graves, infiniment plus tragiques que celles-ci… Mais ceci m’éclaira cette vérité… selon laquelle ce qui semble « contraire » à ce que l’on attend de la foi… se révèle, en vérité, inclus… constitutif même de la foi… comme l’est la face cachée de l’astre de la nuit…

  Ainsi, au lieu du soir serein, auquel je m’étais attendu… j’en vins à bénir notre Seigneur de cette pluie d’orage… non seulement submergeant mon corps…  mais épurant mon âme de toute pensée de doctrine encore inconsciente… C’est alors que les nuages se dispersèrent… laissant apparaître dans la nuit claire… scintillante… l’étoile du matin…