LES MYSTÈRES – 12 …

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  « Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

Il était nuit… la chaleur de la journée persista… Un silence régnait dans la clairière… non point ressenti comme une solitude, mais empli d’une présence particulière… J’étais enfin parvenu en ce lieu pour rencontrer Sa Présence… Présence de l’Esprit-Saint, à laquelle j’aspirais sans cesse… Recherchant donc la Pensée divine, j’en vins à méditer la Parole… non seulement les mots, par lesquels elle nous parvint… mais la révélation communiquant la vie et la lumière de cette Parole même…

Ainsi, au commencement la Parole fut prononcée… elle le fut lors de la création du monde… Aucune créature n’existant encore… et avant même qu’il y eût des auditeurs pour l’entendre… le Créateur appela les êtres vivants et toutes choses à l’existence… Ses Paroles résonnèrent dans le vide… Les cieux et la terre créés inspirèrent depuis lors le Psalmiste, qui s’écria… « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains » … Les cieux proclamèrent la Parole même qui les créa… et l’« étendue » retentit de l’écho de cette Parole au-delà des cieux… Le mystère de la Parole ne cessa dès lors d’œuvrer à l’intérieur de la création…

A qui Dieu parla-t-Il lorsqu’Il créa ? Par qui fut-Il donc entendu ? … Dieu parla-t-il à Lui-même, afin que se déclenchât le processus de la création ? … Car le Créateur ne créa pas par Sa Pensée, mais par Sa Parole… Arrivé à ce point, je me tus… Je compris que c’eût été de l’audace de prolonger mes réflexions au sujet de profondeurs insondables… et, d’ailleurs, qui doivent nous échapper… La profondeur de la connaissance divine, la grandeur de la « Sagesse infiniment variée de Dieu » ne peut être pénétrée par notre esprit limité… tel un poids trop lourd écrasant la personne qui persisterait à le porter… Je me souvins en cet instant des paroles d’Ézéchiel concernant l’Adversaire, qui voulut atteindre la Sagesse divine… égaler Dieu Lui-même… alors que, par sa nature rebelle, l’ange déchu n’était plus à même de Le connaître… Ce qui lui fut fatal, selon que le dit Dieu par le prophète… « Ton cœur s’est élevé à cause de ta beauté, tu as corrompu ta sagesse à cause de ton éclat ; je te jette par terre » …

La nuit était profonde… les étoiles scintillantes paraissaient converser avec l’univers… Je ressentis une plénitude particulière… plénitude d’un silence qui parle… Je saisis alors qu’en créant le monde par Sa Parole… donnant forme et beauté à Ses pensées… Dieu manifesta déjà les prémices de l’Incarnation de Celui qui devait venir comme étant la « Parole faite chair » … Le Christ Jésus… Je restai confondu en découvrant la puissance de la Parole proclamant la création de l’homme, même s’il veut l’ignorer… et, depuis lors, la « nouvelle création » de l’homme intérieur par l’Esprit de Christ …

La Parole forma la création et les créatures… Mais depuis lors, me disais-je, cette parole, ne serait-elle plus créatrice ? … N’aurait-elle donc plus besoin de l’être ? … Je pris conscience que cette Parole, qui se révèle, appelle, éclaire et sauve… crée donc toujours à l’intérieur des créatures elles-mêmes… une création spirituelle… En tant que racheté… je découvris une « création » sans cesse à l’œuvre au-dedans de moi… N’avons-nous pas été revêtus de l’homme nouveau « créé » selon Dieu ? … Ne sommes-nous donc pas cet ouvrage que Dieu a « créé » en Jésus-Christ ? … Nous sommes, nous-mêmes, cet « homme nouveau » …  intérieurement créé par l’Esprit de la Parole…

Les myriades d’étoiles entourant le disque d’or suspendu… semblèrent participer, elles aussi, à la louange de mon âme au Dieu créateur… qui fit de chacun de nous l’être nouveau que nous sommes devenus en Christ… Car le Fils, par qui Dieu « créa » le monde, Jésus, venu en chair, fut Le seul à ne pas être de l’ordre de cette « création » … Il ne fut point un Être « créé », mais « engendré » … Jésus est la Parole, avant qu’elle ne fût exprimée… Dès lors, la Parole est reçue en nous par une écoute de même nature spirituelle que celle de l’Esprit de Parole… Car, avant d’être écrite, la Parole fut de toute éternité une « Personne » en tant que « Fils unique étant dans le sein du Père » … Ainsi, en écoutant la Parole, c’est une Personne que nous entendons… En lisant la Parole, c’est la lettre d’une Personne que nous lisons… Et en comprenant cette Parole, c’est toujours la même Personne, qui, transformant notre intelligence par l’Esprit l’éclaire de Ses propres Pensées…

Je demeurai alors immobile… le calme comme en suspens de cette nuit d’été m’y invitant… Je découvris à nouveau la dimension, à la fois, infinie et intime de la Parole… par Celui qui, à cause de notre faiblesse… eut donc recours aux paraboles, aux représentations des choses célestes… L’Esprit-Saint inspira donc les « mots » qui l’exprimèrent… Dieu qui, par l’incarnation, rendit visible la Personne de Son Fils… « incarna » de même Sa Pensée dans le langage des mots qui constituent Sa Parole… Au-travers des Paraboles, les Pensées de Jésus, comme Lui-même, s’abaissèrent jusqu’à la mesure de notre compréhension… Or, toute limitation même consentie suscite une souffrance… Aussi ne pourrons-nous jamais ressentir ce que Jésus, Lui-même la « Parole faite chair », éprouva dans Son abaissement jusqu’à nous… dans Son Amour pour nous… De là cette vérité profonde… l’âme recevra toujours la Parole venant d’une Personne… dont elle se sait et se sent comprise…

Poursuivant donc la pensée… le temps vint, dit l’Écriture, où, « l’image et l’ombre » … s’estompèrent pour nous introduire dans la réalité des choses célestes… À cet égard, une profonde émotion m’envahit à nouveau à l’évocation des Paroles de Jésus, annonçant aux disciples Son départ… lesquels, après L’avoir entendu, lui dirent… « Voici, maintenant tu parles ouvertement, et tu n’emploies plus de paraboles » … J’éclatai d’allégresse à l’écoute de ces paroles… Dès ce temps-là, en effet, Jésus se révéla à Ses disciples, non plus par paraboles, mais par l’Esprit de Révélation… leur donnant, comme à nous-mêmes, de passer de l’image à la réalité… de la « lettre » de la Parole au « langage » de l’Esprit… Paroles, non seulement imprimées dans notre entendement, mais pénétrant notre être profond… Dieu communiquant Ses Pensées, la Profondeur de Son Esprit… à notre esprit… selon la mesure du « don de Christ » donnée à chacun de nous…

Alors que je m’en retournai sous le scintillement des astres… Je fus saisi d’émerveillement…  Sur un petit mur longeant le chemin… je vis une procession de vers luisants… je levai alors mes regards vers la voute étoilée… Je demeurai là pensif… puis, baissant à nouveau mes yeux, je vis dans ces petites créatures lumineuses… ces petites lumières… une parabole de la voie lactée… non point inaccessible… mais à portée de main…

Je saisis plus encore le recours de Jésus aux paraboles… puis, des images terrestres aux réalités célestes… la Parole dépouillée de la « chair » des mots… révélant le sens spirituel des richesses insondables de la Sagesse divine… Cette révélation de l’indicible fit plus encore grandir mon aspiration aux Choses d’en haut… Le lendemain, et les nuits suivantes… ce fut avec étonnement et ravissement … que je vis de nouveau sous le lierre… les petites étoiles vivantes…