LES MYSTÈRES – 10 …

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« Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »

Matt 13 :11.

Mes pas me portèrent au bord de la mer… le vent se leva, le bleu du ciel purifié était dense… la mer se creusa de plus en plus… Le va-et-vient des vagues déferlant sur le rivage faisait rouler sable et galets… Il me sembla être ramené au premier temps, où, du néant, la Parole créatrice donna forme et mouvement à toutes choses… Cette immensité mouvante suscita en moi des réflexions sur le temps et l’éternité… Étais-je moi-même ce galet roulant au gré du flux et du reflux de la vague sur le sable ?…

  Cette vue m’inspira maintes pensées… À quoi moi-même aspirais-je ?… Quelle était, déjà, en moi la cause profonde, suscitant ce besoin d’aspirer à quelque chose ?… chose que, parfois, l’âme même ne saurait nommer… Au cours de cette vie, je constatai un fait, qui jamais ne cessa de me bouleverser… Des cœurs demeurant, apparemment, étrangers à toute aspiration à quoi que ce soit… L’on peut connaître et transmettre des connaissances profondes de Dieu… mais l’on ne peut communiquer à autrui notre propre aspiration aux Choses divines… Susciter la soif, la faim, le feu, l’aspiration à la Parole… est là uniquement l’œuvre de l’Esprit-Saint dans le cœur…

  Le mouvement des eaux mourait et renaissait sur le rivage… le rythme des vagues semblait correspondre à une nécessité mystérieuse d’exprimer une volonté de la nature… Les premières paroles du début de la création me revinrent… « L’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux »… L’Esprit… le vent… l’abîme… depuis lors, au cours des âges et des générations successives, les créatures et la nature s’interpénétrèrent… A-t-il donc existé un seul être humain, qui n’ait pas cherché à échapper à sa condition présente… espéré en une vie, en un lieu, en des temps meilleurs ?… C’est aussi là une aspiration… L’incroyant qui recherche des plaisirs immédiats, masquant son vide béant… révèle par là même une aspiration, une recherche inconsciente… de l’immortalité… de l’éternité…

  Alors que je méditais sur ces choses, me vint à l’esprit cette parole du sage… « Dieu a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir ce que Dieu fait du commencement à la fin »… Cette « pensée de l’éternité » révèle dans un cœur la conscience de ce qui ne disparaît pas… elle suscite l’aspiration à ce qui ne périt pas… Je m’arrêtai alors sur le mot originel traduit ici par la « pensée de l’éternité »… Le « ôlam »… Je fus émerveillé de la richesse des sens contenus dans ce mot, suivant les divers contextes… le monde et ce qu’il contient… le temps présent, passé, futur… l’univers… l’existence de l’homme… l’éternité…

  L’aspiration d’une âme révèle donc sa conscience de l’éternité… Si donc les choses de ce monde suscitent la recherche des biens terrestres… n’étant pas tous nécessairement répréhensibles… combien plus les choses célestes suscitent-elles une aspiration plus profonde encore… Mais je découvris aussi que l’adversaire s’oppose à toute aspiration spirituelle aux choses de Dieu… au point que, lorsque cette recherche naît dans une âme, aussitôt l’esprit d’erreur présente devant elle toutes sortes de séductions et de fausses directions… Or, je pris conscience qu’en dehors de l’Esprit de Dieu… tout n’est qu’impasse et confusion…

  Le vent soufflait par rafales, une pluie d’écume éclaboussa mon visage… Je tins fixé mon regard sur l’horizon d’où se formaient de nouvelles vagues déferlant sur le sable friable… Par contraste, une certitude inébranlable ne le demeure, inébranlable, que par ses racines… plus profondes que nous-mêmes… Aussitôt des paroles de l’Écriture surgirent en moi… « L’Esprit Lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu »… je remarquai combien notre conscience et notre esprit sont « parents »… Dans notre esprit se reçoivent les pensées de l’Esprit-Saint… dans notre conscience s’impriment les voies que ces pensées révèlent… Je discernai donc en moi, un autre « moi-même »… ma conscience… par les yeux de laquelle l’Esprit de Dieu me « regarde »…

  À cet égard encore, des paroles de Paul, me vinrent à l’esprit… « En publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu »… Je saisis alors, que le fait d’être recommandé spirituellement… approuvé intérieurement dans la conscience d’autrui révèle… une empathie spirituelle avec tout croyant véritablement « né de nouveau »… Et ceci me fit comprendre la profondeur de ces autres paroles de l’apôtre… « Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi »…

  Ces pensées me rappelèrent soudain cette parole du philosophe antique… « Je pense donc je suis »… Je vis là une grande vérité concernant l’existence de l’homme… Je fus alors amené à sonder la réponse faite par Dieu à Moïse, envoyé en Egypte pour délivrer le peuple hébreu… Au prophète, lui demandant quel est Son Nom, Dieu répondit… « Je suis celui qui suis »… et Il ajouta… « C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël… Celui qui s’appelle « Je Suis » m’a envoyé vers vous »… Ce « Je Suis » du Dieu éternel est l’inverse du… « Je pense donc je suis » de l’homme mortel… Car si l’homme « pense » pour être conscient d’« être »… au cas où il en viendrait à ne plus « penser », quelle qu’en soit la cause… ne serait-il donc plus ?… Or, contrairement à cette assertion, Dieu n’a pas besoin de « penser » pour « Être »… car Il demeure éternellement… Il est le « Je Suis »… le Vivant…

  Pendant que toutes ces réflexions traversaient mon esprit, les éléments de la nature se déchainèrent opposant une sorte de résistance à l’approfondissement de mes pensées… comme si le fait de méditer sur les mystères du Créateur dérangeait la création… Cependant, devant cette force redoutable, je ressentis en mon âme, non pas une crainte… mais un sentiment qui dilata mon cœur… le déploiement d’un espace intérieur… en rapport avec la profondeur de ma recherche du Dessein divin… Je découvris que la conscience perçoit ce qui précède la connaissance et ce qui, en même temps, est au-delà d’elle… et que  la pensée de l’Esprit dans la conscience prolonge la connaissance en l’éclairant de l’intérieur…

  Je sondai alors combien le fait d’être réceptif à l’« Esprit de vérité » ne correspond en aucun cas à ce que nous concevons de la vérité… La vérité vivifiante de Dieu se reçoit, non seulement par des discours, des paroles, des mots, mais, avant tout, par une Personne vivante… Jésus… opérant en nous le Renouvellement dans l’esprit de notre intelligence…  Je saisis plus profondément ce que l’aspiration spirituelle révélait en moi, en  nous… un cœur, non seulement instruit de la Parole… mais transformé par l’Esprit de Celui-là même qui l’a prononcée…

  Je revins du rivage… regardant au loin l’alternance des crêtes et des creux des vagues… Le spectacle de la nature en mouvement me rendit une image des choses invisibles…  Il me vint à l’esprit que dans le sein de l’océan, où se meuvent tant de créatures étranges… règne un silence total… Ainsi, au plus profond de mon âme… de l’âme de chacun de nous… parfois même troublée, agitée en surface… règne cependant une Paix surnaturelle…