LES MYSTÈRES – 1 …

 Format PDF

     « Il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux… »  Matt 13 :11.

 ——————————–

     Marchant de-ci de-là dans ma chambre, je pensais… me trouvais-je trop à l’étroit ? … Mes yeux allaient d’une paroi à l’autre comme si je voulais élargir l’espace de mes réflexions… Puis, je me dirigeais vers la fenêtre, celle-ci était ouverte… Me penchant au-dehors, je baissais les yeux sans raison apparente… Des passants allaient et venaient, les uns pressés, d’autres se promenant… la plupart m’était inconnu, il me sembla cependant apercevoir quelques personnes de ma connaissance…

  Je regardais, puis regardant plus intensément, je retins un cri, comme frappé de stupeur… Parmi tous ces visages s’offrant à ma vue, je vis mon propre visage, je me vis moi-même… parmi la foule regardant les uns et les autres… mais, d’en-bas, je ne me vis pas être observé par moi-même… D’en-haut, me dévisageant davantage, je remarquais que je pleurais… De là où je me trouvais, je me vis donc pleurant parmi la foule, d’une souffrance… non sur moi-même, mais sur ceux que je rencontrais…

   Je voulus connaître ce mystère, je pensais appeler, mais… comment m’appeler moi-même ? … Je me demandais ce que j’étais en train de vivre… Alors, surmontant ma frayeur, je pris la résolution de me rendre dans la rue  pour… me rencontrer… Descendant en toute hâte, je sortis sur le seuil avec une hardiesse qui masquait mon appréhension… Et là, je m’arrêtais net, me cherchant des yeux, ou plutôt me cherchant moi-même… mais je ne me vis plus… puisque j’y étais moi-même…

  Je fis donc quelque pas, montant et descendant la rue, fixant les regards sur les visages de ceux que je rencontrais… je pris peur parce que je ne me trouvais pas… Alors, désemparé, je levais la tête, et là, oh stupéfaction ! Je me vis à la fenêtre d’où j’étais descendu… je vis que je me regardais… Je fis l’effort de conserver mon calme, tant les événements étaient invraisemblables… mais, en m’observant, je me vis méditatif, grave, en même temps, réconforté, réconfortant même… Tout se bousculait dans mon esprit, je pris alors la décision de remonter, avec célérité, surmontant ma peur… J’entrai, franchis le seuil, traversai la pièce, fit irruption dans la chambre, où portant mes regards à l’intérieur… je ne vis personne… que moi-même à la fenêtre où je venais d’arriver… là où, de la rue, je m’étais vu…

   Alors que je demeurais immobile, je ressentis une Présence… cette Présence emplit… non seulement l’espace de la chambre où je me trouvais… mais je me sentis moi-même à l’intérieur de cette Présence… Ma gorge se serra parce que j’éprouvais un poids de plus en plus grand au-dedans de moi… Je ne pouvais me dégager d’un fardeau sous lequel je me sentais écrasé… un fardeau qui était le poids des âmes, précisément le poids de ces âmes parmi lesquelles, d’en-haut… je m’était vu marchant et pleurant…

     Je commençais donc à comprendre ce dont je n’étais pas conscient jusqu’alors… mais à ne comprendre seulement que la lisière de l’infinie souffrance  qui fut  celle du  Sauveur…  Lorsque,  tôt le matin,  avant  même  de proclamer le Royaume des cieux, la repentance, le retour à Dieu… Jésus soutenait dans la solitude le combat divin, et ceci malgré l’indifférence, l’incompréhension de ceux-là mêmes…  pour lesquels Il ne cessait de prier, d’intercéder…

   Tandis que je pensais sur ces choses, une voix ténébreuse me murmura avec une maléfique bienveillance… « Pourquoi te mettre dans un état pareil, te charger d’un tel fardeau… Quelle présomption ! … Penses-tu pouvoir changer la face du monde ? Dieu ne t’en demande pas autant… T’imagines-tu que quelques paroles, appelées « prières », puissent avoir une incidence sur qui ou sur quoi que ce soit ici-bas ? » …

   Ayant eu la force de chasser ces paroles, d’autres y succédèrent, mais d’une toute autre Source, plus intimes, plus pénétrantes… « Toi qui eut à cœur de descendre pour te rencontrer et prendre soin de toi-même… te souviens-tu de l’aide que tu reçus en te voyant toi-même d’en haut te réconforter, t’encourager ? » … Je réalisai que le bien que je reçus d’en-haut, au travers de moi en moi… mais, surtout, d’infiniment plus Haut que moi-même… d’autres encore, beaucoup d’autres aspiraient à le recevoir de Lui, même si, pour plusieurs, Celui-ci était encore un…  « Dieu inconnu » …

     Alors que je méditais ces choses, une étrange impression me vint… je me sentis, à la fois, chargé et apaisé… Puis la parole se fit encore entendre… « Ma Présence et Ma Force suffisent à te soutenir dans ce combat invisible… Car tu es destiné à porter les fardeaux de ceux… qui n’en ressentent pas le poids » … Je découvris alors une dimension nouvelle, redoutable, infinie… la présence dans l’invisible de ceux pour lesquels j’étais poussé à prier… Je réalisai que je portais, non seulement le poids de leur âme, mais celui de leur « état d’âme » … révélant leur être profond…

   Plongé alors dans mes réflexions, un silence s’établit… puis se déploya en  moi une dimension, une vision particulière… L’aspiration m’inspirant à prier et à veiller ouvrit en moi une porte intérieure, une porte ouverte dans l’invisible… Je ressentis le combat de l’Esprit de Dieu se dérouler en mon esprit… par des soupirs inexprimables… Je pris conscience de la Force d’en-haut… écartant tout obstacle, et œuvrant de façon cachée au sujet de la manière et du temps fixé… jusqu’à l’Intervention surnaturelle…

  Je réalisai la portée spirituelle d’être, parmi tant d’autres, un modeste levier dans ce combat de la prière… avec les répercussions au près et au loin sur les personnes, les lieux, les circonstances… non pas indistinctement, mais avec discernement envers ceux, et souvent même à leur insu… en qui le Dessein de Dieu est à l’œuvre… Je demeurai donc là, silencieux, conscient de ma grande faiblesse…

   Tout-à-coup… un léger bruissement… à quelque distance de ma fenêtre… une colombe se posa sur une branche… et nos regards se rencontrèrent…