M113 – LA VOIX DES ÉTRANGERS …

Format PDF

    « … En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger, mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers… » Jean 10:1-5.

   Selon l’origine de la parole entendue, deux attitudes opposées se manifestent dans les cœurs des croyants, soit ils la suivent, soit ils la fuient. Si c’est la Voix du Berger, c’est-à-dire, la Voix de l’Esprit de Vérité, ils la suivent, car elle correspond à la même nature de l’Esprit que Dieu a fait habiter en eux. Si c’est une voix humaine, ou diabolique, ils la fuient, car l’Esprit de la Vérité qui est en eux reconnaît la voix de « celui qui est menteur et le père du mensonge… » Jean 8:44. Cela paraît simple, cependant, cela l’est moins tenant compte de toutes les voix qui se font entendre au-dehors comme au-dedans de soi, car la « voix des étrangers » peut être aussi notre propre voix. Telle âme, par manque d’expériences, ne discernera pas la Voix de Dieu, tandis que telle autre, parce qu’elle ne se fie qu’à ses expériences, ne la discernera pas davantage. Ce n’est pas parce que nous avons su une fois discerner la Voix divine, que nous en avons désormais la capacité permanente, qui nous dispenserait de « veiller et de prier ». Cette pensée charnelle nourrirait notre propre assurance, qui voile notre entendement spirituel, au point de ne pas discerner qu’une voix étrangère a pris la place de celle de Dieu.

   La « voix des étrangers » est non seulement la voix du monde, la voix des tentations et des sollicitations de la part de non-croyants, qui parfois « nous veulent du bien », mais encore, et plus subtile, la voix de l’esprit « religieux », par la bouche des croyants, conducteurs ou autres, soit pour « faciliter » le chemin de la sainteté, soit pour dominer sur la vie spirituelle d’autrui. Séduction et domination, tentatives tout aussi dangereuses l’une que l’autre. La Voix de Dieu, qui, en aucun cas, n’exprimerait des paroles trompeusement tranquillisantes, n’est pas davantage un ensemble de doctrines ou de préceptes utilisés, par les uns comme tests à l’égard des autres, dans le but de déterminer qui est sauvé et qui ne l’est pas, ou qui sera enlevé et qui ne le sera pas. C’est ici le type même de la parole « étrangère » au Message de l’Évangile.

   Jésus dit : « Celui qui entre par la porte est le berger des brebis… ». Il est à remarquer que ce n’est pas le berger, mais le portier qui ouvre la porte de la bergerie ; et c’est seulement une fois ouverte, que les brebis entendent la Voix du berger qui les appelle, et les conduit dehors. Le portier, en ouvrant la porte de la bergerie, ouvre en même temps l’oreille, la porte du cœur des brebis. C’est précisément là l’Œuvre du Saint-Esprit. L’Écriture rapporte au sujet de Lydie, la marchande de pourpre, qui  écoutait la Parole, que « le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour qu’elle fût attentive à ce que disait Paul… » Actes 16:14. L’Esprit du Seigneur, tel le portier, vient et ouvre le cœur à l’accès de la Parole de Dieu, afin de « convaincre le monde en ce qui concerne le péché, la Justice et le Jugement… » Jean 16:8-11. Quand nous recevons la Parole par notre propre esprit, nous demeurons à l’extérieur d’elle, mais quand nous la recevons par l’Esprit de Dieu, nous la connaissons de l’intérieur, elle demeure en nous, qui puisons en elle la Pensée divine qu’elle exprime et la Vie dont elle est chargée.

   La « voix des étrangers » s’exprime non seulement par des « doctrines étrangères », mais encore par des paroles tirées de l’Écriture. Ce sont des vérités, mais rapportées par l’esprit d’erreur, dans le but de mieux séduire. Lors de la tentation dans le désert, le diable, ayant placé Jésus sur le haut du temple, lui dit : «  Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, afin qu’ils te gardent ; et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre… » Luc 4:9-11. Remarquons que le diable emploie aussi le « il est écrit », mais à sa façon. Cette sollicitude à l’égard de Jésus n’est pas la Sollicitude de Dieu, mais celle du diable, utilisant à ses fins le Psaume quatre-vingt-onze, qui concerne la protection messianique. En cette circonstance particulière, le diable ne dit pas un de ses mensonges coutumiers, il sait à Qui il parle. Alors, il cite les Écritures, mais hors du contexte, et, surtout, de l’Esprit du texte. En effet, le verset précédant ce passage est : « Aucun malheur ne t’arrivera, aucun fléau n’approchera de ta tente… » Ps 91:10. Certes, les anges gardent le juste, mais à la condition que celui-ci vive sagement « dans sa tente », c’est-à-dire, dans une situation « normale », et non pas sur le « faîte d’un temple », défiant non seulement le vide, mais Dieu même. De plus, il est aussi écrit à la fin du verset 11 (ce que le diable omet de citer à Jésus), que : « Les anges te garderont dans toutes tes voies… », c’est-à-dire, des voies justes, comme il sied à un juste. Or, dans la circonstance présente, il ne s’agit en aucun cas d’une voie que Jésus aurait Lui-même choisie, puisque c’est celle que l’adversaire a placée devant Lui, et par laquelle il cherche à Le tenter. Aussi, dans Sa parfaite Obéissance à Son Père, Jésus répondit à Satan : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu… » Luc 4:12. Une vérité de l’Écriture dans la bouche du diable devient un mensonge. Aussi, toute Parole de l’Écriture, exprimée par le diable et tordue par lui, demeura-t-elle « muette » à l’oreille du Fils de Dieu.

   Jésus dit aux juifs qui l’écoutaient : « Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu ; vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu… » Jean 8:47, puis : « Vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent… » Jean 10:26-27, et enfin, à Pilate devant qui Il comparaît : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix… » Jean 18:37. D’où il ressort que celui qui écoute la voix de la Vérité, l’écoute, non pas parce qu’il est « pour » Dieu, ou « pour » la Vérité, comment le pourrait-il avant de connaître Dieu et la Vérité, et, surtout, avant d’être né de nouveau ? Mais parce qu’il est « de » la Vérité. La Grâce de comprendre la Parole de Dieu résulte, non seulement d’une appartenance, mais d’une provenance spirituelle. En effet, l’âme perdue, mais élue, est attirée par la Vérité, parce qu’elle est « destinée par Dieu, non à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ… » I Thess 5:9. Nous sommes cette semence jetée par le Divin Semeur dans le champ de ce monde, puis lavée de la souillure du péché par le Sang rédempteur, afin d’être rendue semblable à Celui qui est la Vérité, Jésus ! Ainsi, la Voix du Seigneur, la Parole prêchée par l’Esprit, a un timbre particulier à l’oreille du racheté. Elle proclame la pureté de la Parole qui imprime le Caractère de l’Agneau dans nos vies. C’est une parole lumineuse, puissante et douce, à la fois, qui, non seulement frappe l’oreille, mais retentit au-dedans de soi, et que seule l’intelligence du cœur comprend. Ce n’est donc pas une question de compréhension, mais d’élection. Aussi, lorsque la voix de la Vérité nous appelle, nous découvrons en nous sa place qui l’attendait. A la croix, la Révélation de la Parole et l’Élection sont faites pour se rencontrer.

   Une telle écoute de la Voix du Seigneur requiert le brisement spirituel qui épure notre foi, et qui nous donne le discernement afin de « ne pas ajouter foi à tout esprit ; mais à éprouver les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu… » I Jean 4:1. La Parole de Dieu, qui répond à tout, suffit pleinement ; mais Dieu se révèle également au travers de circonstances que nous découvrons comme étant les moyens inattendus par lesquels le Saint-Esprit nous parle. Entre autres moyens dont Dieu se sert, il y a eu cette ânesse de Balaam, qui, voyant l’ange que lui-même ne voyait pas, ne voulut plus avancer, parce que l’ange barrait la route qui menait le prophète à la perdition : Nomb 22:22-35, ce prophète, dont l’Écriture dit : « qu’il aimait le salaire de l’iniquité, mais qui fut repris pour sa transgression ; une ânesse muette, faisant entendre une voix d’homme, arrêta la démence du prophète… » II Pier 2:15-16. En cette circonstance, une ânesse, et en plus muette, fut l’instrument de Dieu. Nous sommes sans cesse appelés à discerner les signes particuliers par lesquels Dieu nous parle, et, pareillement, à distinguer entre la voix de la Vérité et celle des étrangers, afin de ne pas confondre les « Voix » étranges de Dieu, comme d’ailleurs Ses « Voies », avec les « voix étrangères » à Dieu, et de savoir fuir ces dernières et suivre les premières… !