M99 – CE QU’ON ENTEND …

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      « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés ? selon qu’il est écrit : Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles ! Mais tous n’ont pas obéi à la bonne nouvelle. Aussi Ésaïe dit-il : Seigneur, qui a cru à notre prédication ? Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. Mais je dis : N’ont-ils pas entendu ? Au contraire ! Leur voix est allée par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde… » Romains 10:15-18.

     Le cri est la première manifestation de vie chez l’enfant qui vient de naître, il rassure le père et la mère de la viabilité du nouveau-né ; ce cri est un cri de vie. Désormais, la vie des parents ne sera plus en fonction d’eux-mêmes, mais en fonction de celui qui a « crié », et qui sera l’objet de leur responsabilité, de leur joie, de leur tristesse parfois et, surtout, de leurs prières. Et, bien que les rôles soient totalement inversés, ainsi en est-il en ce qui nous concerne. En effet, en tant que fils appelés au Salut, le jour où nous avons entendu la Voix du Père céleste par Sa Parole, la foi et la Vie éternelle se sont rencontrées dans notre cœur, non parce que nous aurions tout compris de Dieu, mais parce qu’Il nous a donné un cœur qui sait L’écouter. La Parole de Dieu, cri du Saint-Esprit, a marqué le point de départ en nous d’une Vie nouvelle, nous vivons dès lors en fonction de « Celui qui nous a parlé du haut des cieux … » Héb 12 :25.

    Parmi tous les organes de la perception, Dieu a choisi l’oreille pour se révéler intérieurement à l’homme. Marie, sœur de Marthe, assise aux pieds du Seigneur, « écoutait » Sa Parole : Luc 10:39 ; à Lystre, l’homme boiteux de naissance « écoutait » parler Paul : Act 14:9 ; à Philippes, Lydie, marchande de pourpre, « écoutait » aussi, et « le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour qu’elle fût attentive à ce que disait Paul… » Act 16:14. Le Seigneur, par Sa Parole, frappe l’oreille et le cœur, et rend attentive toute bonne disposition qu’il rencontre ou inspire par Son Esprit. Car l’écoute est l’attitude première pour entendre le Seigneur, et, par voie de conséquence, pour être entendu de Lui. Dans certaines circonstances particulières, l’Écriture montre que même des objets inanimés peuvent avoir la « faculté » d’entendre. Josué dit, en effet, le jour où il fit alliance avec le peuple d’Israël : « Voici, cette pierre servira de témoin contre nous, car elle a entendu toutes les paroles que l’Éternel nous a dites ; elle servira de témoin contre vous, afin que vous ne soyez pas infidèles à votre Dieu… » Jos 24:27. Oh ! Puissions-nous être aussi tendres que cette pierre !

    La communication de Dieu et de Sa Parole, plus exactement, de Dieu par Sa Parole est donc du domaine de l’écoute. Car, dans le domaine spirituel, le fait d’« entendre » précède toujours celui de « comprendre », parce que notre compréhension spirituelle dépend de notre écoute spirituelle. Si nous écoutons bien, nous comprendrons bien ; si nous écoutons mal, nous comprendrons mal. De là s’éclaire le soin particulier que met Jésus, lorsqu’il dit à ceux auxquels il prêche : « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ; car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il croit avoir… » Luc 8:18, ainsi que l’exhortation faite à chacune des sept églises d’Asie : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises… » Apo 2:7.

    Dans la parabole du Semeur, l’Évangile nous révèle plusieurs des fruits que rapporte le quatrième terrain, qui est la « bonne terre », par rapport aux trois terrains précédents, qui sont « mauvais » ; ainsi, Jésus dit : « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente… » Matt 13:23. De tous les terrains qui ont reçu la semence, celui-ci est le seul qui, après avoir entendu la Parole, l’a véritablement reçue et donc comprise. Cette âme comprend, non parce qu’elle est plus intelligente que les autres, mais parce qu’elle sait écouter. Dans une autre circonstance, Jésus dit pareillement à la foule : « Écoutez-moi tous, et comprenez… » Marc 7:14. Jésus ne dit pas : Faites donc un effort, réfléchissez bien à ce que je vais vous dire ; mais, tout simplement : « Écoutez… », c’est-à-dire, taisez-vous, faites silence intérieurement, laissez vos raisonnements qui obscurcissent mes Desseins, et alors, seulement, vous comprendrez, non par vous-mêmes, mais par l’Esprit de Vérité, par l’Esprit de Révélation. Telle personne ne comprend pas pour cette raison même qu’elle « cherche » à comprendre, car le fait même de vouloir chercher à comprendre révèle un acte de propre volonté, qui s’oppose à la Pensée de l’Esprit, et qui est le contraire de l’attitude attentive et ouverte, qui est celle de l’âme qui sait écouter.

    Ainsi, avoir besoin d’entendre avant de vouloir comprendre, est la seule disposition spirituelle dans laquelle la Parole est reçue. Car la Parole de Dieu fait appel à l’écoute, tandis que les paroles des hommes font appel au raisonnement. La Parole de Dieu est une Voix qui frappe le cœur et réveille l’intelligence de « l’homme intérieur », tandis que l’homme, par ses propres discours, suscite dans l’esprit du croyant des questions, dont les réponses ou les explications ne peuvent être habitées que par la même obscurité. Vouloir comprendre par soi-même, c’est donc « imposer » à Dieu et à Sa Parole sa propre compréhension, ou son interprétation, qui n’est reçue que par « l’homme extérieur », mais reste étrangère à « l’homme intérieur ». C’est en cela vouloir ramener une révélation divine à une explication humaine, ce qui est contraire à la nature de l’Esprit qui l’inspire.

     L’esprit de celui qui écoute est donc tout à fait différent de l’esprit de celui qui s’efforce à comprendre. Celui qui « veut » comprendre dressera une liste de questions au Seigneur, alors que celui qui écoute, si nécessaire, se remettra lui-même en question. Celui qui « veut » comprendre n’accepte que ce qui est compris à l’intérieur des limites de son intelligence, il est son propre « interprète » de la Parole, alors que celui qui sait écouter s’attend à ce qui est nouveau de la part de l’Esprit-Saint. Car des lumières, même sur ce qui est déjà connu, sont toujours renouvelées dans une âme attentive. Enfin, l’âme qui use de toute son énergie à comprendre répète, par là même, le geste de celle qui tendit la main vers le fruit de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » Gen 2:16-17, et la tension qui accompagne le désir naturel de connaître contraste avec l’attention paisible de celui qui sait attendre et entendre la Voix de Dieu, la Voix de l’Esprit, qui vient jusqu’à lui.

    « La foi vient de ce qu’on entend… », la foi est donc la réponse à la prédication de Christ. Il est des cris, dont on entend l’écho, et il est d’autres cris, dont on ne l’entend pas. Quand il n’y a pas d’écho, soit la voix n’est pas suffisamment forte, soit il ne se trouve ni hauteur ni profondeur suffisantes en soi pour qu’elle se répercute. Or, la foi répond à la Parole entendue, la foi est donc l’« écho » de la Parole de Dieu. S’il n’y a pas de foi, celui qui écoute serait-il donc comme cet homme obsédé par l’héritage à partager avec son frère, et disant à Jésus « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage… » Luc 12:13 ? Écouterait-il aussi imparfaitement que cet homme,  qui avait apparemment  interrompu  Jésus  dans Son discours ? Ainsi, dans le domaine spirituel, avant de retirer toutes les richesses, les révélations, les lumières et les mystères de la Parole, celle-ci doit « retentir » au-dedans de nous, car ce n’est pas à nous de « raisonner » sur elle, mais à elle de « résonner » en nous.

     Non seulement par les oreilles, mais aussi par les yeux, nous « entendons » la Parole : lire la Parole, c’est l’entendre aussi ; la méditer, la sonder, c’est l’entendre intérieurement. Mais vient-elle à ne plus être entendue ? C’est le signal que l’on s’efforce de la comprendre par soi-même, la Parole frappe alors ce qui ne donne pas d’écho, la foi ne lui répond pas, parce que c’est une autre intelligence que celle de « l’homme intérieur » qui la reçoit. C’est le propre de l’intelligence humaine que de rendre muette la Parole de Vie en la réduisant à des points de doctrines ou des sujets de discussions, car c’est seulement entendu intérieurement, que nous recevons, vivante, vivifiante la Parole prophétique. La lecture de la Parole de Dieu est à l’égal d’un Culte rendu à Dieu, aussi que « toute chair fasse silence devant l’Éternel… » Zac 2 :13, afin que ne soit entendue que la Voix de Celui qui est adoré. La faculté de savoir écouter, c’est là l’intelligence du disciple.