M98 – COMME TOI-MÊME …

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     « Les pharisiens, ayant appris qu’il avait réduit au silence les sadducéens, se rassemblèrent, et l’un d’eux, docteur de la loi, lui fit cette question, pour l’éprouver : Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes… » Matt 22:34-40.

     « Tu aimeras ton prochain comme toi-même… ». C’est là un commandement du Seigneur aussi simple que grand ; mais c’est, précisément, le fait d’aimer son prochain « comme soi-même », qui fait naître en nous une interrogation. N’avons-nous pas, en effet, par nature, trop tendance à nous aimer nous-mêmes ? Dans la liste des défauts énumérés par l’apôtre Paul à Timothée, nous découvrons que le premier nommé d’entre eux est que « les hommes seront égoïstes… » II Tim 3:2. L’égoïsme, le mot originel traduit littéralement signifie, « amour de soi », précisément. Toutefois, le Seigneur n’a pas dit : « Aime-toi toi-même », puis, de cet amour « tu aimeras ton prochain… », car l’on ne peut aimer véritablement son prochain de cet amour humain aussi fragile, changeant, si ce n’est de l’Amour régénéré, inspiré par Celui qui, par Son Amour, sauve et transforme l’âme qui s’est confiée en Lui. De même, il est à relever que Jésus n’a pas dit d’aimer son prochain « plus » que soi-même, mais déjà « comme » soi-même, mais sommes-nous sûrs d’aimer notre prochain, au moins « autant » que nous-mêmes ?

    L’Écriture nous aide à approfondir le sens de ce « soi-même ». Moïse dit au peuple d’Israël : « Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu… » Lév 19:34. L’Éternel ordonne à l’Israélite d’aimer l’étranger qui vit près de lui, en se souvenant qu’il le fut aussi en terre étrangère. Et, au cas où son amour viendrait à manquer à son égard, il est exhorté à puiser la force d’aimer dans le fait que lui-même, dans les temps passés, a connu cette même condition en Égypte. Le besoin de cette exhortation montre la faiblesse du cœur de l’homme à aimer, puisqu’il lui faut un souvenir, un rappel extérieur à lui plutôt qu’intérieur, pour exprimer durablement son amour. Les hébreux avaient, en effet, souffert de la part des égyptiens, c’était donc maintenant pour eux l’occasion de ne pas agir de même envers eux.   

     Dieu et notre prochain sont, tous deux, objets de notre amour, mais hors de toute comparaison ; cependant, il y a un rapport intérieur d’affection, une similitude spirituelle entre aimer Dieu, aimer son prochain et « s’aimer soi-même ». Certes, nous-mêmes et notre prochain, sommes de la même nature, c’est un rapport de créature à créature, mais avec Dieu, c’est un rapport de créature au Créateur, de sauvé au Sauveur. Toutefois, dans ce cas comme dans l’autre, c’est la communication spirituelle d’un Amour divin dont il s’agit, et c’est ce que Jean expose en disant : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? Et nous avons de lui ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère… » I Jean 4:20-21. Nous sommes donc appelés à faire ressentir notre amour à notre prochain de la même manière que nous ressentons l’Amour du Seigneur envers nous. Dans le sentiment de l’amour, le visible et l’invisible sont égaux.

    Afin de comprendre en quoi consiste ce « soi-même » en rapport avec son prochain et avec Dieu, une compréhension nous est donnée dans l’amour qui unit l’homme et la femme, union que Paul considère comme étant la plus représentative de l’Amour et l’Union de Christ avec son Épouse, c’est-à-dire, l’Église qui est son Corps. « Maris, écrit l’apôtre, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré pour elle… », et encore : « C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car  jamais  personne  n’a haï  sa  propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l’Église… » Eph 5:25, 28-29. Ainsi, le mari qui aime sa femme s’aime lui-même ; autrement dit, seul un mari qui « s’aime lui-même » sera fidèle et plein de douceur envers sa femme, il respectera le corps de son épouse, parce qu’il respecte d’abord son propre corps, car il aime garder intact ce qu’il sait que son épouse aime en lui.

    Ainsi, pour ce qui est du corps et de tout ce que cela implique à l’égard du conjoint, il en est de même pour ce qui est de « soi-même », de notre âme, de notre vie à l’égard du Seigneur. Dieu ne peut être aimé de la part de notre « moi » ; ce « moi » qui ne pense et qui n’aime que lui, rien n’est plus éloigné du Seigneur que le « moi ». Mais Dieu est aimé véritablement dans la mesure où nous mettons tout l’amour dont nous l’aimons à nous préserver du mal pour lui, c’est-à-dire, à garder pur, au-dedans de nous, ce à quoi nous savons que Dieu prend plaisir. C’est, enfin, préserver notre âme de tout mal, telle qu’elle en a été délivrée par le Sang de Jésus. L’Écriture ne dit-elle pas que « quiconque est né de Dieu ne pèche point ; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas… » I Jean 5:18. Aimer notre âme, selon l’Esprit de Dieu, c’est avoir réalisé le prix qu’elle a coûté à Jésus, et qui fut le Prix inestimable de Sa Vie unique livrée pour nous, Lui juste, pour nous injustes.

     Jésus dit : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple… » Luc 14:26. Paul, quant à lui, écrit : « Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu… » I Cor 6:20. D’un côté, « haïr sa propre vie » ; de l’autre, « notre vie a été rachetée à un grand prix », en cela, nulle contradiction avec le fait d’aimer son prochain comme soi-même. Ce qui était haïssable est devenu précieux, parce que transformé. L’apôtre écrit, en effet : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes… ? » I Cor 6:19, et encore : « De même, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu… » Rom 7:4. Ainsi, en ne nous appartenant plus à nous-mêmes, nous ne dépendons plus de nous-mêmes, mais de cet Autre qui est le Seigneur Jésus. Car non seulement nous sommes autres en Christ, mais ce n’est qu’en étant « autres » que, spirituellement, nous sommes.

      Ces paroles expriment donc la véritable nature spirituelle de cet amour « envers soi-même », mais en Dieu. Amour qui consiste à mettre toute sa joie à discerner ce que le Seigneur a fait et a mis en nous, c’est-à-dire, aimer ce que Dieu aime au-dedans de nous, et qui vient de Lui, éclairant les paroles de Jacques, qui écrit : « c’est avec jalousie que Dieu chérit l’Esprit qu’il a fait habiter en nous… » Jac 4:5. Et c’est dans ce sens que le sage dit : « L’homme de bien se rassasie de ce qui est en lui… » Prov 14:14, annonçant les Paroles de Jésus, lorsqu’Il dit : « L’homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l’homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor… Matt 12:35, « Car, avait-Il dit juste auparavant, que ce soit d’ailleurs pour le bien comme pour le mal, que c’est « de l’abondance du cœur que la bouche parle… » Matt 12:34

    C’est là la seule attitude intérieure dans laquelle nous pouvons glorifier Dieu, sans nous glorifier nous-mêmes, et où la reconnaissance d’être devenus « une nouvelle créature » a remplacé l’orgueil de « penser être quelque chose », alors que, sans la Grâce, nous ne sommes rien. Car c’est seulement en étant « autres », c’est-à-dire, spirituellement changés, qu’il nous est possible d’aimer notre frère dans la foi, puisque, lui aussi, appartenant à cet « Autre », Christ, en qui, nous nous étant retrouvés, nous nous découvrons « un ». C’est ici cet accomplissement en nous dont parle l’Écriture : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes, au Seigneur… » Rom 14:7-8.