M97 – PAS ENCORE MAINTENANT …

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    « Or quelqu’un a rendu quelque part ce témoignage : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l’homme, pour que tu prennes soin de lui ? Tu l’as abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, tu l’as couronné de gloire et d’honneur, tu as mis toutes choses sous ses pieds. En effet, en lui soumettant toutes choses, Dieu n’a rien laissé qui ne lui fût soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises. Mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a soufferte, afin que, par la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous… » Héb 2:6-9.

    Au commencement, Dieu dit : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et assujettissez-la ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre… » Gen 1:28.  Depuis lors, l’homme le fit jusqu’à aujourd’hui, mais plus encore en détruisant ces êtres vivants qu’en les domptant, sauf, toutefois, certains de ceux-ci, parmi les plus petits et invisibles à l’œil, qui nuisent tant au corps de l’homme qu’à ses cultures, comme si c’était là un juste retour des choses ! Cependant, dans un tout autre domaine, nous ne voyons « pas encore maintenant » que toutes les forces du mal, du péché et des passions soient soumises, car ce monde n’est pas encore soumis à son Créateur. Quant à nous, rachetés, c’est seulement en étant soumis au Seigneur Jésus que nous soumettrons toutes choses. Et le fait, parfois, de ne pas pouvoir soumettre ce qui nuit à notre âme vient de ce que nous ne sommes pas nous-mêmes pleinement soumis à Christ, jusqu’à ce qu’Il nous fasse la Grâce d’être brisés, pour nous en faire comprendre la nécessité. Car c’est seulement au travers de notre faiblesse, et non de notre propre force, que la Puissance de Dieu nous rend capables de vaincre le malin, et ce n’est pas en « dominant » Satan qu’on le vaincra, mais, au contraire, est-il écrit : « Soumettez-vous donc à Dieu, résistez au diable, et il fuira loin de vous… » Jac 4:7.

    « Pas encore maintenant… », quelle attente, quel soupir, quelle prière ardente exprimés par ce peu de mots ! Nous soupirons, en effet, après des Interventions divines en maints domaines de la vie, tant sont grands les besoins de salut, de délivrance, de lumière et de paix. De même, nous ne voyons pas toujours les répercussions de nos prières sur le cours des événements en ce monde, et, parfois, même dans l’Église, telles que nous voudrions les voir. Deux disciples, allant à Emmaüs et parlant à Jésus, ressuscité, qui faisait route avec eux sans Le reconnaître encore, lui dirent ; « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées… » Luc 24:21. Plus tard, lorsque Jésus rompra le pain « leurs yeux s’ouvriront, et ils Le reconnaîtront, mais Il disparaîtra de devant eux… » Luc 24:31. « Nous espérions… » avait dit Cléopas. Quand l’on passe du « nous espérons » au « nous espérions », c’est que l’espoir est bien prêt de disparaître. C’est avec le temps que nous comprenons, que nous nous faisons souvent une idée personnelle de l’Œuvre de Dieu, et que la forme par laquelle, à nos yeux, elle devrait se faire connaître, est elle-même le voile qui nous en cache la réalité, la manifestation. Cependant, l’âme dont les yeux sont ouverts fera toujours preuve de patience et de discernement, car elle sait que, devant le Seigneur, « un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme jour… » II Pier 3:8. L’âme qui sait attendre dans la foi possède cette foi qui transforme les « pourquoi » et les « comment » en « merci ».

     Jésus n’a jamais cessé d’enseigner le Royaume des cieux à Ses disciples, et cela même pendant les quarante jours après être ressuscité ; mais cela n’empêcha pas les disciples, dont les aspirations n’étaient pas encore entièrement épurées, de demander à Jésus : « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ? Ce à quoi Jésus répondit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité… » Act 1:6-7. Les disciples étaient non seulement habités par des choses terrestres, mais encore par des pensées terrestres au sujet des choses célestes elles-mêmes. Prenons garde à nous-mêmes, car l’impatience révèle toujours un manque de communion intérieure avec le Seigneur, et de là, inconsciemment, à s’exprimer comme « les moqueurs qui viendront dans les derniers  jours… » disant, en effet : « Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création… » II Pier 3:4. Que de fois n’avons-nous pas pensé, exprimé même notre déception à l’égard de certaines choses attendues, désirées, qui ne se sont pas accomplies, car étant, tout simplement trop empressés ou obstinés pour pouvoir discerner la Volonté de Dieu. Cette Volonté qui nous aide, selon les cas, soit à attendre l’exaucement au temps fixé, soit à accepter le mystère, que cela nous soit révélé ou non ici-bas.

     Y a-t-il une espérance plus grande que celle de voir, un jour, Jésus face à face ? Cette attente en nous est la force qui nous fortifie et nous purifie chaque jour. Mais dans notre pèlerinage terrestre, nous espérons souvent d’une mauvaise manière. En effet, arrive-t-il que certaines choses demandées ne se réalisent pas, comme aussi le fait de penser qu’ailleurs est toujours mieux que là où nous sommes, ou que demain, pensons-nous, sera meilleur qu’aujourd’hui, le résultat est que notre vie est vécue comme un fardeau, ou dans la crainte. Car regretter le temps passé que l’on ne peut plus changer, et compter sur l’avenir qui ne nous appartient pas, revient à ne plus vivre le temps présent. C’est l’adversaire de nos âmes qui renvoie toujours à demain l’ « Aujourd’hui » de Dieu, avec toutes les bénédictions, les promesses et les exigences que ce « jour » tient en réserve pour nous.

    L’âme qui vit toujours « demain » ne peut que vivre tristement aujourd’hui. Mais, au fait, pourquoi toujours demain ? Et si c’était, au contraire, ce temps présent que nous vivons, quel qu’il puisse être, qui est le meilleur ? Car l’avenir, par rapport à aujourd’hui, c’est demain ; mais, par rapport à hier, l’avenir, c’est aujourd’hui. Nous vivons donc aujourd’hui l’ « avenir » du passé. Et cet avenir, c’est-à-dire, aujourd’hui, après lequel nous avions donc tant soupiré est-il tel que nous le souhaitions, meilleur ou pire ? La seule réponse d’En-Haut, que puisse recevoir notre cœur est cette attitude de foi, qui est de nous en remettre à Celui, dont la connaissance est parfaite, et qui, dans tout ce qui peut surgir dans nos vies, nous donne les forces et les lumières selon l’intensité des épreuves du chemin qui nous reste à parcourir les regards fixés sur Lui.

     « … Notre Père qui est aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… » Matt 6:9-10. Notre attente ardente, son sens comme son but s’expriment tout entier dans cette prière que Jésus nous a enseignée. Cette prière nous fortifie dans notre combat pour saisir la Vie éternelle, Vie que Jésus nous a acquise par son sacrifice. Car, dit l’Écriture : « Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’Il ait mis tous les ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort… » I Cor 15:25-26 ; et ceci nous rend d’autant plus persévérants que, tant que subsiste la mort, le rétablissement de toutes choses n’est pas possible, si ce n’est lors de la victoire finale lors de la venue du Ressuscité. Ceci explique le pourquoi de bien des choses, que nous ne voyons « pas encore maintenant » ici-bas.

     Jésus « par la mort, a anéanti celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire, le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude… » Héb 2:14-15. Ainsi, lorsque la « Mort de la mort » aura lieu, seule la Vie demeurera à jamais. Et c’est alors dès ce « point » dans l’Éternité, que nous vivrons sous le Règne de Jésus « couronné de gloire et d’honneur », et que nous verrons enfin ce que nous ne pouvions encore voir ici-bas, étant encore dans notre chair, mais vivant par la foi.