M95 – PEU À PEU …

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     « J’enverrai ma terreur devant toi, je mettrai en déroute tous les peuples chez lesquels tu arriveras, et je ferai tourner le dos devant toi à tous tes ennemis. J’enverrai les frelons devant toi, et ils chasseront loin de ta face les Héviens, les Cananéens et les Héthiens. Je ne les chasserai pas en une seule année loin de ta face, de peur que le pays ne devienne un désert et que les bêtes des champs ne se multiplient contre toi. Je les chasserai peu à peu loin de ta face, jusqu’à ce que tu augmentes en nombre et que tu puisses prendre possession du pays… » Exode 23:27-30.

     Par ces paroles, nous apprenons de quelle manière Dieu conduisit son peuple durant la prise de possession du pays de Canaan, et dans la suite. L’Éternel, dit l’Écriture, « … traite à l’égal soit une nation, soit un homme… » Job 34:29. En effet, plus le racheté marche avec Dieu, plus il acquiert de l’expérience et de la sagesse, choses qu’il aurait bien voulu posséder au début de sa vie ! Aussi Dieu nous exhorte-t-il par les événements qui sont arrivés au peuple Hébreu « pour nous servir d’exemples, et qui ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des siècles… » I Cor 10:11. Ce n’est donc pas en « une seule année », mais peu à peu que l’Éternel a chassé les peuples de Canaan devant Israël, « jusqu’à ce que son peuple, augmentant en nombre, pût prendre alors possession du pays promis… ». Ainsi en est-il de chacun de nous, ce n’est que « peu à peu » que nous nous affermissons, en laissant le temps à nos racines spirituelles de pénétrer la Parole, et nous serons d’autant plus assurés de remporter des victoires intérieures.

    Combien d’âmes sincères désirent recevoir, mais sans attendre. Et, n’ayant pas reçu les choses qu’elles demandaient, non seulement elles ne les ont pas, mais elles ont perdu le désir, et même le discernement de prier pour celles qui leur étaient préparées de la part du Seigneur. Pourquoi cela ? Parce qu’elles veulent ignorer la vertu formatrice du temps, elles désirent aujourd’hui ce que Dieu leur a réservé pour demain. Il y a, il est vrai, des temps forts dans la vie spirituelle, des moments particulièrement bénis, comme aussi de grandes épreuves qui font mûrir de façon précoce. Cependant, même au moyen de la plus grande foi, l’on ne peut acquérir l’expérience d’une vie spirituelle de trente ans… en quelques jours. Il y a tant de choses pour nous à recevoir de la part du Seigneur, avant celles que nous avons demandées.

     Le travail intérieur de ce « peu à peu », c’est-à-dire, de ce « pas à pas » dans nos vies ne signifie pas une progression lente, ni une stagnation ou une régression spirituelle, ce serait là une fausse compréhension au sujet de l’œuvre de l’Esprit. Certes, la marche d’un croyant ne ressemble pas à celle d’un autre ; chacun d’entre nous a un rythme qui lui est propre, et le Seigneur agit selon nos besoins, et notre nature spirituelle. Combien d’âmes, en effet, se sont arrêtées sur le chemin, soit parce qu’elles ont été baptisées trop tôt, soit parce qu’on leur a donné prématurément une responsabilité trop lourde, soit parce qu’elles ont été poussées à rendre leur témoignage avant d’être entièrement affranchies, soit, enfin, pour avoir été incitées à prier pour des choses puissantes en face desquelles leur « moi » encore charnel s’en est glorifié ! Nos erreurs nous convainquent de la Sagesse de la Patience de Dieu œuvrant dans nos vies.

     La précipitation, comme la patience, est le défaut de tout homme, même du plus calme et du plus tranquille, car il ne peut l’être qu’apparemment. S’il est écrit, en effet, que Moïse était « … un homme fort patient, plus qu’aucun homme sur la face de la terre… » Nomb 12:3, c’est qu’il l’est devenu après avoir passé quarante années à faire paître les troupeaux de son beau-père dans le désert. C’est pour notre bien que le Seigneur agit « peu à peu » dans notre vie, afin de nous affermir dans le discernement et de nous donner d’avoir les yeux ouverts sur les ruses de Satan. Il est une parole de Paul à Timothée qui est la « règle d’or » pour tout racheté, quel qu’il soit, jeune ou ancien dans la foi, témoin ou serviteur de Dieu qui aspire à un service dans le Seigneur. L’apôtre écrit, en effet : « Il ne faut pas qu’il soit un nouveau converti, de peur qu’enflé d’orgueil il ne tombe sous le jugement du diable. Il faut aussi qu’il reçoive un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans l’opprobre et les pièges du diable… », et encore : « Qu’on les éprouve d’abord, et qu’ils exercent ensuite leur ministère, s’ils sont sans reproche… » I Tim 3:6-7, 10.

    Qu’elle est donc la nature d’un tel comportement susceptible de tomber sous le « jugement du diable » ? Toute aspiration à servir le Seigneur est le propre de l’âme fidèle, mais il est tel désir qui est plus une envie qu’une aspiration. Et, sachant que l’impatience et l’envie sont toujours liées, non seulement l’impatient tient à passer « par-dessus » le temps et même sur ses semblables, mais, surtout, par-dessus toute autorité qui l’empêcherait d’obtenir ce qu’il désire ou de parvenir à son propre but. Or, c’est précisément cela que fit celui qui devint Satan, « Lucifer », le « chérubin protecteur… », celui qui « prit sa volonté pour la volonté de Dieu… », et qui « fut donc précipité de la montagne de Dieu… » Ézé 28:14, 17. Et c’est pour nous éviter de partager cette même tentation, et, surtout, le même jugement qu’a connu Satan, que Dieu veut assurer chaque pas de Ses enfants. La Patience de Dieu envers nous, et de laquelle nous sommes à l’école, est, à cet égard, notre salut. Nous découvrirons alors, que ce qui semblait, à nos yeux, retenir nos pas ou retarder notre marche, ne servait, en fait, qu’à multiplier nos progrès.

     La patience ne s’apprend pas sans le brisement. Peu avant de retourner auprès de Son Père, Jésus dit, en effet, à Pierre : « En vérité, en vérité, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas… » Jean 21:18. Et, quand viendra ce moment, Pierre aura alors assez souffert, pour savoir souffrir ; il aura suffisamment connu la mort à soi-même pour être prêt à mourir à sa propre vie en vue de la Vie véritable. Les « bêtes des champs » ne reviendront plus occuper ses points faibles spirituels, et l’inclination au reniement aura cédé la place à la fidélité dans les grandes, mais aussi dans les petites choses.

     Plus nous progressons dans le Seigneur, et plus l’adversité est grande et les adversaires, surtout invisibles, nombreux. C’est aussi pour cette raison que Dieu ne conduisit pas le peuple hébreu d’Égypte en Canaan « … par le chemin du pays des Philistins, quoique le plus proche, car, Dieu dit : Le peuple pourrait se repentir (regretter) en voyant la guerre, et retourner en Égypte… », aussi Dieu fit-Il faire au peuple « … un détour par le chemin du désert, vers la mer Rouge… » Exo 13:17-18. Parmi toutes les raisons qui font que l’on n’obtienne pas tel exaucement ou telle bénédiction, ou que l’on ne reçoive ou n’opère pas tel don spirituel, il en est une profonde qui nous  apprend  que  c’est  pour  le bien  de  notre  âme  que  le Seigneur… nous résiste ! Car Il veut que nous réalisions, non seulement les bienfaits demandés, mais encore les conditions dans lesquelles ces choses devront être vécues ! Dieu veille à ce que notre être spirituel soit équilibré, que « notre tête soit à la verticale du corps », et qu’il n’y ait pas en nous un décalage entre notre connaissance de Dieu et Son Amour, et entre la recherche de Sa Puissance et l’humilité.

     L’Écriture dit : « La sagesse est en face de l’homme intelligent, mais les yeux de l’insensé sont à l’extrémité de la terre… » Prov 17:24. Ne confondons pas aspiration et présomption. Tel, en effet, veut construire au loin, alors qu’à ses pieds tout s’écroule ; tel autre demande à Dieu la force pour être martyr, le moment venu, alors qu’il n’a pas, à l’instant même, la volonté de détourner ses regards de ce qui souille son cœur ; tel autre veut soumettre au Nom du Seigneur, le diable et les démons, alors qu’il ne supporte pas les plus petites contrariétés de la vie dont le but, précisément, est de lui apprendre à être lui-même soumis à Dieu… ! Devant telle inconstance humaine, l’on comprend la réponse que fit Pierre à Jésus. Jésus,  en effet,  s’adressant à lui,  parmi tous les disciples,  lui dit : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime… » Jean 21:17. « Tu sais toutes choses… », le moment était arrivé enfin où Pierre commençait alors à se connaître lui-même… comme Jésus le connaissait.