M93 – CELLES QUI NE SONT POINT …

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       « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés, il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles  qui  sont,  afin  que  nulle  chair  ne  se  glorifie  devant Dieu… » I Cor 1:26-29.

    Comment peut-on « ne pas être », pour « être » véritablement ? Pour la logique humaine ; soit une chose est, soit elle n’est pas ; soit ayant été, et elle n’est plus. Il n’y a que dans le domaine spirituel qu’une chose peut être et ne pas être, tout en étant réelle aux yeux de Dieu, car, dit l’Écriture, Dieu est Celui « qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient… » Rom 4:17. Et  encore,  en  ce  qui  concerne  les  rachetés : « Vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde… » I Pier 2:10. Être en un certain domaine peut signifier ne pas être en un autre, et, inversement, ne pas être en tel domaine peut signifier être en tel autre. En effet, c’est lorsque nous sommes quelque chose aux yeux de Dieu que nous ne sommes « rien » aux yeux du monde ; et c’est quand nous nous croyons quelque chose en ce monde, que nous ne sommes rien devant Dieu, si ce n’est les sujets de Son immense Miséricorde.

    L’Écriture dit : « Si quelqu’un pense être quelque chose, quoiqu’il ne soit rien, il s’abuse lui-même… » Gal 6:3. Il n’est pas bon de se surestimer ; non plus que de se sous-estimer ; ni l’un ni l’autre n’est juste et spirituel, car ce sont les deux « extrémités » de notre « moi ». Et celui qui se croit quelque chose, dit l’Écriture, fait partie de « ceux qui se recommandent eux-mêmes… », et qui « en se mesurant à leur propre mesure et en se comparant à eux-mêmes, manquent d’intelligence… » II Cor 10:12. Car devant le Seigneur qui nous a placés, par la Rédemption, à notre juste place, le fait de se croire supérieur revient à avoir oublié notre ancienne condition de pécheur, d’où Il nous a relevés par Sa Grâce.

    Que ce soit donc par un sentiment d’infériorité ou de supériorité, c’est toujours l’esprit de mensonge qui veut masquer notre identité spirituelle de racheté. Et, de même qu’il y a distinction entre notre être charnel et notre être spirituel, ainsi en est-il entre notre propre connaissance et la connaissance spirituelle. L’Écriture dit, en effet : « Si quelqu’un croit savoir quelque chose, il n’a pas encore connu comme il faut connaître… » I Cor 8:2, et ceci est vrai dans tous les domaines. Ainsi, à la lumière de ces paroles, le fait de « se croire » grand en quoi que ce soit, révèle, et ceci sans s’en apercevoir, que « l’on ne se connaît pas encore comme il faut se connaître… ». Car nous ne pouvons concevoir quelque chose que dans les limites de notre nature humaine. Et ce que nous imaginons ne saurait aller au-delà de nous-mêmes, notre imagination étant elle aussi de la même nature que nous, c’est-à-dire, aussi folle que nous sommes faibles. Aussi, en ce qui concerne les choses de Dieu, comme celles de cette vie, est donc souvent ce que l’on croit savoir, qui fait que l’on n’en apprend plus rien, parce que mettant des conclusions à tout. Conclusions qui deviennent des obstructions, c’est-à-dire, des portes fermées, alors que la compréhension spirituelle des choses divines conduit évidemment à des portes ouvertes sur d’autres lumières, sur d’autres vérités.

    Ce que l’on « pense » être, comme ce que l’on « croit » savoir, est une manière de vouloir être maître de sa vie. C’est vouloir échapper à la Volonté de Dieu, à Ses Desseins, à Ses Mystères, à l’obéissance qu’on lui doit, aux épreuves nécessaires même pour être façonné à Son Image, alors que le sage dit : « Le cœur de l’homme médite sa voie, mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas… » Prov 16:9. Dieu seul connaît le terme de notre vie, Il corrige nos pas pour nous maintenir dans la bonne direction ; et l’ignorance du chemin à venir est une grâce plutôt qu’une lacune, car elle nous incite à veiller et à prier, à une recherche de la Lumière et de la Vie, ce dont la connaissance des choses futures nous priverait.

     Jésus, s’adressant à ses disciples, dit : « Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : Approche vite, et mets-toi à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi à souper, ceins-toi, et me sers, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi, tu mangeras et boiras ? Doit-il de la reconnaissance à ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui était ordonné ? Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire… » Luc 17:7-10. Le Seigneur ici ne dit pas que l’ouvrage que font ceux qui travaillent pour Lui est inutile, ni non plus que ses serviteurs eux-mêmes sont inutiles. En effet, Jésus ne leur dit pas de Lui-même : « Vous êtes des serviteurs inutiles… », mais Il les invite à le dire eux-mêmes, en disant : « Dites, nous sommes des serviteurs inutiles… ». Il ne s’agit pas ici d’une constatation décourageante de la part de Jésus, mais de l’humble constat d’âmes reconnaissant qu’elles ne peuvent recevoir ou faire une chose, petite ou grande, que par la seule Grâce de Dieu. C’est par cette disposition spirituelle que sont reconnus « ceux qui ne sont point… ». C’est en « n’étant point » à nos propres yeux, que nous sommes quelque chose aux yeux de Dieu, car, dans Son Œuvre à l’intérieur de nous, il n’est rien qui, en nous-mêmes, puisse alors L’en empêcher.

     Le fait même de tirer satisfaction de sa foi, de ses dons, de son humilité, de son obéissance même à Dieu revient à « chercher sa propre gloire ». Ce n’est pas, en cela, appartenir à Dieu, mais plutôt « s’approprier » Dieu, comme s’Il devait nous remercier de lui donner l’occasion de se manifester en ce monde au travers de nous. L’esprit dans lequel cela est pensé et vécu est totalement opposé à l’Esprit de l’Agneau de Dieu. Il s’agit là non pas d’un esprit de prière, mais de convoitise, le Seigneur ne se reconnaissant pas dans ce qui est demandé en Son Nom : « Celui qui parle de son chef cherche sa propre gloire, dit Jésus ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est vrai, et il n’y a point d’injustice en lui… » Jean 7:18. Dans le premier cas, c’est la prière d’une âme avec son « moi » ; dans le second, c’est la prière d’une âme affranchie de son « moi ». En vérité, « n’être pas » c’est « être vrai ».

     L’apôtre Paul écrit : « Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous… » II Cor 4:7. La Grâce de Dieu, c’est de recevoir quelque chose de sa part, que l’on ne mérite pas, mais dont le besoin nous est révélé. Le fait que nous « ne soyons point » aux yeux du monde, comme à ceux de Dieu, et cela à des titres totalement différents, ne signifie pas que nous n’existons pas. Ce qui vient d’en haut repose bien en « quelque chose » en nous. Le « trésor » est dans ce « vase de terre » que nous sommes ; le « contenu » divin qui affermit est dans le « contenant humain » de notre faiblesse. Mais la Nature de Dieu qui est sainte et la nôtre qui est charnelle étant inconciliables, notre nature n’a pu être réconciliée avec Dieu, que par la croix de Jésus-Christ, qui l’a rachetée et transformée.

     Il n’est rien de méritoire ni d’aimable en nous, la seule chose « sauvable » en nous ne saurait être le « meilleur » de nous-mêmes. En effet : « Ce qui est bon, je le sais, écrit Paul, n’habite pas en moi, c’est-à-dire, dans ma chair : J’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien… » Rom 7:18, mais ceci consiste en cette disposition de notre conscience, laquelle ne résiste jamais à la conviction de péché, chaque fois qu’elle est éclairée par l’Esprit de Dieu. Ainsi, la crucifixion de notre chair donne accès à l’œuvre de sanctification, dont l’opération croissante en nous réduit la nature et les effets de notre être charnel. L’on comprend, ô combien, avec l’apôtre Paul, qu’une telle « puissance » qui a délivré nos âmes soit attribuée « non pas à nous, mais à Dieu… ».