M92 – SANS TENIR COMPTE …

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       « Comme il parlait encore, survinrent de chez le chef de la synagogue des gens qui dirent : Ta fille est morte ; pourquoi importuner davantage le maître ? Mais Jésus, sans tenir compte de ces paroles, dit au chef de la synagogue : Ne crains pas, crois seulement. Et il ne permit à personne de l’accompagner, si ce n’est à Pierre, à Jacques, et à Jean, frère de Jacques. Ils arrivèrent à la maison du chef de la synagogue, où Jésus vit une foule bruyante et des gens qui pleuraient et poussaient de grands cris. Il entra, et leur dit : Pourquoi faites-vous du bruit, et pourquoi pleurez-vous ? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. Alors, ayant fait sortir tout le monde, il prit avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’avaient accompagné, et il entra là  où  était l’enfant. Il  la  saisit  par la main, et  lui dit : Talitha koumi,  ce  qui signifie : Jeune fille, lève-toi, je te le dis. Aussitôt la jeune fille se leva, et se mit à marcher ; car elle avait douze ans. Et ils furent dans un grand étonnement… » Marc 5:35-42.

      Il est des situations douloureuses, dont le fait d’en parler n’empêche pas qu’elles empirent. C’est le cas de ce père, qui, tout en parlant et priant Jésus au sujet de sa fille malade, apprend par des gens venus de sa maison après lui, qu’elle vient de mourir. Il peut se trouver, en effet, que, pendant le temps même où l’on prie le Seigneur pour une chose précise, celle-ci, loin de s’améliorer, s’aggrave. Mais Jésus, « sans tenir compte » de la nouvelle de la mort de la jeune fille, dit au père, auquel on fait comprendre qu’il n’y a désormais plus aucune raison « d’importuner le Maître… » : « Ne crains point, crois seulement… ». En effet, aucune parole quelle qu’elle soit et de qui que ce soit n’a d’influence sur Jésus ; rien ne peut le détourner de ce qu’Il sait devoir faire de la part de Son Père céleste. Le fait de ne pas tenir compte des paroles entendues ne signifie pas que Jésus nie la réalité qu’elles expriment. Mais, alors que la compréhension de ces gens s’arrête au seuil de la mort et ne va pas au-delà, Jésus, Lui, la voit inscrite dans un Plan de Dieu qui ne peut être compris et reçu qu’au travers de cet événement, et dont le but spirituel, pour l’instant, échappe à tous. L’homme veut comprendre avant d’accepter, tandis que Dieu, bien souvent, veut que l’on accepte avant de comprendre, comme aussi, en certains cas, afin de comprendre.

     Jésus n’a donc pas parlé, ni n’a laissé discuter le père avec ceux qui savent, ou pensent en savoir plus que lui de la situation présente. Ceux qui ont reçu un appel, une conviction, ou une Direction de Dieu n’en parlent pas pendant que ceux-ci s’accomplissent. D’ailleurs, Dieu ne parle « beaucoup » qu’à celui qui parle peu… ! Jésus n’a-t-il pas dit, à Ses apôtres : « Partez ; voici, je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers, et ne saluez personne en chemin… » Luc 10:3-4. « Ne saluez personne… », c’est-à-dire, ne discutez pas en chemin, ne vous dispersez pas en racontant partout ce que le Seigneur vous a donné de dire ou de faire avant de l’accomplir, car il se rencontrera toujours des personnes pour donner leurs appréciations ou des avis différents, pouvant attrister l’Esprit, chasser l’inspiration, altérer le message reçu pour soi-même, ou à transmettre aux autres.

    Une femme de Sunem, qui avait fait une petite chambre pour recevoir le prophète Élisée, reçut de celui-ci la nouvelle qu’elle aurait un enfant de son mari, pourtant avancé en âge. L’enfant naquit, puis, plus tard tomba malade et mourut. Elle résolut de se rendre auprès du prophète et, quittant son mari qui lui avait dit : « Pourquoi veux-tu aller aujourd’hui vers lui ? Ce n’est ni nouvelle lune ni sabbat. Elle répondit : Tout va bien… » II Rois 4:23, littéralement « Chalôm… ». Peu après, s’étant rendu auprès de lui, le prophète pria devant la Face de l’Éternel, « Et l’enfant éternua sept fois, et il ouvrit les yeux… » II Rois 4:35. Cette femme ne tint pas compte non plus des circonstances, et ne chercha aucune consolation de la part de son mari, si ce n’est l’accomplissement de la promesse de Dieu pour elle.

     De même, cette autre femme, cananéenne, dont la fille était cruellement tourmentée par le démon, implora Jésus : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David… ! ». À son cri, « Jésus ne répondit pas un mot… », et, en même temps, les disciples lui disaient de la renvoyer, car « elle criait derrière eux… » Matt 15:22-23. Jésus, qui savait jusqu’où il pouvait mettre à l’épreuve cette mère, lui dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais elle vint se prosterner devant lui, disant : Seigneur, secours-moi ! Il répondit : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres… » Matt 15:24-27. Cette femme ne tint donc aucun compte du rejet des disciples, ni du silence puis des paroles rebutantes de Jésus, ou, plutôt, elle en tint compte, au contraire, en en prenant le contre-pied. Et sa foi, au lieu de s’éteindre, s’en trouva renforcée, et elle en arriva à ce qu’elle voulait de la part de Jésus, et qui se trouva être ce que Jésus voulait pour elle. Et c’est alors qu’Il lui dit : « Femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. Et, à l’heure même, sa fille fut guérie… » Matt 15:28. Cette femme n’a pas contraint Jésus ; c’est Jésus qui, dans Son Amour pour elle, lui a fait franchir toutes ces obstacles placés par Lui, afin que sa foi fût à la mesure de la grande bénédiction qu’Il lui avait réservée.

    Paul connut le déchirement, lorsque dans la ville de Milet, il dut dire aux anciens venus Éphèse : « Et maintenant voici, lié par l’Esprit, je vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y arrivera ; seulement, de ville en ville, l’Esprit-Saint m’avertit que des liens et des tribulations m’attendent… » Act 20:22-23. Après les avoir quittés et être entrés à Tyr, les disciples de cette ville « poussés par l’Esprit, dirent à Paul de ne pas monter à Jérusalem… » Act 21:4. Il n’y a aucune contradiction entre ce qu’a dit l’apôtre à Milet et ce que dirent les frères de Tyr. L’Esprit de Dieu ne se contredit pas. Simplement, à Tyr, l’Esprit avait fait connaître aux frères de l’Église la même chose que l’apôtre lui-même avait reçue, quand il était déjà à Milet. Mais, par affection pour lui, les sentiments fraternels submergeant la direction spirituelle, ces bien-aimés désiraient retenir Paul auprès d’eux. Aussi, Paul, dut-il s’arracher à eux, car il fallait que s’accomplît justement ce que le Seigneur allait dire encore, peu après, à son serviteur à Jérusalem : « Prends courage ; car, de même que tu as rendu témoignage de moi dans Jérusalem, il faut aussi que tu rendes témoignage dans Rome… » Act 23:11. Paul ne vécut que d’attachements et d’arrachements. Il faut, parfois, par amour pour nos frères, décevoir ceux qui nous aiment, et souffrir jusqu’au moment où ils comprendront.

   Les rachetés ne peuvent être indépendants les uns des autres dans le Corps de Christ, ni, à l’inverse, se reposer uniquement les uns sur les autres. Ce n’est pas l’ensemble qui tient chacun, c’est la qualité de la vie spirituelle de chacun qui assure l’ensemble, autrement, tout n’est qu’apparence et personne ne peut connaître réellement sa faiblesse. Il suffit, en effet, que quelqu’un domine par des talents naturels ou par des doctrines particulières, pour qu’un groupe de personnes suivent sans discernement. Le nombre est force, mais non pas lumière, sauf s’il s’agit de sages. Aussi l’Écriture dit-elle : « C’est de Lui (Christ), et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité… » Eph 4:16. La force de tous est celle de chacun d’entre nous.

     L’Écriture dit : « Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal, et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre pour violer la justice… » Exode 23:2. La foule essaiera toujours de culpabiliser ou de considérer comme anormal celui qui ne se laisse pas entraîner par elle. Souvent seule dans ses choix et ses décisions, en quoi consiste donc la force d’une telle âme capable de ne tenir aucun compte de tout ce qui peut la détourner de la Vérité, de la Volonté de Dieu ? C’est le racheté qui discerne quelle voix écouter, et quelle autre voix ne pas écouter, parmi toutes celles qu’il entend de l’extérieur comme parfois au-dedans de lui ; car il y a des voix qui crient en nous, et que nous sommes seuls à entendre. Aussi, la source de la constance de notre foi vient-elle de l’exhortation, que nous adresse Ésaïe de la part de l’Éternel : « A celui, dit-il, qui est ferme dans ses sentiments, tu assures la paix, la paix, parce qu’il se confie en toi… » Ésaïe 26:3.