M91 – SI VOUS AVEZ GOÛTÉ …

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     « Rejetant donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l’envie, et toute médisance, désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon… » I Pier 2:1-3.

   La Parole, nous exhortant à rejeter toutes choses mauvaises, ainsi que la force pour y parvenir, nous viennent de l’Éternel ; et c’est alors qu’il nous est possible de goûter les choses divines. Les récompenses dans les cieux comme les réprimandes, ici-bas, nous stimulent à l’obéissance et à la sainteté, mais ceci ne suffit pas pour que cela soit durable. Ce qui nous pousse à plaire à Dieu est infiniment plus qu’une crainte, ou qu’un intérêt, fût-il spirituel. C’est, avant tout, la présence et la soif en nous d’une relation avec Dieu de la même nature que Lui. Une personne reçoit difficilement les paroles de quelqu’un qui ne l’aime pas, et c’est, parfois, ce que l’on peut constater en soi-même à l’égard du Seigneur, à la différence que Lui nous aime parfaitement, alors que nous sommes imparfaits dans notre amour pour Lui. C’est dans la mesure où nous laissons entrer dans nos cœurs l’Esprit de Dieu, que le désir spirituel de goûter les choses spirituelles est fort en nous ; car l’Esprit met en nous le goût des choses qui plaisent à Dieu. Nos goûts terrestres, avec l’âge, peuvent changer et même disparaître, parce qu’ils dépendent de nous ; nous naissons avec, ils meurent avec nous. Mais l’« homme intérieur » en nous, qui prend plaisir à la Loi spirituelle de Dieu n’est pas de cette naissance selon la chair, mais de celle de l’Esprit. Or, étant éternel, l’Esprit ne change pas les aspirations qu’il inspire, et cette constance de la soif des choses spirituelles est le propre de ceux qui sont « nés de nouveau ».

     Un même esprit, un même besoin, un même cri habitent le racheté du Seigneur : « J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées ; tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur ; car ton nom est invoqué sur moi, Éternel, Dieu des armées… » Jér 15:16, s’écrie Jérémie,  faisant écho  au  psalmiste qui proclame : « J’ouvre la bouche  et  je  soupire,  car je suis avide de tes commandements… » Ps 119:131. Tous deux expriment la même soif des Paroles de Dieu ; l’un et l’autre montrent les réalités intérieures qui les ont tenus en tout temps dans la joie, et, le plus souvent, dans les larmes. La Fidélité et les Desseins de Dieu envers eux étaient la force de leur confiance et de leur persévérance, la Vie même dans la mort ; Dieu en eux par Son Esprit les consolait. Goûter les choses célestes signifie qu’elles ne nous sont pas étrangères, ni nous pour elles. En plus, les choses spirituelles reçues avec les fruits qui en découlent attestent, par-là, la « nouvelle créature » que nous sommes devenus en Christ.

    Tandis que Jésus discourait sur des choses difficiles à comprendre : « Plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui. Jésus donc dit aux douze : Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Pierre répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu… » Jean 6:66-69. Si les douze sont restés, ce n’est pas parce qu’ils avaient mieux compris les Paroles de Jésus que les autres qui étaient partis, mais parce qu’ils avaient saisi la Vie spirituelle de Ses Paroles. Ils en avaient, non pas tiré un « bien-être », que l’on peut recevoir de n’importe quelle religion, mais entrevu déjà la Lumière sur tout ce qui n’est qu’apparence religieuse et humaine. Ils en avaient reçu la Vie et la Paix qu’apportent les Paroles affranchissantes de la Vérité, car ils étaient de ceux qui, non seulement écoutent les Paroles célestes, mais en reçoivent l’opération vivifiante au-dedans d’eux.

    Il est une sorte de personnes dont l’Écriture dit : « … Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie…» Héb 6:4-6. Ces âmes, en effet, ont goûté les choses de Dieu, mais sur quelle base se tenaient-elles ? En sondant les Écritures, il ressort que ces âmes ont goûté à ces choses sur la base d’une « connaissance » des  choses  de  Dieu,  et non pas sur la  base de la  «  nouvelle naissance » par l’Esprit-Saint en ces choses. C’est ce que révèlent encore ces Paroles, en disant : « Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles… » Héb 10:26-27, rejoignant en cela l’apôtre qui écrit : « En effet, si, après s’être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première… » II Pier 2:20.

    Ces âmes, dont il est question ici, ont, il est vrai, reçu une connaissance de la Parole de Dieu, et même une grande connaissance, mais il ne se révèle aucun signe d’une régénération dans leur vie ; car nul n’ignore que le comportement de celui qui est « né de nouveau » est, s’il le faut, de « résister jusqu’au sang, en luttant contre le péché… » Héb 12:4. Ces âmes ont donc reçu la connaissance sans avoir connu la nouvelle naissance. Elles ne sont pas loin du Royaume de Dieu, mais « n’y sont pas entrées » Jean 3:5 ; elles en ont les promesses et des bénédictions, mais n’ont pas reçu « l’Esprit d’adoption » et les fruits qui les font reconnaître comme étant des « fils du Royaume » Matt 13:38.

    Le Seigneur Jésus déclara à la foule, que Dieu « … fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes… » Matt 5:45. Le blé et l’ivraie, tous deux ensemble, soupirent donc après la même eau et la même lumière du soleil. Mais la différence entre celui qui a une connaissance et celui qui est né de nouveau réside dans le fait que ce dernier, quelles que soient les luttes, les épreuves, les déserts, les séductions du monde ou de l’erreur qu’il rencontre, jamais il ne perd le goût spirituel des choses de Dieu, jamais il ne cesse de les désirer ni de les faire fructifier dans sa vie. Car elles sont pour lui, non pas un bagage de connaissances ou d’expériences à se remémorer, mais des Réalités toujours présentes, un Pain, une Eau, une Vie impérissable et victorieuse, un Modèle vivant auquel ressembler. Les épreuves, les séductions du monde et du Malin, de ses proches, de sa propre chair même ne sauraient empêcher un tel racheté de tendre aux choses divines. L’homme spirituel, en effet, ne se lasse pas de goûter les choses de l’Esprit, car il cherche, non pas à satisfaire un sentiment religieux et changeant, mais à nourrir son âme, à affermir son cœur en état de veille constant. En goûtant le « Miel du Rocher » Deut 32:13, son but n’est pas de se faire plaisir, mais d’entretenir spirituellement la vie de son âme, et de vaincre la mort spirituelle.

    Dans les Écritures, « goûter » a le sens spirituel de « discerner », c’est le discernement spirituel de tout ce qui convient à l’« homme intérieur ». Aussi, en ne cessant de goûter, c’est-à-dire, de discerner les  choses  préparées  d’avance  pour  nous  de la  part  de   Dieu, notre vie   spirituelle   alors   grandit   parce   que   nous   discernons la « Nourriture de Dieu » dont la Volonté est de nous révéler les Grâces et les Moyens spirituels pour être remplis de Sa Plénitude. En vérité, comme elles connaissent le vrai Berger, les brebis du Seigneur connaissent également le vrai Pâturage, le Pâturage de la Révélation divine. « L’oreille, dit le sage, ne discerne-t-elle pas les paroles, comme le palais savoure les aliments … ? » Job 12:11. La Révélation est faite pour l’Élection et l’Élection pour la Révélation. C’est ici l’homme spirituel qui est toujours attiré par ce qui est de la même nature que lui, et qui donc est de nature céleste. Il aspire à la nourriture céleste, parce que le ciel est dans son cœur. L’élu discernera et recevra toujours la Révélation de la Parole, qui le révèle à lui-même, le nourrit, le rend heureux et vainqueur.