M90 – LES INVISIBLES …

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      « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles… »       II Cor 4:16-18.

      L’aspiration aux choses invisibles, c’est-à-dire éternelles, est rare aujourd’hui, tant les choses visibles occupent le cœur et les pensées des hommes. Les besoins et les nécessités de cette vie font que l’on ne peut y échapper, mais elles en arrivent à assujettir l’âme qui ne connaît pas Dieu, comme aussi celle qui, tout en étant croyante, n’est pas encore affranchie en Christ. Certes, les choses visibles, quelles qu’elles soient, sont plus proches, plus saisissables que les invisibles, et le besoin de ce qui est visible est toujours ressenti, désiré, souvent reçu à l’instant même. Tandis que ce qui est invisible, pense-t-on, peut attendre ou même être ignoré, mais c’est plus tard que l’on en souffrira.

      L’Écriture dit au sujet de la Sagesse de Dieu : « Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment… » I Cor 2:9. Nous ne pouvons, par nous-mêmes, voir, entendre, et comprendre les choses spirituelles. Nos yeux de chair ne peuvent voir que les choses de la même nature que la leur, ainsi en est-il de nos oreilles et de nos cœurs. Les yeux reçoivent ce qui est visible, l’oreille ce qui est audible, et le cœur ce qui lui est sensible et compréhensible. L’Écriture ne dit-elle pas : « Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu… » I Cor 2:11, et ces choses, « Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu… » I Cor 2:10. Le Miracle du Seigneur est d’avoir mis, à la place de notre péché qui ne nous permettait pas de recevoir les choses spirituelles, Son Esprit-Saint, par lequel, désormais, nous voyons les choses invisibles et éternelles. Et cela, parce que « nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses qu’Il nous a données par Sa Grâce… » I Cor 2:12.

     L’envahissement des choses visibles, c’est-à-dire, des choses passagères  dans la vie du croyant est le signe que l’« ici-bas » a pris le pas sur ce qui est en haut, que l’éternité a été « ramenée » au temps présent, et que le Retour de Jésus n’est pas véritablement attendu, ou, s’il l’est, il l’est plus comme une fuite que comme une joie. Le fait d’aspirer aux choses invisibles n’est pas seulement la démarche d’âmes qui auraient le temps et l’esprit libres de tout souci pour s’y adonner, au contraire, ce sont souvent celles qui sont confrontées aux difficultés de la vie qui les recherchent, pour surmonter leurs tribulations et leurs épreuves. Et, d’ailleurs, les choses visibles, de par leur nature passagère, ne sauraient être une aide durable et affranchissante, il n’y a que ce qui est invisible, et dont la nature est éternelle, qui peut venir à bout de ce qui est éphémère en nous.

    Le passage des choses visibles à celles invisibles est le cheminement de toute une vie. Au départ de son existence, ce n’est pas aux choses célestes que l’homme aspire vraiment, mais à celles terrestres, de la façon la plus naturelle d’ailleurs, confirmant par-là l’Écriture : « Ce qui est spirituel, dit-elle, n’est pas le premier, c’est ce qui est animal  (l’âme) ;  ce qui  est spirituel  vient ensuite… »,  et encore : « De même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste… » I Cor 15:46 et 49. Et ce passage au-dedans de nous de l’« image terrestre » à l’« image céleste » est le miracle de la nouvelle naissance en celui qui, après être né en ce monde sans en avoir été conscient, l’a été alors pleinement le jour où il est né dans le Royaume de Dieu.

    Notre vocation est de progresser chaque jour dans les choses invisibles, c’est-à-dire, dans tout ce que nous pouvons recevoir venant de la part de Dieu, et d’y ressembler intérieurement jusqu’au jour où, dit l’Écriture, « lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est… » I Jean 3:2. Nous contemplerons le Seigneur tel qu’il est, parce que nos yeux de chair, qui n’apercevaient que le visible, auront entièrement laissé la place à l’Esprit-Saint qui voit en nous, et nous par lui, Celui qui est « Invisible ». Aussi longtemps que nous voyons de nos yeux charnels, nos yeux spirituels sont empêchés de voir. En fait, l’« invisible » n’est pas invisible en lui-même, l’invisible est simplement « caché » par le visible, comme les choses éternelles le sont par les choses temporelles, et quand le visible selon la chair a disparu, alors l’invisible selon l’Esprit paraît.

     Jésus-Christ, dit l’Écriture, est « l’image du Dieu invisible, le premier-né de la création… » Col 1:15. Ainsi, contrairement à nous, « ce qui est le premier », chez Jésus, ce n’est pas ce qui est « animal », mais ce qui est « spirituel »… ensuite vint l’Incarnation. Et, à partir de l’Homme de souffrance qu’il fut, vinrent successivement la Crucifixion, la Résurrection, l’Ascension, et enfin la Glorification, dans  laquelle Jésus introduit ceux qui croient en Son Nom pour la Vie éternelle, rendant alors manifestes ces paroles, disant : « Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second homme est du ciel. Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes… » I Cor 15:47-48.

     Il y a une certaine recherche des choses invisibles, qui est celle de se dérober aux dures réalités de la vie ! De même, à l’inverse, il y a une recherche réclamant uniquement des bénédictions visibles, et les choses matérielles, imprégnant à tel point l’esprit de beaucoup, que même les choses invisibles sont « pensées » avec des sentiments « matériels ». C’est l’invisible qui est « regardé » comme le visible, c’est le Royaume de Dieu que l’on veut « reproduire » sur la terre. Mais en ceci, c’est avoir planté l’ancre de son espérance « en deçà » plutôt qu’« au-delà du voile » Héb 6 :19. C’est, enfin, tout en sachant que « la Parole de Dieu demeure éternellement », oublier que le ciel et la terre passeront.

     « C’est par la foi, dit l’Écriture, que nous reconnaissons que le monde a été formé par la Parole de Dieu,  en sorte que ce qu’on voit n’a pas été fait de choses visibles… » Héb 11:3. L’homme, sans le savoir, naît et vit des choses à l’origine « invisibles », et ces choses, rendues visibles par la création, sont la manifestation « des perfections invisibles de Dieu, de sa puissance éternelle, et de sa divinité qui se voient comme à l’œil nu depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables… » Rom 1:20. De même, la création, par la suite « soumise à la vanité », possède « l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu… » Rom 8:20-21. Les dons et les vertus de la créature, altérés à cause du péché, sont ce qui lui reste des attributs donnés par Dieu au commencement. Aussi est-il donc nécessaire pour être sauvé et rétabli en Christ, de passer des choses périssables aux choses éternelles, des choses visibles à celles invisibles.

      Et ce passage spirituel ne peut se faire que « par la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour nous, comme nous le sommes pour le monde… » Gal 6:14. La force des choses invisibles se manifeste par l’abandon entre les Mains de Dieu de ce qui nous dépasse. C’est la révélation de cette « faiblesse de Dieu… » I Cor 1:25, destinée à confondre nos propres forces, afin que, dans les peines quotidiennes, nous recevions l’Esprit de consolation attestant la vie éternelle qui en découle.