M88 – APRÈS …

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      « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Eglise du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang. Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc, vous souvenant que, durant trois années, je n’ai cessé nuit et jour, d’exhorter avec larmes chacun de vous… » Act 20: 28-31.

     « Après mon départ … », Paul nous fait éprouver avec lui tout le poids, toute la gravité que contient ce mot « après », quant à la suite spirituelle, non pas de sa propre œuvre, mais de l’Œuvre du Seigneur dans la vie de ceux auxquels « il a annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher… » Act 20:27. L’apôtre entrevoit comme étant inévitables les difficultés, qui surgiront, non seulement de l’extérieur : les persécutions ; mais de l’intérieur : les troubles de toutes sortes venant de l’esprit de la chair et de l’Adversaire.

     Ce qu’implique ce mot « après » est souvent une épreuve pour ceux qui ont reçu de la part de Dieu la charge de servir leurs frères en la foi. Cela l’était déjà chez les hommes de Dieu de l’ancienne Alliance. Moïse, après avoir achevé d’écrire les paroles de la Loi, dit, en  effet,  aux  lévites  qui  portaient  l’Arche  et  au  peuple  d’Israël : « … Je connais ton esprit de rébellion et la roideur de ton cou. Si vous êtes rebelles contre l’Éternel pendant que je suis encore vivant au milieu de vous, combien plus le serez-vous après ma mort… », « car je sais qu’après ma mort vous vous corromprez, et que vous vous détournerez de la voie que je vous ai prescrite ; et le malheur finira par vous atteindre, quand vous ferez ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, au point de l’irriter par l’œuvre de vos mains… » Deut 31:27, 29. Ce n’est pas autrement que, quinze siècles plus tard, l’apôtre Paul s’adressera aux Corinthiens : « Toutefois, leur écrit-il, de même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ. Car, si quelqu’un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous avons prêché, ou si vous recevez un autre Esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre Évangile que celui que vous avez embrassé, vous le supportez fort bien… »  II Cor 11:3-4. Et Paul ira même jusqu’à dire : « Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème… » Gal 1:8. « Quand nous-mêmes… », l’apôtre, ainsi que ses compagnons d’œuvre avec lui, connaît à ce point la fragilité et la versatilité du cœur humain, qu’il a cette humilité de se mettre en garde… contre lui-même ! Trouvera-t-on conscience spirituelle plus lucide et plus conséquente dans la Vérité et par amour pour ses frères ?

     Nous retrouvons ce même souci chez l’apôtre Pierre,  quand  il écrit : « Voilà pourquoi je prendrai soin de vous rappeler ces choses, bien que vous les sachiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente… » II Pier 1:12, rejoignant en cela l’exhortation de l’Épître aux hébreux, disant : « C’est pourquoi nous devons d’autant plus nous attacher aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne soyons emportés loin d’elles… » Héb 2:1. C’est donc cette nécessité de l’« après », qui a inspiré les enseignements et les exhortations de l’Écriture par le Saint-Esprit. Et si nous avons besoin de nous affermir dans la « vérité présente », c’est, non seulement parce que « dans les derniers jours,  il  y  aura  des  temps difficiles… »  II Tim 3:1, mais encore, parce que le « mystère de l’iniquité agit déjà… » II Thess 2:7, et dont l’action, dès lors, n’a cessé de s’amplifier jusqu’à nous. C’est donc maintenant, à « l’heure présente » que nous vivons, que cette « vérité présente » elle-aussi, nous garde et nous gardera, chaque jour, éclairés et conduits par la Vie, par le Sens divin de la Parole de Vie et la Puissance qu’elle contient.

     Ce n’est pas parce que nous ne connaissons pas l’« après » des choses, que nous devons nous abstenir d’agir, ou être arrêtés dans nos aspirations spirituelles. Notre lumière, qui est celle de l’Esprit de Vérité, est de marcher par la foi et non par la vue, par l’Esprit et non par la chair ; sachant que ce qui suit une chose spirituelle, quelle qu’elle soit, se modifie toujours suivant la sensibilité et le discernement de l’âme à l’écoute de la voix de l’Esprit. Or, si l’on conserve une vérité spirituelle par un souci « sectaire » d’intégrité même, celle-ci se figera parce qu’elle est défendue d’une manière humaine qui en réduit la force. Ainsi, être fidèle à une chose spirituelle ne consiste pas à en conserver la règle ou la forme, mais à la laisser se renouveler par l’Esprit de Vie en nous. « Selon la Grâce de Dieu qui m’a été donnée, écrit l’apôtre Paul, j’ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus … » I Cor 3:10. Si, par crainte de toucher à l’intégrité du « fondement », l’on s’abstient de bâtir dessus, à quel signe reconnaîtra-t-on qu’on lui appartient ? Mais si nous bâtissons dessus selon l’Esprit, nous pouvons nous attendre à ce que la « forme » corresponde au « fond », à ce « fondement de la Parole de Dieu » en nous, qui témoigne de notre identification à la Parole.

     Ainsi donc, ou l’on accepte de garder « religieusement » la Parole de la Vérité, et c’est alors, envers elle, non plus une fidélité vivante, mais la  fixité de  la  mort,  car  «  la  lettre  tue,  mais  l’Esprit vivifie… »  II Cor 3:6, ou l’on accepte le travail intérieur de la Parole vivante, qui révèle le développement normal de la croissance de notre vie spirituelle. « Cacher » une chose spirituelle par crainte de la perdre, ou de se perdre équivaut à l’immobiliser et soi-même avec. Car c’est seulement en ouvrant notre cœur à la Présence de l’Esprit, tout en discernant et se gardant de l’erreur, que se manifeste la Puissante agissante de la Parole dans notre vie.

     L’Écriture déclare, parlant du peuple hébreu dans le désert : « Qui furent, en effet, ceux qui se révoltèrent après l’avoir entendue (la Voix de l’Éternel), sinon tous ceux qui étaient sortis d’Egypte sous la conduite de Moïse… » Héb 3:16. L’on ne peut éviter l’« après » de chaque chose. Il y a le réveil, mais aussi l’après-réveil ; il y a la bénédiction, mais aussi l’après- bénédiction ; il y a l’exaucement de nos prières, mais aussi l’après-exaucement ; comme il y a aussi la réunion et la mission, ainsi que les suites de l’une et de l’autre dans les cœurs. Ce n’est jamais au cours des manifestations spirituelles, mais c’est « après », dans le temps qui les suit que sont recueillis les fruits parvenus à maturité, ou non. L’apôtre Paul éclaire parfaitement ceci quand il écrit : « C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté… » Eph 6:13. « Tenir ferme… », écrit-il,  certes,  et non seulement avant, et pendant le  combat,  mais surtout « après avoir tout surmonté… », dès le temps qui suit la victoire. Car s’il y a effectivement un combat pour la remporter, cela l’est aussi pour la garder, afin de ne pas nous la laisser ravir, ou par notre présomption, ou par l’Adversaire.

     Le fait que l’apôtre savait qu’« après son départ » se produiraient les choses prévues par lui, provient de ce que plusieurs parmi les Corinthiens le craignaient davantage que le Seigneur, Invisible, mais combien plus présent ! Et c’est cette attitude charnelle, qui faisait souffrir Paul, et qui augurait déjà des difficultés qui surgiraient au milieu d’eux. Tout ce qui ne prend pas sa source dans le Seigneur Lui-même et dans Sa Parole : la foi, la paix, la joie, le discernement, l’humilité comme l’espérance ne saurait être durable. Jésus ne nous prend pas au piège, jamais Il ne nous a promis le bonheur sur la terre, mais seulement en Lui. Et c’est alors qu’il nous est possible de traverser les épreuves, la souffrance comme les déceptions d’ici-bas. C’est ainsi seulement que les choses à venir et la tournure qu’elles prendront, les événements d’« après », ne sont plus une source de crainte, d’inquiétude, mais une source de joie attentive à la manière dont Dieu agira, parce que n’ayant d’autres ressources que de Le laisser accomplir Ses Desseins.