M83 – PAS DE RACINE …

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      « Écoutez. Un semeur sortit pour semer. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : les oiseaux vinrent, et la mangèrent. Une autre partie tomba dans un endroit pierreux, où elle n’avait pas beaucoup de terre : elle leva aussitôt, parce qu’elle ne trouva pas un sol profond ; mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines… ». Ceux-ci qui « … reçoivent la semence dans les endroits pierreux ; quand ils entendent la parole, ils la reçoivent d’abord avec joie ; mais ils n’ont pas de racine en eux-mêmes, ils manquent de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, ils y trouvent une occasion de chute… » Marc 4:3-6, et 16-17.

    La Parole de Dieu est une semence, une semence incorruptible, vivante et permanente qui suscite en nous cette disposition intérieure exprimée par Marie, disant : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole… » Luc 1:38. En effet, la Parole, la Semence de Dieu ne peut être fructueuse que lorsqu’elle est reçue, accompagnée de la Vie divine dont elle est chargée. Contrairement à la mauvaise herbe, qui envahit un sol qui ne lui est pas destiné, la Semence divine de la Parole ne s’impose pas, mais elle se reçoit avec douceur dans le cœur préparé, qui y aspire, et dans lequel elle produit un fruit puissant de vie nouvelle.

     Ce qui fait la force et la richesse d’une âme est, comme les racines, caché aux yeux des hommes. Ce que l’on voit, ce que l’on entend ne suffit pas à connaître une personne, mais les épreuves, les situations extrêmes de la vie révèlent ce qui se tient dans le « sous-sol » d’une âme. L’âme qui a des « racines » apprend à s’attendre à l’inattendu. Le désespoir n’a pas prise sur elle, car la Parole du Ressuscité est son point d’attache, dans laquelle elle puise la force suffisante pour continuer sa marche. Le Seigneur seul connaît les passages et les tournants difficiles de son chemin, et la confiance de cette âme repose dans le fait de savoir que Dieu sait. Ce qui a, ou n’a pas de racines ne peut être révélé que dans l’adversité et les tribulations, sans cela l’on ne saurait où en est l’Œuvre de la Parole dans une vie, comme dans sa propre vie. Contrairement au chêne qui s’abat sous la force de la tempête, alors que le roseau plus fragile ploie sans se rompre, il est préférable pour nous de laisser se briser notre « moi » opiniâtre, que de donner une apparence pieuse, tout en ayant choisi de se plier à l’esprit de ce monde. C’est seulement à partir du moment où Jacob « boita », qu’il marcha droit avec Dieu : Gen 32:29.

     Les Écritures nous apportent les forces intérieures, mais pour que ces « forces » deviennent « fruits », il est indispensable de l’accompagner de la lecture, de la méditation et de la prière. Cette semence donc qui « tomba sur le roc : quand elle fut levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité… » Luc 8:6. Ainsi, faute « d’humidité », point de racines, et faute de racines, pas de croissance non plus, et cela, malgré la lumière. Qu’est donc cette « humidité » ? C’est l’Esprit de prière. De même que l’humidité est indispensable à la germination de la semence, de même la prière doit « arroser » la Parole méditée pour la rendre opérante et fructueuse dans notre vie. Pour assurer la vie du peuple hébreu dans le désert, l’Éternel ne leur accorda pas la « manne » sans la « rosée », ni la « rosée » sans la « manne » ainsi que le dit l’Écriture : « Quand la rosée descendait la nuit sur le camp, la manne y descendait aussi… » Nomb 11:9. Les paraboles, les images qui présentent les choses célestes, une fois réalisées, sont toujours destinées à être dépassées.

     Il est une chose frappante, c’est la multitude des exhortations, ô combien utiles, mais, apparemment, si peu efficaces et durables dans beaucoup de vies. Aussi l’apôtre Paul écrit-il : « Je ne me lasse point de vous écrire les mêmes choses, et pour vous cela est salutaire… » Phil 3:1. Personne, en effet, n’est assez spirituel pour n’avoir besoin d’entendre qu’une seule fois les Paroles du Seigneur. Cependant la nécessité d’exhortations continuelles, sans lesquelles nombre de croyants retomberaient sans cesse, révèle un problème profond. Où et comment ces âmes puisent-elles leur « sève » spirituelle ? Ou alors, tout en connaissant la Parole, ne possèdent-elles donc pas les racines nécessaires pour en retirer le Sens et la Puissance de Vie ? S’il en est ainsi, il se révèle alors qu’elles sont plus dépendantes des exhortations… que du Seigneur Lui-même.

     Sans la vie de l’Esprit, les exhortations ne peuvent qu’être « précepte sur précepte, règle sur règle » ; par contre des exhortations inspirées, mais qui se montrent tout autant inefficaces révèlent un croyant sans racines. Le refus du brisement du « moi » serait-il ce « roc » souterrain : Luc 8:13, faisant obstacle aux racines, et donc à une identification à Christ non réalisée ? Nos racines viennent de notre « homme intérieur » par Christ, elles montrent que la Semence de la Parole a donné la vie en nous, et le fruit est le résultat de la manière dont notre cœur a su écouter la Voix de l’Esprit. Notre croissance spirituelle révèle l’existence des racines spirituelles, celles-ci étant les moyens cachés de cette croissance ; car, par elles nous sommes « enracinés et fondés en Christ … » Col 2:7, par elles encore : « enracinés et fondés dans l’Amour… » Eph 3:17. C’est en cela que le sage a dit : « L’homme ne s’affermit pas par la méchanceté, mais la racine des justes ne sera point ébranlée… », même si autour de nous les fondements le sont, et encore : « La racine des justes donne du fruit… » Prov 12:3, 12, nous rendant riches, et de la part de Dieu et à l’intérieur de nous pour Lui.

     Il n’est pas toujours des signes visibles qui puissent indiquer une acceptation ou un rejet de la Parole de Dieu, comme étant irréversible. En effet, telle âme indifférente ou hostile ne signifie pas qu’elle le sera toujours ; telle autre enthousiaste n’indique pas non plus qu’elle le sera constamment. Au sujet de ceux qui reçoivent la semence dans les endroits pierreux, Jésus dit qu’ils « entendent la Parole, ils la reçoivent d’abord avec joie ; mais n’ont pas de racine en eux-mêmes, ils manquent de persistance… ». Il y a donc plusieurs sortes de joie. Et l’homme ayant cette joie dont parle ici Jésus ici est sincère, mais il n’a pas conscience de tout ce qu’implique l’Œuvre intérieure de la Parole divine dans tous les domaines de sa vie.

   Il est vrai que, sur le moment présent, il n’est pas possible de connaître l’aboutissement au-dedans de nous de chaque vérité et des lumières reçues de la part du Seigneur ; aussi, des joies apparemment semblables dans la forme ne le sont-elles pas dans le fond. En effet, une âme se réjouit en recevant la « lumière » de la Vérité, une autre se réjouit seulement à la « chaleur » de cette lumière, une autre encore goûte les bienfaits ou la protection de cette lumière. L’une est donc spirituelle, l’autre est psychique, émotionnelle. La présence ou l’absence de racines révélera la vraie nature, soit permanente, soit éphémère de la joie, comme celle de la foi.

  Aux soixante-dix disciples « qui revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton Nom. Jésus leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ; et rien ne pourra vous nuire. Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux… » Luc 10:17-20. Une joie qui ne se nourrit que de manifestations extérieures et de bénédictions est une « foi sans racines », alors que la « foi avec des racines » se réjouit, non seulement des « manifestations » de Jésus-Christ, mais aussi de la « position » spirituelle en Lui. Une joie sans racines ne se réjouit que des effets, que de la forme des choses terrestres aussi bien que religieuses, tandis que la joie, comme la foi, possédant des racines se réjouit des causes, des profondeurs et du but éternel des choses célestes. C’est de nos noms écrits dans les cieux que provient notre joie, et, de là, notre constance. Car les racines de la joie divine ont été plantées, ont pénétré, en même temps, et en nous et dans le ciel même, où elles plongent en Christ, et d’où elles tirent force et lumière à chaque pas de notre marche ici-bas, vers la Cité aux solides fondements.