M87 – CELUI QUI ME VOIT …

Format PDF

      « Or, Jésus s’était écrié : Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé…»  Jean 12:44.

     « La convoitise des yeux… » I Jean 2:16, occupe une place immense dans le cœur de l’homme ; elle implique le domaine de la tentation, de la séduction et des mauvais désirs. Aussi le Seigneur prend-il un soin tout particulier de notre vue. Il veut purifier notre regard, mettre Ses yeux dans nos yeux. Il habite notre cœur afin de diriger nos regards dans la bonne direction ; car la manière dont nous regardons à Jésus révèle la sainteté avec laquelle nous discernons le monde. Voir spirituellement c’est vivre ; voir bien, c’est vivre bien ; voir juste, c’est comprendre juste. Voir mal, c’est vivre mal ; voir faux ou trouble, c’est comprendre de travers ou avoir une vue double ou une double vie ! Si l’on ne veut voir que le « Fils de l’homme » en Jésus, l’on ne puisera jamais la Vie et la Force divines suffisantes pour parvenir à la Ressemblance du « Fils de Dieu » qu’Il est. De même, si l’on ne veut voir en Lui que le « Fils de Dieu », « saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux… » Héb 7:26, Il sera trop « grand », inaccessible pour certains, qui trouveront toujours, par-là, l’excuse de ne pas pouvoir, ou même de ne pas vouloir lui ressembler.

     Jésus dit : « Celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé… ».  Beaucoup de ceux qui « voient » Jésus n’aperçoivent pas en Lui Dieu qui l’a envoyé. A Philippe qui lui demandait : « Seigneur montre-nous le Père, et cela nous suffit… », Jésus lui répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’a pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père ; comment dis-tu : Montre-nous le Père… ? » Jean 14:8-10. Celui donc qui voit Jésus voit Celui qui l’a envoyé, c’est-à-dire, qu’il voit l’Envoyeur dans l’Envoyé, et l’Envoyé dans l’Envoyeur. Jésus dit : « Moi et le Père nous sommes Un… » Jean 10:30. Le Fils ne prend pas la place du Père, ni le Père celle du Fils ; car Jésus n’a pas dit : « Je suis le Père… », ni le Père : «  Je suis le Fils… ». Jésus a dit : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les Paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; et le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres… » Jean 14:10, c’est-à-dire, distincts dans l’exécution du Dessein éternel, et Un dans le Dessein accompli. Seule la foi comprend ce langage ; c’est ici, dans « l’homme intérieur », la compréhension spirituelle des choses divines, le « témoignage » intérieur de la vérité plutôt que d’une doctrine. La Révélation spirituelle n’est pas donnée à ceux qui ont besoin de comprendre, mais à ceux qui ont compris leur besoin.

     L’Écriture rapporte que « quelques grecs, du nombre de ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer pendant la fête, s’adressèrent à Philippe, de Bethsaïda en Galilée, et lui dirent avec instance : Seigneur, nous voudrions voir Jésus … » Jean 12:20-21. A cette demande, suit un discours de Jésus sur Sa Glorification à venir, sur le trouble de Son âme à l’approche de sa mort, sur le Prince et le Jugement de ce monde, et enfin sur la Lumière, Lui-même, éclairant les ténèbres. Quant à ces grecs qui l’interrogèrent, l’on n’en entend plus parler. Quels étaient donc leurs mobiles ? Que voulaient-ils savoir, et même voir ? Comment se représentaient-ils le Messie ? L’ont-ils compris ? Nul ne le sait. Il est simplement rapporté un peu plus loin, que Jésus « après avoir dit ces choses, s’en alla, et se cacha loin d’eux… » Jean 12:36, car, dit l’Écriture : « Malgré tant de miracles qu’il avait faits en leur présence, ils ne croyaient pas en lui, afin que s’accomplît la parole qu’Esaïe, le prophète a prononcée : Seigneur, qui a cru à notre prédication ?  Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé… ? »  Jean 12:36-38.  Et qu’en est-il de nous ?  Y a-t-il encore quelque chose dans nos cœurs  qui  voilerait  Christ  à  nos  yeux  ?

     Le même Évangile nous fait connaître un aveugle-né, qui a recouvré la vue par la Puissance de Jésus. Après s’être lavé les yeux, au réservoir de Siloé, de la boue que Jésus lui avait appliquée avec sa salive, cet homme s’en revint, voyant clair. Un peu plus tard, le rencontrant à nouveau, alors qu’il avait déjà eu des démêlés avec les prêtres  jaloux,  Jésus  lui  dit  : «  Crois-tu  au  Fils  de  Dieu ?  Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en Lui ? Tu l’a vu, lui dit Jésus, et celui qui te parle, c’est lui ! Et il dit : Je crois. Seigneur. Et il se prosterna devant lui… » Jean 9:35-38. Ainsi, cet homme, une fois guéri, découvre d’abord en Jésus le Divin Médecin, puis, un Prophète : Jean 9:17, et, enfin, le « Fils de l’Homme », son Seigneur. Au travers de toutes ces phases successives de la Révélation spirituelle sur l’Identité et l’Origine divines de Jésus, Jésus  demeure le « Même », et, cependant, cet homme l’a découvert chaque fois différemment,  car  progressivement.  Lequel  des deux  a  donc changé ? Ce n’est pas Jésus, mais l’homme, l’esprit et le cœur de cet homme, parce qu’il ne s’est pas arrêté dans sa recherche à un bienfait physique, mais a continué sa recherche spirituelle. Si la Révélation du « Fils de Dieu » en Jésus eût été rendue « visible », « naturel » à la foule, celle-ci certes aurait vu Jésus de la même manière que cet homme guéri, mais sans l’Esprit de révélation, qui seul suscite des fruits spirituels. Or, nous savons que Jésus ne s’est pas rendu « spirituellement » visible à tous, mais c’est la foi de cet homme en Sa Parole, qui a fait que la Parole a purifié son cœur, le rendant intérieurement capable de « voir » Dieu en Jésus. Physiquement, cet homme a vu le Guérisseur ; spirituellement, il a vu le Sauveur. Physiquement, il a vu l’Homme ; spirituellement, il a vu Dieu en Son Fils.

     « L’Esprit sonde tout, dit l’Écriture, même les profondeurs de Dieu… » I Cor 2:10. Voir spirituellement, c’est voir les choses, et la racine des choses. C’est voir Jésus, et, « en » Jésus, c’est « se voir » en Lui, et se savoir « être vu » de Lui. C’est comprendre l’Incarnation, la Crucifixion, la Résurrection, et recevoir l’Effusion de l’Esprit. Nous pouvons comprendre bien des choses jusqu’à la croix, mais, sans la croix dans notre vie, il nous est impossible de comprendre celles qui viennent ensuite. Quelle est donc la place de la croix en ce qui concerne la vision spirituelle des choses divines ? Elle est grande, primordiale. La croix, c’est le Crucifiement de Jésus ; c’est la déchirure, l’ouverture, la délivrance dans le cœur de l’homme et dans le ciel même. A la crucifixion, dit l’Écriture : « Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent… » Matt 27:51-52. Et pour nous, dès lors, « nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair… » Héb 10:19-20, et, conséquence : « Lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté… » II Cor 3:16.

     Voir Jésus, c’est avoir reçu l’Incomparable, Celui qui ne ressemble à aucun autre. C’est être en présence de Celui dont nous ne sommes pas dignes, même de Le regarder, et qui, pourtant, nous a touchés de Sa Grâce. De tous les noms et de tous les titres les plus grands, les plus beaux soient-ils qu’on lui ait donnés, Il n’en accepte qu’un seul : celui de Sauveur. Lui, la Voie droite, a accepté de venir jusqu’à notre âme aux voies tortueuses, afin de lui donner, en les aplanissant, le vrai repos. Destinés à l’acquisition du Salut en Jésus-Christ, nous avons été aussi destinés à « voir le Juste… » Acte 22:14, « vision » de Celui qui nous justifie. Jésus déclare : « Je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis… » Jean 10:14-15, Ainsi, les brebis ont la même connaissance de Jésus, que Jésus Lui-même a de Son Père, et que Son Père a de Lui. De même, nous sommes appelés à voir Jésus d’une vue aussi pure que la Sienne, par laquelle Il nous connaît, et qui purifie la conscience de l’âme qui s’est livrée à Lui. Voir Jésus comme Il le veut, et non comme nous voulons, c’est là, après la Rémission de nos péchés, la Délivrance de nos idées préconçues sur la Vérité et de nos préjugés sur notre prochain.

     L’âme qui vit intérieurement, passant de Celui dont il est écrit qu’« Il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire… » Esaïe 53:2, à la  proclamation prophétique du psalmiste, disant : « Tu es le plus beau des fils de l’homme… » Ps 45:3, une telle âme, dès lors, ne peut que louer et adorer le Seigneur d’avoir véritablement reçu par la « vision céleste » l’affranchissant de la vue des choses terrestres.