M85 – QU’EST-CE QUE LA VÉRITÉ …

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    « Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui… » Jean 18:36-38.

    Pilate, serviteur de la plus grande puissance d’alors, interroge Jésus au sujet de la Vérité. Le représentant de la plus haute autorité de ce temps montre, par-là, qu’il ne connaît pas la Vérité, que l’autorité dont il dépend ne la lui a pas apportée, et que cette même autorité, si grande soit-elle, ne saurait être confondue avec elle. La Vérité, en effet, n’est pas « la loi du plus fort », ni celle des plus riches, ni celle des plus pauvres ; elle n’appartient à personne, mais elle est pour celui qui la recherche. La Vérité n’est pas un savoir, une méthode, un recueil de préceptes ou de principes ; elle n’est pas une idée ni une religion, mais une Personne, Jésus. Et pour Pilate, cette Personne, la Vérité elle-même, se tient devant lui comme un « point d’interrogation ». Heureux celui pour qui ce « point » est devenu la Réponse d’en haut pour son âme.

     « Qu’est-ce que la Vérité… ? ». Cette question dans la bouche de Pilate exprime celle de tous les hommes, de tous temps. Sans doute, combien aurions-nous désiré à l’instant, comme Pilate lui-même, une réponse brève, claire de la part de Jésus, mais au lieu de cela, un silence. Silence, mais non absence, car la Vérité était là en Personne devant Pilate, comme elle l’est pour nous, toujours présente, dans les Écritures. Mais la Vérité n’est saisie que par les cœurs qui en ont besoin, non par les esprits qui seulement en sont curieux. Elle n’est pas une satisfaction personnelle qui rassure, mais une certitude spirituelle qui dérange et change les vies. La Vérité ne correspondra jamais à la représentation que l’on s’en fait, mais elle nous conduit à « l’Image du Fils de Dieu… » . Et cette « Image du Fils » est le Message du Père qui nous révèle Jésus, qui est « … le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne… » Héb 1:3, et auquel nous sommes prédestinés à être rendus semblables : I Jean 3:2.

      Face à Jésus, nul ne saura tout ce qui a pu traverser l’esprit de Pilate. Comme lui, chaque homme jusqu’à nous a dû, et doit se déterminer en face de la Vérité une fois entendue, et décider de ce qu’il fera de Jésus. Ici, se révèle un fait souvent passé inaperçu, mais qui a influencé profondément la suite du procès, l’attitude de Pilate et le soin qu’il a mis à ne vouloir porter aucune responsabilité concernant la condamnation de Jésus, et à le manifester « en se lavant les mains en présence de la foule… ». Or, « pendant qu’il siégeait au tribunal, dit l’Écriture, sa femme lui fit dire : Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de Lui… » Matt  27:19, 24.

     Pilate s’était certainement entretenu du « cas de Jésus » avec son épouse. Aurait-il donc eu besoin de se confier ? Et quel en fut l’écho dans l’âme de sa compagne ? Dieu seul le sait, comme Il sait aussi d’où lui vint le songe qui la fit tant souffrir, et en quoi il consistait. Il est des choses « courantes » chez Dieu, mais qui demeurent mystérieuses pour nous. Toujours est-il que c’est après cela, que Pilate, les mains ruisselantes et si tôt essuyées, déclara devant tous : « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants… ! » Matt 27:24-25. Quelle que soit la manière dont ont été comprises ces paroles, une chose est sûre dans ces circonstances-là, la voix de sa femme fut sa conscience. Et aux sacrificateurs, qui lui reprochaient d’avoir écrit sur la croix « Jésus, Roi des Juifs », en lui disant : « N’écris pas : Roi des Juifs. Mais écris qu’il a dit : Je suis roi des Juifs… », comme s’il s’agissait des prétentions d’un fou ou d’un imposteur, Pilate leur répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit… » Jean 19:21-22. Et c’était là l’accomplissement du Plan de Dieu.

     Jésus dit : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi… » Jean 14:6. Jésus est la Vérité. Il ne dit pas : J’« ai » la Vérité, mais Je « suis » la Vérité. C’est ce qui différencie la Parole de Dieu de toute autre parole ou vérité en ce monde. Les fondateurs de religions ont leurs vérités, les mystiques ont leurs lumières, les croyants ont leurs convictions, quelle que soit l’authenticité de ces choses, une chose est certaine, tous ceux-là « ont », mais ne « sont » pas ces choses. Seul Jésus peut dire, non seulement, « J’ai », mais encore « Je suis » ce que je dis. Jésus n’« a » pas le Don de Dieu, Il « est » Lui-même le Don de Dieu ; Il n’a pas eu besoin de sacrifices à présenter, étant sans péché, Il était Lui-même le Sacrifice pour nos péchés. Jésus n’a pas seulement la Vie, Il est Lui-même Vie. Il n’a pas l’« Eau vive », Il l’est ; Il n’a pas le « Pain vivant » qui descend du ciel, Il l’est. En Jésus, le « j’ai » du serviteur est passé au « Je Suis » du Fils. Jésus a fait davantage qu’apporter, Il s’est offert.

     Ainsi, notre « passage intérieur » du naturel au spirituel, de la connaissance des choses de Dieu à notre identification à celles-ci, s’appelle la « Nouvelle Naissance ». C’est le passage de la nuit à la lumière, de « la puissance des ténèbres au Royaume du Fils de Son Amour… » Col 1:13. Nous passons de l’« avoir » à l’« être » spirituel, à la Vie divine. En fait, ce que nous recevons de Christ, nous ne le possédons pas seulement, nous le devenons. La Grâce, c’est être passé de la connaissance de la Vie à la Vie de cette connaissance. Car « connaître » les choses de Dieu ne détruit pas le « moi » ; seul, « être » ces choses, les vivre, en vivre, amène la mort de notre « moi ».

     « Si vous demeurez dans ma parole, dit Jésus, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la Vérité, et la Vérité vous affranchira… » Jean 8:31-32. Savoir ce qui est juste, ce qui est vrai, ce qui plaît à Dieu dans Sa Parole est essentiel, mais là n’est pas encore connaître la Vérité. Connaître la Vérité n’est pas recevoir une connaissance, mais une délivrance; c’est, avant de la comprendre, être affranchi de tout ce que l’on a mal compris. De là, telle âme, jeune convertie, peut offrir déjà une ressemblance à son Sauveur bien plus grande que le peu de connaissance qu’elle a de Lui. Et c’est d’ailleurs dans un tel cœur régénéré que l’approfondissement de la Vérité peut alors « produire cette justice et cette sainteté » dans lesquelles, en même temps, « l’on se dépouille du vieil homme… », et « l’on revêt l’homme nouveau… » Eph 4:22,24. Une adhésion naturelle à la Vérité est encore le résultat d’une décision qui vient de notre propre volonté, tandis qu’elle ne peut être que l’objet d’une révélation spirituelle en nous de la part du Seigneur, répondant à l’empressement que l’on a mis à la rechercher. Et c’est alors que l’affranchissement de la Vérité révélée fait naître en nous un détachement de nous-mêmes et une union d’Amour avec elle.

     Que la Vérité de Dieu soit unique ne réside pas seulement dans le fait qu’elle soit la « meilleure », mais surtout dans le fait de « rendre meilleure » l’âme qui la reçoit, ni seulement dans le fait qu’elle soit la « plus juste », mais dans celui surtout de « justifier » le pêcheur qui se repent. La Vérité divine l’est en ce qu’elle contient en elle-même la force pour transformer une âme, opérant en chacun de nous et la Mort et la Résurrection de Christ. C’est donc après « être devenus participants de la Nature divine… » II Pier 1:4, que le témoignage de notre parole peut être reçue par les âmes destinées à la Vie éternelle. Et l’absence des moyens du monde à cet égard révèle d’autant plus l’efficacité de la Vérité dans l’invisible, et assure la certitude d’une Œuvre affranchissante et éternelle dans chaque vie livrée à Christ.