M82 – QUI A PÉCHÉ … ?

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     « Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui firent cette question : Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en Lui… » Jean 9:1-3.

     Cette question est révélatrice de la pensée qu’avaient les juifs sur les causes de la maladie ; et elle est, en grande partie, celle des hommes de tous temps. Ce que leur suscite la vue de cet aveugle-né, ce n’est pas, en premier lieu, la compassion, mais une interrogation à son égard : «  Qui a péché… ? ». Cette relation entre le péché et la maladie remonte à l’aube des temps, où l’on regardait la maladie comme étant une conséquence du péché, un châtiment à cause du péché. Avec une telle conception, un croyant encore charnel pourrait choisir de marcher droit, uniquement pour éviter la maladie et la souffrance, plutôt que pour plaire à Dieu. En poussant jusqu’au bout cette logique, nos frères et sœurs persécutés, torturés pour leur foi jusqu’à nos jours, seraient alors regardés comme « infidèles, puisque, selon cette pensée, « non protégés » par Dieu… ?

     Cette réflexion inconsidérée, exprimée ou non, vient d’une âme qui a perdu de vue la patience infinie dont elle est elle-même l’objet de la part du Seigneur. C’est là une parole, ou une pensée de jugement qui peut se cacher encore dans les replis de nos cœurs, dont nous ne soupçonnons pas l’existence, mais qui nous bouleverse lorsqu’elle se fait jour. Ésaïe avait déjà prophétisé cette attitude des cœurs, à l’égard de Jésus, de la part de sa génération, en disant : « Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous l’avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris… » Es 53:4-5. C’est donc, manifestement, un des traits du cœur mauvais de l’homme envers son prochain, et, parfois, d’un frère envers son frère en la foi.

     L’apôtre Jean écrit : « Dieu est Amour… » I Jean 4:8. Après avoir reçu l’Amour de Dieu, nous commençons l’apprentissage de cet Amour envers nos frères et sœurs. Cet Amour divin bannit de nos cœurs l’esprit de jugement et de critique, désormais, ce n’est plus la méchanceté ni la colère, mais la bonté qui inspire nos paroles et nos sentiments. Et parfois, si nécessaire, le souvenir de nos faiblesses récentes suffit à fermer notre bouche. L’Écriture déclare : « Ne repais pas ta vue du jour de ton frère,  du  jour  de  son  malheur… » Abd 1 :12.  Un  tel  comportement  équivaut  à  transgresser  le précepte : « Tu ne maudiras point un sourd, et tu ne mettras devant un aveugle rien qui puisse le faire tomber ; car tu auras la crainte de ton Dieu. Je suis l’Éternel… » Lév 19:14. En effet, ces âmes sont suffisamment éprouvées pour qu’il ne soit pas nécessaire de les charger davantage. Et un tel sentiment ne peut que s’attirer cette parole du sage : « Celui qui se réjouit d’un malheur ne restera pas impuni… » Prov 17:5.

     A des personnes qui lui faisaient part d’un massacre, sur l’ordre de Pilate, contre des juifs qui offraient leurs sacrifices, Jésus répondit : « Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également… » Luc 13:2-5, c’est-à-dire, sans avoir eu le temps de se repentir. Ainsi, tout ce qui peut survenir sur ceux, auprès desquels nous vivons, est destiné à nous interroger sur nous-mêmes.

     Les difficultés, les luttes, les événements propres à chacun font que, vus de « l’extérieur », il  est  impossible, et même répréhensible de juger « l’intérieur » d’une âme. La vraie attitude nous est donnée par ces paroles de Salomon, disant : « Tout arrive également à tous : même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est im­pur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer… » Ecc 9:2. Certes, ces paroles nous paraissent pessimistes, mais elles ont pour sagesse de nous apprendre à « ne juger de rien avant le temps… » I Cor 4:5.  Ainsi, quelle que soit la nature d’un « malheur », et quelle que soit la cause de ce malheur, celui qui possède l’Amour de Dieu dans son cœur « … ne s’irrite point et ne soupçonne pas le mal… » I Cor 13:5. Car il sait que cha­que âme connaît une marche de trébuchements et de relèvements dans le chemin de la sanctification qui lui est propre. L’important, ce n’est pas le « niveau de sainteté » d’un racheté, mais les dispositions vraies de son cœur devant la Face du Seigneur, pour qui cette âme imparfaite est perfectible.

    Deux démarches se distinguent chez l’homme : l’une, l’acceptation de la fatalité, l’autre, la recherche persévérante de la cause réelle ou imaginaire. L’homme accepte difficilement l’imprévisible et l’incompréhensible qui s’abattent sur lui, tel l’arbre frappé par la foudre, lui seul d’entre tous les autres arbres de la forêt, et il cherche donc à en connaître la raison. En dehors des cas où la cause est évidente, et où croyant comme incroyant est en mesure de trouver la cause, il reste les autres cas, où l’homme spirituel est, parfois, arrêté dans son interrogation,  parce qu’il se pose la question d’une mauvaise manière. La Pensée de l’Esprit en nous nous apprend, en effet,  à  nous  poser  la  question,  non  pas : «  à  cause  de  quoi…? » mais : « en vue de quoi… ? ».  C’est alors que, selon que Dieu nous l’a destinée, la lumière jaillit en ce sens que la réponse est plus une pensée venant d’en haut qu’une explication verbale. Contrairement à la logique humaine qui consiste souvent à chercher la cause au « départ », la pensée spirituelle consiste à trouver la cause par le « but », qui éclaire le « pourquoi » ; et ce but, c’est la Vie éternelle. En effet, l’aspiration à « tendre à ce qui est parfait » explique les luttes et victoires successives pour y aboutir.

     La souffrance est un des mystères de la vie. Par contre, ce qui n’est pas un mystère, c’est que jamais Jésus ni les apôtres n’ont enseigné qu’un racheté est malade, parce qu’il y a « obligatoirement » un péché quelque part dans sa vie. Car, alors, le contraire devrait aussi se vérifier, à savoir, que chaque chrétien qui pèche, d’autant plus en secret, devrait tôt ou tard être malade. De plus, l’on rencontre dans ce monde des pécheurs notoires en excellente santé, alors que nous connaissons d’humbles rachetés, de véritables saints à l’école de la souffrance. Notre foi, c’est de l’or, et l’or a besoin d’être affiné ; la fermeté dans l’épreuve, non seulement épure, mais révèle la présence de l’or dans une âme, de là sa consolation et sa richesse spirituelle.   Combien sont grandes les louanges et la reconnaissance de ceux qui, aujourd’hui même, obtiennent la guérison de la part du Seigneur pour leurs corps souffrants. « Par la foi », dit l’Écriture, beaucoup « obtinrent des promesses… guérirent de leurs maladies… Des femmes même recouvrèrent leurs morts par la résurrection… », tandis que « d’autres… » par la même foi, et non parce qu’elle était moindre, « furent livrés aux tourments, et n’acceptèrent point de délivrance, afin d’obtenir une meilleure résurrection… » Héb 11:33-35. Ce passage nous apporte une lumière particulière, non seulement sur la maladie, mais aussi sur toutes les épreuves, sur le sens que l’Ecriture en donne et leur application dans nos vies.

     Un enfant de Dieu qui ne se révolte pas dans l’épreuve, qu’il sait être connue de son Seigneur qui l’aime, authentifie son identité de fils de Dieu, attestant en lui-même les paroles de l’apôtre, disant : « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein… » Rom 8:28. L’« Image du Fils » en nous, c’est le « caractère de l’Agneau divin », qui est le fruit de l’acceptation de « toutes les choses » heureuses et douloureuses de la vie, qui « concourent à notre bien… ». Et, loin de s’exclure l’une l’autre, « toutes ces choses » travaillent ensemble à dépouiller, à affermir, à parfaire ce qui, en nous, hérite le Royaume de Dieu.