M81 – LE CORPS …

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      « Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments ; et Dieu détruira l’un comme les autres. Mais le corps n’est pas pour l’impudicité. Il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ ? Prendrai-je donc les membres de Christ, pour en faire les membres d’une prostituée ? Loin de là ! Ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? Car, est-il dit, les deux deviendront une seule chair. Mais celui qui s’attache au Seigneur est avec lui un seul esprit… » I Cor 6:13-17.

     Notre corps suscite en nous les pensées les plus diverses face aux choses spirituelles. Il nous apparaît, bien souvent, à cause de ses nécessités et de ses faiblesses, comme un poids dans notre marche spirituelle. Certains des désirs du corps nous font peur, comme si notre corps était notre « adversaire », cherchant à nous empêcher de parvenir « à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:13. Cependant, de même que chaque être vivant, chaque chose que Dieu a créée était « bonne » et même « très bonne » Gen 1:31, le corps, notre corps, l’est aussi. Et ce corps, s’il fut altéré par le péché, dont il ne fut pas la cause, mais l’instrument qui en subit aussi les effets, a lui aussi pleinement part au salut, par la purification, la sanctification et la résurrection en Christ.

     Jésus-Christ, dit l’Écriture « entrant dans le monde, dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors, j’ai dit : Voici, je  viens  (dans le  rouleau  du livre  il  est  question  de  moi)  pour faire,  ô   Dieu,  ta   volonté… »  Héb  10:5-7.  Ce  n’est   pas,   en   effet, « spirituellement » que Jésus a été crucifié,  mais  physiquement. Le Don de Son Amour ne s’est pas exprimé seulement par Sa Sagesse et Ses Miracles, mais par l’offrande de Son Corps comme « Victime expiatoire » sur la croix, lequel Corps, par la résurrection de Jésus, donna force d’efficacité au Dessein éternel de Dieu pour nous. Il fallait Son Esprit pour éclairer nos esprits, il fallait Son Corps pour sanctifier nos corps afin de nous donner, à notre tour, la force « de savoir  posséder   notre   corps   dans  la   sainteté   et   l’honnêteté… » I Thess 4:4. Le Corps du Sauveur, en répandant Son Sang, a rempli son rôle ultime pour notre salut ; quant à nous, en tant que sauvés, notre corps nous donne la seule occasion de manifester le miracle de la « nouvelle naissance », et de la Nature divine en nous.

     Bien souvent, le risque de l’étude est de passer des choses spirituelles à une connaissance intellectuelle des vérités. C’est ainsi que l’on a cherché à connaître « séparément » ce qui concerne l’esprit, l’âme et le corps, cherchant dans les Écritures ce qui concerne ces trois « parties » de notre être, et, finalement, elles ont fini par demeurer « séparées » dans l’esprit du croyant.  Ce n’est peut-être pas conscient, mais cette distinction a imprégné notre pensée depuis des siècles, lorsque l’on considérait que le corps, de par sa nature, demeurait comme inaccessible ou étranger aux choses spirituelles. Il en a résulté des valeurs différentes selon qu’il s’agit de notre esprit, de notre âme ou de notre corps. Or, l’apôtre écrit : « Que le Dieu de Paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ… » I Thess 5:23. Il n’y a donc, aux yeux de Dieu, aucune différence d’importance entre l’esprit, l’âme et le corps pour ce qui est de notre pèlerinage terrestre, ainsi qu’il est écrit, en effet : « Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps… », et cela, ici-bas, aussi intimement qu’il l’est pour notre esprit et pour notre âme.

    Il nous apparaît, bien souvent, que le corps est un empêchement à nous élever spirituellement, il semble ne pas « suivre » les aspirations de notre esprit, et être comme « à la remorque » de notre âme, se laissant tirer derrière elle. Et ceci est d’autant plus vrai dans la mesure où l’on re­garde précisément son corps comme une « quantité négligeable ». Mais notre corps a sa place dans la Rédemption au même titre que notre âme et notre esprit. Il est aussi l’objet des grâces, du travail de l’Esprit Saint et des soins de Dieu. N’est-il pas écrit : « Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui appartiennent à Dieu… » I Cor 6:20. Notre corps n’est pas une matière méprisable aux yeux du Seigneur, ni ne doit l’être aux nôtres. Il est inclus dans notre spiritualité, et il est, non pas un obstacle, mais un  « tremplin » vers les choses spirituelles. Le Fils de Dieu affranchit totalement l’homme que nous sommes ; et quand nous avons compris cela, notre corps ne peut plus échapper, comme s’il vivait « indépendamment » de nous, au contrôle de l’Esprit de Christ en nous, de Christ, dont « les membres », précisément, sont nos « corps ».

     En fait, nous n’« avons » pas un corps, comme si l’on disait : nous « avons » tel ou tel objet ou toute autre chose. Nous n’ « avons » pas un corps, nous « sommes » un corps. Nous ne disons pas, en effet : « Moi et mon esprit », ou « moi et mon âme », pas plus que nous dirions : « moi, et mon corps », comme si cela était trois « éléments » de notre personne. Nous sommes une « unité », non pas une « tri-unité fragmentée ». Cette fausse conception a permis à l’adversaire, à cause de la faiblesse de notre chair, de s’introduire en nous, pour nous « séparer » d’avec nous-mêmes, et surtout, d’avec Dieu ; car, quel est, en effet, un des résultats du péché au-dedans de nous, si ce n’est un désordre interne, une disharmonie sur tous les plans de notre personne ?  Le souverain sacrificateur, qui entrait, une fois l’an, dans le « Lieu très-Saint », afin d’apporter le sang expiatoire pour les péchés, y entrait, non seulement en esprit ou en pensée, mais dans son corps sanctifié en vue de cette fonction : Héb 9:7. De même, c’est avec notre corps que nous entrons dans le « Saint des Saints », c’est-à-dire, dans la Présence même de l’Esprit de Dieu, dans la prière et l’adoration. C’est ici le véritable « culte » rendu à Dieu. L’Écriture, qui nous exhorte à « .. Offrir sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire, le fruit de lèvres qui confessent son nom… » Héb 13:15, nous exhorte aussi, par l’apôtre Paul, à « … Offrir nos corps (non seulement nos cœurs) comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de notre part un culte raisonnable… » Rom 12:1.

     Aucune partie de notre être ne saurait être indigne de se présenter devant Dieu. En effet, aucun lieu, aussi sacré soit-il ; aucun édifice, aussi beau soit-il, n’a été choisi par Dieu pour y faire habiter « de façon permanente » Son Esprit, si ce n’est notre corps. N’est-il pas écrit que « … C’est avec jalousie que Dieu chérit l’Esprit qu’il a fait habiter en nous… » Jac 4:5, et que « … Votre corps, écrit Paul, est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes… » I Cor 6:19. Beaucoup regardent leur corps comme un « intrus » dans le « lieu saint » de la Présence de Dieu, alors que l’offrande de notre corps, tel un « vase d’honneur » parce que purifié : Rom 9:21, 23, a, pour effet, de rendre  « raisonnable » notre culte à Dieu. Car notre corps est l’ouvrage parfait, et tendant sans cesse à l’être, résultant de l’­Œuvre de la Régénération ; et ce n’est qu’à partir d’une telle pureté qu’est rendue véridique notre adoration « en Esprit et en Vérité ».

     Ainsi, notre corps n’est pas le « négatif » de notre esprit ou de notre âme, au contraire, quelles que soient ses faiblesses ou ses préoccupations, plaçons-le, non pas en retrait, mais au sein même des choses spirituelles et au bénéfice de celles-ci en vue de sa sanctification : « … Approchons-nous de Dieu, dit l’Écriture, avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure… » Héb 10:22. Il n’est donc aucun lieu où notre corps ne soit pas digne de se trouver, et cette Révélation de sa place dans notre vie spirituelle et de son prix aux yeux du Seigneur produit en nous une espérance immense, une force et une Victoire sur les tentations et les convoitises charnelles. Et  c’est  alors  que  les chutes et les  rechutes, l’inconstance de l’âme sujette aux faiblesses de la chair, le découragement et la tristesse, cela est vaincu, dans l’humilité de la profonde et simple foi, par la Puissance libératrice du Seigneur Jésus.