M80 – LE SEL …

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      « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes… »  Matt 5:13. 

       « L’oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, dit l’Écriture, comme le palais savoure les aliments… ? »  Job 12:11. L’un des premiers ingrédients qui rend appréciable la nourriture est le sel, au point que Job dit encore : « Peut-on manger ce qui est fade et sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d’un œuf… ? Job 6:6. Le sel relève le goût des aliments, de même, en tant qu’enfants de Dieu, nous sommes la « saveur » de Dieu, appelés à communiquer aux âmes le goût spirituel de la Parole divine et des Réalités éternelles. Le sel est l’efficacité de la Nature de Dieu dans notre vie de « né de nouveau », qui est, à la fois, un frein à la corruption de ce monde, et la conservation de notre vie spirituelle, et par-là celle de l’Église.

     Le sel est ce qui reste de l’eau salée, une fois évaporée ; il ne se recueille pas autrement au bord de la mer morte. Si le sel demeure, en effet, dans son élément naturel, qui est l’eau, il ne peut être utilisé. L’un des aspects de notre croissance spirituelle est la destruction de notre « homme extérieur », et cette « évaporation quotidienne » fait que, simultanément, notre « homme extérieur » se détruit, et notre « homme intérieur » se renouvelle de jour en jour… » II Cor 4:16. Seul le refus du « renoncement à soi-même », comme de celui d’être un « sacrifice vivant » à l’Éternel empêche le sel de l’Esprit de produire une vie affranchie et efficace. C’est ici, précisément, la manière d’agir du croyant « tiède », qui pense pouvoir faire cohabiter quelques connaissances, prières ou principes spirituels avec son « moi », qu’il ne veut pas perdre. En aspirant davantage à la vie spirituelle, nous craindrions moins de mourir à notre propre vie, laquelle lui résiste. Pour être utile à ceux qui l’utilisent, le sel « accepte » donc d’être séparé de son milieu naturel ; ainsi en est-il de nos « œuvres mortes », et de tout ce qui est charnel en nous.

   Toutes les offrandes présentées à l’Éternel ne devaient « pas manquer de sel… », ainsi que le parfum « composé selon l’art du parfumeur », c’est-à-dire, « salé, pur et saint… » Exode 30:35, car, dit l’Écriture : « le sel est le signe de l’Alliance de ton Dieu… » Lév 2 :13. Et c’est dans ce sens que l’apôtre écrit : « Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun… » Col 4:6. L’âme, qui vit dans la sainteté et marche selon l’Esprit, donne soif aux autres âmes. Ceci ne signifie pas que tout le monde l’écoutera et acceptera aussitôt ce qu’elle dit de la part du Seigneur : pour les uns, ce sera le cas, pour d’autres le temps de Dieu viendra, tandis que pour d’autres encore, au lieu de faire naître en elle un intérêt spirituel, c’est, au contraire, une hostilité contre celui qui a témoigné. Il en est d’ailleurs comme d’être « la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent… », « bonne odeur », qui, tout  en  étant  « bonne »,  est,  cependant  « aux uns,  une odeur  de mort, donnant  la  mort ;  aux  autres,  une  odeur  de  vie,  donnant la  vie… »  II Cor 2:15-16.

   Il est des croyants qui se sont adonnés à la prière, cependant, parce qu’à leurs yeux les exaucements, les « résultats » semblaient tarder, ceux-ci ont alors connu la déception et le découragement. Il est entendu que nous sommes appelés à être des témoins, mais témoins non pas pour faire des adeptes, mais des disciples. Il s’agit d’abord « d’émaner » la Nature de Dieu, que les réactions soient positives ou négatives, c’est, en quelque sorte, « reproduire » ce que l’on est devenu soi-même en Christ. Tout temps d’attente épure le sel que nous sommes, en lui donnant le temps d’agir, et dont l’influence purificatrice agit bien au-delà de ce que nous pensons, puisqu’il est agissant de nos cœurs dans les lieux célestes mêmes, et des lieux célestes dans le peuple des croyants sur la terre, et sur ceux que Dieu appelle.

     Contrairement à la lumière, faite pour éclairer et être vue, le sel est destiné à disparaître, en se dissolvant, aux yeux de celui qui l’utilise ; tant qu’il demeure visible, il ne remplit pas sa mission, sa fonction, il ne sert à rien. Jésus dit : « Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la retrouvera… » Luc 17:33. Notre vie spirituelle n’est pleinement vécue qu’en perdant notre propre vie. Mais la « perdre » pour qui ? « … Pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous… » II Cor 5:15. Et en qui, notre vie « se perd-elle » ? Non pas en un lieu, mais en une Personne : « Vous êtes morts, dit l’Écriture, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu… » Col 3:3. Spirituellement, notre vie « morte » n’est pas une vie « perdue », mais « cachée » aux yeux des autres ; Christ, en effet, nous a à ce point changés, que, parfois, nous ne nous « reconnaissons » plus nous-mêmes. Et cette vie spirituelle est, d’autre part, par certains de ses développements, comme cachée même à nos propres yeux, étonnés à la vue des fruits durables que la Grâce admirable a produits en nous. C’est d’ailleurs en cela que nous « retrouvons » notre vie volontairement perdue, en attendant le « Jour » où, « … Quand Christ, notre vie paraîtra, alors nous paraîtrons aussi avec lui dans la Gloire… » Col 3:4.    

    Il en est de même quant au travail de la Parole dans nos vies. La connaissance de la Parole doit, elle aussi, « se fondre » au dedans de nous. Elle ne peut rester seulement une accumulation de connaissances, de vérités dans notre esprit, dans notre mémoire, d’où nous tirons, selon les situations, des paroles ou des passages appropriés. C’est ici, il est vrai, la possibilité que nous permet le fruit de notre méditation des Écritures. Mais en cela ce n’est pas encore « la Parole en nous, et nous en elle… ». En ce sens, la Parole de Dieu demeure encore « à l’extérieur » de nous. Tant qu’elle ne demeure qu’un « dépôt » dans lequel puiser selon les besoins du moment, nous ne lui appartenons pas encore. Elle doit « se perdre », c’est-à-dire, disparaître à notre intelligence propre, se fondre en nous, se diffuser dans tout notre être et, ainsi, nous faire devenir « une même plante » avec elle. Nous comprenons maintenant pourquoi certaines vérités spirituelles nous ont le plus profondément marqués, parce qu’elles ont « traversé » l’« homme extérieur » qui en a reçu la connaissance, pour se communiquer, ensuite, à « l’homme intérieur », qui en a reçu la Révélation de la lumière et de la Vie.

     Les habitants de la ville de Jéricho prièrent Élisée de venir guérir les eaux de leur ville qui étaient mauvaises, rendant, par voie de conséquence, leur pays stérile. Le prophète fit apporter un plat neuf avec du sel dessus, et en jeta sur la source des eaux, disant : « Ainsi parle l’Éternel : J’assainis ces eaux ; il n’en proviendra plus ni mort, ni stérilité… » II Rois 2:21. C’est exactement ce que nous sommes appelés à être, en même temps, pour les âmes perdues et appelées, et pour susciter chez nos frères et sœurs le besoin de la sanctification, dont nous sommes appelés à être un exemple pour eux. Certes, seul l’Esprit de Dieu suffit à éclairer et à convaincre, cependant, combien de paroles ou de résolutions justes et vraies, mais qui ont failli ou manqué d’efficacité. Jésus dit : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres… » Marc 9:51.  Le sel est là, afin que ce qui est dit, ne soit pas démenti par ce qui se voit. Et, loin de « corroder » l’Église, cet « élément » spirituel épure la communion fraternelle, inspire le discernement des besoins, et fait la place aux prières inspirées par l’Esprit.

   Le sel ne se voit pas, et ne s’entend pas, mais vient-il à manquer là où il devrait se trouver, que l’on s’en aperçoit aussitôt. Et quelle est donc l’activité spirituelle qui correspond le mieux à cette description « cachée » ? Laissons Jésus nous répondre : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:6. Ce qui est caché parmi les hommes, n’est pas toujours approuvé aux yeux de Dieu, mais ce qui est vu de Dieu a toujours un commencement « caché » aux yeux des hommes.