M79 – UN CHAR NEUF …

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      « Ils mirent sur un char neuf  l’arche de Dieu, et l’emportèrent de la maison d’Abinadab sur la colline ; Uzza et Achjo, fils d’Abinadab, conduisaient le char neuf. Ils l’emportèrent donc de la maison d’Abinadab sur la colline ; Uzza marchait à côté de l’arche de Dieu, et Achjo allait devant l’arche. David et toute la maison d’Israël jouaient devant l’Éternel de toutes sortes d’instruments de bois de cyprès, des harpes, des luths, des tambourins, des sistres et des cymbales. Lorsqu’ils furent arrivés à l’aire de Nacon, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit, parce que les bœufs la faisaient pencher. La colère de l’Éternel s’enflamma contre Uzza, et Dieu le frappa sur place à cause de sa faute. Uzza mourut là, près de l’arche de Dieu… » II Sam 6:3-7.

     Antérieurement  à   ces   événements,   David  avait   dit   à   Israël : « Ramenons auprès de nous l’arche de notre Dieu, car nous ne nous en sommes pas occupés au temps de Saül… » I Chro 13:3. Tout cela part d’une bonne intention, mais le moyen l’est-il ? En transportant l’arche sur un « char neuf », Israël agit de la même manière que l’avaient fait les Philistins, en une toute autre circonstance, et cela, d’après les indications de leurs prêtres et devins servant les faux dieux : I Sam 6:2-7. Ce sera un peu plus tard que David rappellera aux prêtres de l’Éternel de « porter  l’arche sur leurs épaules… », et non pas sur un char, ces derniers, il est vrai, n’étaient pas présents lors du transfert de l’arche : I Chro 15:2, 13-15 ; charge qui avait été confiée aux fils de Kéhath : Nomb 7:9. Ce qui aurait évité à Uzza de toucher l’arche de Dieu de sa main, chose sainte entre toutes, et de s’attirer le châtiment de Dieu : Nomb 4:15.

     Ce besoin de faire un « char neuf » est une manifestation du cœur humain qui révèle le besoin d’un support artificiel, faute d’assurance spirituelle, et qui se traduit par la nécessité d’un « cadre », d’une institution ou d’un credo. Rien ici-bas ne peut se faire sans un minimum d’organisation, être ponctuel est déjà un trait élémentaire d’organisation. Cependant, on ne peut mettre l’Esprit de Dieu, la Vie de Dieu dans un cadre, dans une organisation, dans une doctrine ou dans un groupe particulier qui, seul, a le sentiment d’être le dépositaire de la Vérité. Veillons donc à ce que le support ne prenne pas plus d’importance que ce qu’il porte, comme il peut en être le cas de la sainte-cène, du baptême, de l’imposition des mains, aussi bien que du déroulement ou des objets du culte, qui prendraient plus d’importance que la réalité spirituelle et intérieure, dont ces usages et gestes ne sont que la manifestation visible.

     Qui n’a pas construit son « char neuf » ? A chaque réveil, à chaque message nouveau, à chaque vérité ou expérience nouvelle, s’est élevé, soit une nouvelle doctrine soit une nouvelle dénomination ; chacune de ces choses étant regardée et présentée comme étant la seule vraie qui puisse garantir l’accès au ciel. Certes, à chaque âge, d’authentiques Lumières et Vérités perdues ont été redécouvertes dans la Sainte Parole, afin de « nous ramener aux choses que nous avons entendues… » de la Parole de Dieu, à Sa Lumière, à Sa Vie : Héb 2:1. Mais le souci qu’ont les croyants de conserver, à tout prix, ces choses d’en haut, le désir de « prolonger » ces temps de Visitation de l’Esprit les poussent, en quelque sorte, à « en prendre soin », alors que ce sont ces mêmes choses divines, qui sont destinées à prendre elles-mêmes soin de nous. Les rôles sont inversés, comme si nous nous jugions capables de veiller sur la Parole de Dieu, plus que Dieu Lui-même.

    Ayant tant reçu de la Grâce, nous participons « à » ces choses, pour devenir participants « de » ces choses. Or, il n’y a souvent qu’un pas jusqu’au « zèle sans intelligence », pour les prendre en main et en user comme nous le désirons. Or, il ne nous appartient pas de contrôler pas plus que de prévoir l’opération et la direction de l’Esprit de Dieu, si ce n’est d’en produire les fruits durables. L’arche ne pouvait donc pas être transportée par n’importe qui et n’importe comment, et le fait qu’elle se dirigeait dans la bonne direction, ne justifiait pas la faute de celui qui lui offrit son « aide » toute humaine, parce que transportée à l’encontre de la Volonté de Dieu. L’apôtre écrit, en effet, à Timothée : « L’athlète n’est pas couronné, s’il n’a combattu suivant les règles… » II Tim 2:5.

     Uzza, dit l’Écriture, « … étendit la main pour saisir l’arche parce que les bœufs la faisaient pencher… » Ce que l’on a construit, ou entrepris par soi-même pour Dieu est destiné, tôt ou tard, à « pencher » d’un côté ou de l’autre. Et le jour, où l’on s’en aperçoit, l’on se précipite pour redresser la situation, mais inconsidérément, selon la pensée de la chair, et il en résulte une mort spirituelle : c’est-à-dire, un temps d’arrêt, une blessure, une confiance entamée ou un doute au sujet de l’œuvre entreprise. Combien de chars neufs n’a-t-on pas construits ? Peut-être plus beaux ou plus grands à nos yeux que les précédents, et même s’ils devaient être plus modestes, cela n’était pas davantage spirituel, par le fait qu’ils sont, les uns comme les autres, sortis de nos propres pensées. En effet, combien de choix n’avons-nous pas faits, combien de décisions, de résolutions, n’avons-nous pas prises, et qui n’ont pas abouti ? Comment peut-on demander, après avoir fait tout de son propre chef, l’Approbation ou la Bénédiction du Seigneur ?

    Notre esprit peut receler des « chars neufs » : préjugés, esprit de parti, positions doctrinales, voilà autant de chars, par le moyen desquels l’on pense diriger le sens des choses que l’on  entend ou que l’on voit et de la manière qu’on le veut. Mais c’est sur leurs épaules, et non pas sur un véhicule, que les lévites devaient porter les choses saintes, à même leur peau, à même leur corps. De même, les choses les meilleures, spirituelles et fraternelles, ne doivent pas être reçues sur un « char » conçu par notre propre esprit, c’est-à-dire, qu’elles ne sauraient être reçues comme étant déjà interprétées ou jugées d’avance. Il est, en effet, des choses reçues d’En-Haut dans notre esprit, qui sont arrêtées au-dedans de nous par quelque chose qui les empêchent de toucher le fond même de notre conscience. Ces vérités et ces appels, restant en suspens, ne peuvent être que faussés ou demeurer stériles, parce que ne pénétrant ni ne « faisant corps » avec notre cœur, en vue de porter des fruits spirituels.

    Cette pensée de « faire porter » les choses du Seigneur, plutôt que de les porter soi-même, est une tentation que l’adversaire, utilisant la faiblesse de notre chair, met devant chacun de nous. Qui n’a désiré, un jour ou l’autre, rendre plus aisé sa marche dans le Seigneur, jusqu’à « poncer » les aspérités de l’Évangile. Mais Jésus a dit à tous « : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive… » Luc 9:23. En vérité, la croix de l’homme spirituel lui est supportable, parce que, ayant été affranchi de lui-même, il se sent tenu, plutôt qu’écrasé par elle. Tandis qu’elle devient de plus en plus lourde et insoutenable pour celui qui est encore charnel ; mais comme il ne saurait se considérer autrement  que comme croyant, il ne s’en sépare donc pas, mais la dépose sur le char de son « choix » ou de son « imagination ». Il préfère tirer sa croix derrière lui, plutôt que de la porter. Et, comme il se sent plus léger, il croit marcher plus vite, alors qu’aux yeux de Dieu il régresse… et il est le seul à ne pas s’en apercevoir, ou à ne pas vouloir le voir.

  Jésus, qui a porté sa croix jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent, n’a pas hésité à être porté par elle. Il n’a trouvé aucun autre endroit pour « reposer sa tête », pour souffrir et pourvoir à notre Salut. La croix est le seul « support » que notre péché a présenté au Fils de l’homme ;  mais cette croix que les hommes ont faite, est aussi la seule chose que Dieu ait acceptée de leurs mains. Car, après y avoir élevé « le Saint et le Juste », ce n’est pas nous, qui avons été châtiés, mais c’est Lui qui a été frappé à notre place. En suivant un tel exemple et avec l’Aide d’un tel Sauveur, comment ne pas recevoir l’assurance de la part de Celui, qui a dit : « Mon joug est doux, et mon fardeau léger.. » Matt 11:30 ; car Lui-même nous rend capables de porter cette croix, jusqu’au jour où nous la déposerons pour recevoir la Couronne de Vie.