M76 – À L’ ÉCART …

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      « Celui qui se tient à l’écart cherche ce qui lui plaît, il s’irrite contre tout ce qui est sage… » Prov 18:1.

    Quelle que soit la raison pour laquelle un frère, ou une sœur se tient à l’écart, cette raison n’en est pas une, sauf, évidemment, s’il s’agit de ne pas participer aux péchés d’autrui, mais ceci relève d’un autre domaine. C’est là une des grandes tentations des croyants et, parfois, même des serviteurs de Dieu, lors de situations difficiles ou affligeantes au sein des églises. « Oh! si j’avais au désert une cabane de voyageurs, s’écrie le prophète Jérémie, j’abandonnerais mon peuple, je m’en éloignerais ! Car ce sont tous des adultères, c’est une troupe de perfides… » Jér 9:2. Quelle que soit la nature ou les causes des conflits, c’est une tendance qui se découvre de plus en plus actuellement. Il est vrai que le manque d’amour, l’intolérance, l’esprit sectaire, la suspicion envers une ou plusieurs âmes peuvent amener le retrait de celles-ci. La question qui nous occupe ici est, non seulement le fait de quitter, à tort ou à raison, une communauté, mais encore le fait de pouvoir vivre sans communauté. Certes, il est des croyants qui, en raison de circonstances particulières, ou à cause de l’hostilité de leur entourage non croyant n’ont pas la possibilité de rencontrer des frères et sœurs dans la foi, et qui en souffrent ; mais dans ces cas, le Seigneur leur réserve une Grâce proportionnelle à la difficulté de leur situation.

    C’est en ce sens que l’Écriture exhorte lorsqu’elle dit : « N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns ; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour… » Héb 10:25. Parmi les diverses églises ou communautés existantes, Dieu sait dans laquelle nous sommes appelés à vivre notre foi. Tôt ou tard, Il nous fait trouver les âmes avec lesquelles s’édifier dans Sa Parole et la foi. Il peut se trouver aussi que des âmes ne soient pas dans leur milieu spirituel, de là des problèmes « d’incompatibilité », non pas « d’humeur », ce qui serait charnel de leur part, mais de services spirituels qui seraient plus utiles et efficaces ailleurs, car faisant double ou triple « emploi », là où elles se trouvent. Le Seigneur dirige les pas de son enfant afin de lui faire rencontrer la communauté, non qui lui convienne au point de vue humain, mais la communauté dans laquelle il recevra ce qui le transformera à l’Image de Dieu, et ceci au travers des croyants envers lui, comme au travers de lui envers eux. En notre prochain est une partie de la Perfection de Christ, que nous ne connaissons pas encore et dont nous avons besoin. Car en étant seuls, nous en ignorerions la nécessité, ou alors nous nous croirions parfaits.

     Quels sont donc les mobiles qui font qu’une âme se tienne à l’écart ? Trouve-t-elle ses raisons en elle-même, ou les trouve-t-elle chez les autres ? Est-elle à ce point sensible, pour ne pas dire susceptible, ou ne peut-elle pas surmonter des situations que son esprit de (propre) justice ne peut supporter ? Se tient-elle à l’écart parce qu’elle s’y sent tenue par ceux qui l’entourent, ou se plaît-elle à l’être, cherchant même des justifications dans la Parole de Dieu ? Une âme qui se sanctifie par rapport à l’esprit du monde se met « à part », mais non pas « à l’écart » de ses frères ! Ne confondons pas « se mettre à part » avec « se tenir à l’écart », car se sanctifier n’est en aucun cas s’isoler. L’esprit d’indépendance est un des principaux traits du « moi » non brisé. Beaucoup de choses cachées à nos yeux nous habitent, nous meuvent et font naître des attitudes ou des décisions que l’on prend pour la direction de l’Esprit de Dieu, alors qu’elles ne sont que la manifestation de nos propres pensées.

     L’homme a besoin de la société de ses semblables dans laquelle il vit. Toutefois l’on constate deux tendances : l’une est de se laisser corrompre par elle ; l’autre est de vouloir l’ignorer. Nous retrouvons ces deux tendances dans l’Église : d’un côté, l’on se laisse porter par elle, l’on s’y repose et s’y « décompose », de l’autre, comme nous l’avons vu, l’on pense pouvoir, sans elle ou presque, vivre sa foi sans péril. Mais il y a encore une autre tendance qui consiste à-dire : « Je reste seul avec Jésus et la Parole de Dieu, l’Esprit me conduit et je n’ai besoin de personne que de Lui… », ce que relève l’apôtre Paul, écrivant  aux  Corinthiens parmi lesquels des divisions s’étaient faites : « Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! et moi, d’Apollos ! et moi, de Céphas ! et moi, de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés… ? » I Cor 1:12. Parmi ces derniers, certains pouvaient paraître plus spirituels que les autres, parce qu’ils ne s’attachaient pas aux hommes, pas même aux apôtres. Mais, tenant compte de l’esprit qui les animait, ceux-ci étaient peut-être parmi les plus imparfaits. Car, indépendants d’autrui, ils ne rendaient de compte à personne, alors que sous leur expression : « moi, je suis de Christ… », se révélait un vain esprit de supériorité.

     Celui qui se tient à l’écart, l’est parce qu’il « cherche ce qui lui plaît… ». Or, précisément, beaucoup de choses peuvent ne pas plaire. Il se peut, en effet, que nous ayons à supporter un prédicateur qui se répète, un frère hypocrite ou une sœur médisante, cela existe malheureusement, et c’est un fardeau pour qui a les yeux ouverts. Mais, dans la mesure où c’est pratiquement possible, au lieu de renoncer à porter ce fardeau en se tenant à l’écart, apprenons à accepter déjà d’être « présent » si l’on ne peut guère agir, et d’« émettre » Sa Lumière si l’on ne peut guère parler. Il n’est pas simple, il est vrai, d’accomplir un service de maître en demeurant un serviteur dans l’ombre, de rayonner en étant caché au milieu de tous. Nous comprenons en ceci toute la sagesse de cette Parole, disant : « Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas nous complaire en nous-mêmes. Que chacun de nous complaise au prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification… » Rom 15:1-2. Nous sommes donc exhortés à complaire à notre prochain, non pas dans le sens de le flatter, d’excuser ses fautes ou de ne voir que par lui, mais, au contraire, en veillant sur lui, et, si nécessaire, en le corrigeant dans l’Amour du Seigneur, comme aussi acceptant de l’être nous-mêmes de sa part. Les vrais amis sont ceux qui, s’étant déçus l’un l’autre, ont su rester ensemble. Car, s’ils n’étaient pas appelés à supporter les « faibles », les « forts » se battraient entre eux.

     Ainsi, la communauté dans laquelle le Seigneur a voulu que nous nous trouvions n’est pas nécessairement celle où nous nous « sentons» bien, mais où nous nous « faisons » du bien, c’est-à-dire du bien à notre âme ; ni celle non plus, où nous ne serons pas, un jour ou l’autre, choqué de la part de quelqu’un ou par quelque chose. Il se peut que l’on puisse se trouver mieux dans une autre communauté, avec moins de problèmes, mais nous découvrirons que ce qui nous a guidés, ce que nous avons recherché, c’était la facilité dans le changement, pour finalement retrouver les mêmes problèmes ; alors que ces mêmes problèmes auraient été constructifs là où nous étions auparavant ! C’est cette attitude-là qui révèle ce en quoi une telle âme « s’irrite contre tout ce qui est sage… », c’est-à-dire, contre ce qui seul peut la « rendre sage ». Cette maturité vient de l’expérience de la Parole et du support mutuel ;  car il est telle personne qui, en s’unissant à ses frères en la foi, craint de perdre son « identité », alors que celle-ci y trouve sa vraie place, toute sa valeur et son efficacité spirituelles.

     L’église locale, qu’elle soit une grande communauté ou un petit groupe, est « l’École de Dieu » pour devenir « meilleurs » et non « pires » I Cor 11:17. Et l’on ne devient pas meilleur sans heurts, sans crises, sans contrariétés ; autant de situations acceptées dans la patience nourrie de l’Amour de Dieu, lequel la rend possible pour une communion fraternelle pleine de richesses et de promesses.